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Notes d'Itinérances
11 mai 2016

Luanda, la perle de l'Afrique (6/26). Des ascenseurs qui vous prennent en otage.

Un entretien du bâtiment qui laisse à désirer – Quelques surprises pas nécessairement agréables

 

 

« Quand j’arrive dans une ville, je vais toujours sur le plus haut clocher ou la plus haute tour, pour voir le tout ensemble, avant de voir les parties ; et, en la quittant, je fais de même pour fixer mes idées » [1].

 

Le « Tropico » est l’un des plus hauts immeubles de la ville avec ses onze étages. Du solarium, on domine la baie et toute la ville.

 

Languissante au long de la baie, la ville grimpe ensuite à l’assaut du plateau qui domine la mer, à l’Est, par une haute falaise. Toute la matinée, le ciel roule inlassablement de lourds nuages bas, gris fer. C’est seulement vers 13 / 14 heures, que ce couvercle de cocotte-minute sous lequel nous mijotons se déchire doucement et laisse apparaître le ciel bleu. L’océan évolue alors progressivement d’une teinte d’argent terne à un bleu profond, écrasant « l’île » dans ses deux bras d’azur, l’île qui devient alors deux longs traits superposés, l’un jaune sable, l’autre vert palmier.

 

Du haut du solarium du « Tropico », Luanda est belle, lovée au fonds d’une baie à la forme douce, sous la tendre protection d’une longue plage et de ses arbres. Elle est piquetée par-ci par-là des plumeaux échevelés des palmiers et de jolis bâtiments d’architecture coloniale émergent dans le flot montant des immeubles en tâches rose pastel, saumon ou bleue.

 

Mais, pour admirer ce spectacle, il ne faut pas craindre d’emprunter les ascenseurs ! Ils sont au nombre de quatre, deux pour les clients donnant directement dans les couloirs de l’hôtel, deux, plus petits, pour les personnels dans l’escalier de service. Les deux premiers sont très capricieux, l’un d’entre eux s’arrête systématiquement au troisième étage. En plus, ils sont têtus comme une mule refusant parfois de fermer les portes ou, les portes fermées, refusant d’aller à hue ou à dia, ou encore, devenus comme fous, ouvrant et refermant sans cesse les portes automatiques.

 

Aujourd’hui, l’un d’eux nous a pris en otage. Il s’est arrêté brutalement quand l’électricité a été coupée dans le quartier. Pas de panique, nous pensons que le groupe électrogène de l’hôtel va se mettre en marche et nous permettre de repartir. Mais cela tarde, alors nous tapons sur la porte pour attirer l’attention de quelqu’un. Chance extraordinaire, après avoir bien tapé, une femme de ménage nettoyant le couloir - il est vrai que le feuilleton a dû également être interrompu par la panne - finit par nous entendre. Elle prévient un employé. « No problem » nous assure-t-il, mais il ajoute quand même que le groupe électrogène de l’hôtel est en réparation ! Bref, s’il faut attendre que la ville remette le jus dans le quartier, il nous faudra rester enfermé dans cette boîte sans lumière et sans air un bon moment. « No problem », répète-t-il en s’éloignant !

 

Le ciel ne venant en aide qu’aux audacieux, nous forçons les portes de l’ascenseur que nous arrivons à entrouvrir, puis les portes du palier car, chance, nous ne sommes qu’à cinquante centimètres en dessous de l’étage. Pendant que l’un tient entrouvertes les portes de l’ascenseur, l’autre se faufile entre les portes du palier, puis c’est au tour du second de passer dans le chas de cette aiguille. Pour nous remettre de nos émotions, nous descendons prendre une boisson au bar en passant... par l’escalier !

 

Bien sûr, les clients de l’hôtel ont vite repéré les ascenseurs du personnel, car le restaurant est au onzième et dernier étage. Toutefois, de ces deux-là, je n’ai jamais réussi à monter dans celui de droite, bien qu’ayant observé qu’il passait parfois avec des occupants ! Est-ce un ascenseur fantôme qui apparaît subrepticement aux yeux des mortels ? Quelle terrible malédiction frappe ses malheureux usagers ? Sont-ils condamnés à errer perpétuellement d’étages en étages enfermés dans leur cage de métal ? Serait-ce le fameux « groom volant » qui, pour lever la malédiction qui l’enferme dans un ascenseur, recherche désespérément l’amour d’une jeune fille ? L’ascenseur continue-t-il ses courses folles ? Par contre, j’ai parfois réussi à emprunter celui de gauche à condition qu’un membre du personnel n’ait pas coincé la porte le temps de faire une course à un étage !

 

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