Rome, étrange et curieuse (7/53). Rione Monti I (6) – L’escalier de la Passion – Piazza di San Giovanni in Laterano, 14.
Un escalier miraculeux - Eternité et indulgences
La Scala Santa (Saint-Escalier) proviendrait du palais de Ponce Pilate dans lequel il aurait fait partie du prétoire du tribunal de Jérusalem. Le jour du Vendredi Saint, de l'an 29, fut prononcé la sentence de mort contre Jésus-Christ et c'est donc par cet escalier que Jésus serait passé à plusieurs reprises, après la flagellation et le couronnement d'épines, marquant de sang les marches de l’escalier. L’escalier aurait été retrouvé et ramené à Rome par Hélène, mère de l’empereur Constantin, en 326, et il aurait alors été inséré dans le palais impérial du Latran qui deviendra la résidence principale des souverains pontifes. Mais, la dévotion à cette relique n’est attestée que depuis 1450. Suite à la construction, à la demande de Sixte Quint Peretti (1585 / 1590), d’un nouveau palais au Latran, l’escalier fut démonté, en 1589, pour être intégré dans la seule partie conservée de l’ancien palais qui sera spécialement réaménagée pour l’accueillir.
« Il reste à voir dans le voisinage, la Scala Santa, petit édifice passable au dehors, vilain au-dedans » [1].
Isolée, cette partie ancienne du palais a été dotée d’une façade à deux niveaux, le premier de cinq arcades, et le second, de hauteur plus réduite, avec cinq fenêtres. Arcades et fenêtres sont encadrées de pilastres, et les deux niveaux sont séparés par un fort entablement. A l’intérieur, le bâtiment accueille le Saint-Escalier, au centre, flanqué de part et d’autre d’escaliers secondaires[2]. Les murs et les voûtes des escaliers sont recouverts de fresques exécutées par une équipe d'artistes dirigée par Cesare Nebbia et Giovanni Guerra, et achevées en 1589 (photo).
Pour les fidèles qui souhaitent faire acte de dévotion, les marches du Saint-Escalier doivent être gravies à genoux. Chacune est recouverte d’une planche de noyer afin de protéger les surfaces sur lesquelles Jésus aurait marché et qui seraient tachées de son sang. En 1893, Léon XIII Pecci (1870 / 1903) accorda aux fidèles qui montaient à genoux les marches de la Scala Santa, « avec un cœur contrit, en priant et en méditant sur la Passion du Seigneur », une indulgence de trois cents jours pour chaque marche. Comme il y a 28 marches, cela diminue votre temps au purgatoire de 23 ans à chaque montée d’escalier. Les différentes sources d’information à ce sujet se contredisent, certaines affirment que Pie VII Chiaramonti (1800 / 1823), en 1817, avait accordé 9 années d’indulgence par marche soit 252 ans par montée d’escalier, ce qui est quand même plus intéressant car l’éternité, par définition, ça dure longtemps. Cette indulgence n’est évidemment pas applicable pour les âmes envoyées en Enfer qui n’ont plus rien à gagner.
Par les escaliers latéraux, les fidèles peuvent redescendre et le commun des mortels monter pour accéder au Saint-des-Saints (Sancta Sanctorum). Cette chapelle était un des sanctuaires les plus vénérés de la Rome chrétienne et sa fréquentation a longtemps été réservée[3]. Elle occupait, au sein de l’antique palais du Latran, l’emplacement des bureaux de la chancellerie pontificale du VIe siècle et elle est devenue la chapelle particulière des papes depuis Nicolas III, en 1278. Nicolas III y a fait déposer sous l'autel quatre caisses en cyprès qu'il aurait fait remplir de reliques de saints[4]. La chapelle est décorée de fresques représentant Léon III portant un coffre de reliques, la crucifixion de saint Pierre, les décollations de saint Paul et de sainte Agnès, le miracle de saint Nicolas, la lapidation de saint Etienne et le martyre de saint Laurent. La chapelle contient d’autres reliques dont une icône du Christ dite acheiropoïète, c'est-à-dire non faite par la main de l’homme. D'après la tradition, elle aurait été commencée par saint Luc et les Anges l'auraient achevée. La seule chose à peu près sûre, c’est qu’elle aurait été apportée de Constantinople à Rome, au VIIIe siècle, pour la soustraire aux iconoclastes lesquels détruisaient icônes et images en application des préceptes de la Bible[5].
[1] Charles De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.
[2] Le bâtiment serait ouvert tous les jours de 10h00 à 13h00 et de 16h00 à 19h00.
[3] Autrefois, un des lieux les plus sacrés de l’église catholique romaine, la Sancta Sanctorum est désormais ouverte au public.
[4] Victor-Alfred Dumax (Abbé). « Rome durant le carême, la semaine sainte et les fêtes de Pâques, correspondance d'un pèlerin, extraits d'un journal de voyage ». 1859.
[5] « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ».