Algérie au coeur (24/42). Le marché de Boufarik.
Un centre commercial de marchandises et de services
/image%2F1313864%2F20240318%2Fob_1cbb4f_1979-algerie-15-boufarik-conteur.jpg)
Boufarik est une ancienne petite ville de colons venus assécher les marais de la Mitidja. De tradition, la cité possède un marché important car la ville est située à un carrefour de routes dans une zone agricole riche.
On y trouve de tout sur ce marché, et bien sûr tout d’abord des animaux : chevaux, vaches et veaux, moutons, en rangs serrés, examinés longuement et inspectés sous toutes les coutures par des maquignons. Ceux-ci ont conservé la coutume du port de la blouse noire, comme ceux de nos foires rurales de Bresse ou du Morvan. Toutefois, la blouse s’accompagne ici d’un turban et non d’un chapeau ce qui évite à coup sûr de les confondre avec leurs collègues français, bien qu’ils fassent les mêmes gestes pour tâter l’animal ou pour les pousser du bâton qu’ils tiennent à la main et qu’ils discutent tout aussi âprement avec le vendeur.
Mais sur le marché de Boufarik on peut tout aussi bien acheter une mobylette d’occasion et toutes les pièces de rechange nécessaires : pneus, phares, selles, moteurs. Et, si l’on ne remarque pas de marché de la voiture d’occasion, vous pouvez quasiment vous en construire une avec toutes les pièces disponibles : joints de culasse, balais d’essuie-glace, pots d’échappement, mâchoires de frein, dynamos, batteries, radiateurs, pneus. Je ne sais pas trop quelle allure pourrait avoir l’automobile ainsi construite, car les pièces détachées proviennent de toutes les marques et de tous les modèles possibles, de la bonne vieille 404 « pigeot » à la Volkswagen Passat d’origine brésilienne, en passant par toute la gamme des Fiat, Renault et Citroën, sans oublier les Mercedes pour familles nombreuses ou nouveaux riches. Il faut dire que, par suite d’une politique d’importation d’automobiles assez chaotique, changeant de fournisseurs en fonction de contrats internationaux, les pièces détachées d’automobiles sont très difficiles à trouver et il n’est pas rare, à Marseille, de monter dans un avion avec un passager qui transporte un pot d’échappement.
Tout ce fouillis de pièces diverses est présenté à même le sol, sur une vieille bâche, une couverture trouée, dans des caisses, des cartons, à côté de vaisselle, d’outils les plus variés, de clous et des vis de toutes formes et de toutes tailles, de vieux disques 78 tours, de douilles électriques, mais aussi des épices, du nougat ou des vêtements. Sans oublier le coin des bouchers où les viandes pendent accrochées, exposées à la poussière, aux mouches et au grand soleil d’été à défaut de l’être aux regards intéressés des acheteurs.
Mais le marché n’est pas qu’un vaste centre commercial de pièces détachées et de produits alimentaires. Ce bazar oriental en plein air est aussi un lieu où divers artisans et « professions libérales » proposent leurs services. Un arracheur de dents y a installé son cabinet entre une bâche posée au sol et un grand parasol. Le patient s’accroupit tout simplement sur la bâche tandis que l’homme de l’art parle fort à l’attroupement de curieux qui l’entoure, à la fois pour attirer d’autres clients mais aussi pour détourner l’attention de son patient qui ne semble pas d’ailleurs en mener très large. Mais comment pourrait-il se plaindre et faire le douillet quand tous le regardent ? D’ailleurs, d’un coup d’un seul, pendant que le « dentiste » attire son attention ailleurs, celui-ci lui arrache prestement la dent d’un vigoureux coup de pince à la grande satisfaction des spectateurs. Nul doute que cela n’entraîne d’autres vocations ! Dans un autre endroit du marché, un attroupement très attentif entoure sagement un conteur. Il est vêtu d’une djellaba blanche et coiffé d’un turban jaune, dans ses mains il froisse quelques billets de banque. Les hommes font cercle, accroupis ou debout, jeunes et vieux mêlés. Difficile de comprendre ce qu’il raconte, bien sûr. Le conteur semble relancer régulièrement l’intérêt de son auditoire en posant des questions ; d’autres fois il s’arrête et se dirige vers un auditeur qui lui glisse quelques billets supplémentaires. Est-ce pour obtenir la suite de l’histoire ?
Evidemment, ce n’est pas dans ce capharnaüm que l’on trouvera de quoi ramener des petits cadeaux-souvenirs ! Impossible de trouver quoi que ce soit à offrir pendant tout le voyage, exception faite des cartes postales, et encore, elles sont assez rares !