Algérie au coeur (31/42). Un « monument » : la gare d’Oran.
Une mosquée « ferroviaire » – L’Internationale cheminote
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Imposante porte d’entrée sur la ville, la gare est un vaste bâtiment blanc de style néo-mauresque inauguré en 1913. La Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) a créé et exploité la ligne Alger / Oran à partir de 1871 sous le nom de PLMA, mais les concessions furent rachetées par l'État en 1921 et l’ensemble des lignes nationalisées et rattachées en 1938 à la Société Nationale des Chemins de Fer Français (SNCF). Le 30 juin 1959 a été créée la Société Nationale des Chemins de Fer français en Algérie (SNCFA) qui devint après l’Indépendance, en 1963, la Société Nationale des Transports Ferroviaires (SNTF).
En surplomb des avenues qui se croisent devant elle, la gare multiplie les signes architecturaux « exotiques » : la longue façade de deux étages présente un pavillon central carré, en avancée, couvert d’une coupole hexagonale percée d’étroites ouvertures, trois grandes portes aux arcs brisés outrepassés, supportés par des colonnettes, s’ouvrent dans l’avancée du pavillon pour assurer le passage symbolique entre la gare, lieu du voyage, et la ville, lieu sédentaire. Tout au long de la façade court un avant-toit recouvert de tuiles vernissées vertes ; enfin, le second étage est percé de fenêtres jumelées cintrées. Comme pour la Gare de Lyon à Paris, une tour rompt l’horizontalité de la façade mais le beffroi médiéval se fait ici minaret. Sur la terrasse entourée de créneaux, la tour est surmontée d’un modeste pavillon couvert lui-même d’une petite coupole. Il n’y manque que l’étoile et le croissant ! Modernité et fonction du bâtiment obligent, sur chacune des faces de la tour-minaret, une énorme horloge est accrochée, chargée de diffuser l’heure aux quatre coins de la ville. Dilemme, cruel évidemment, aucune des horloges ne marque la même heure ! De fait, elles sont toutes en panne. Heureusement, aucune de ces heures ne correspond à l’heure réelle… sauf deux fois par jour incidemment et brièvement !
Si l’aspect extérieur de la gare est celui d'une mosquée avec son minaret-horloge, les grilles des portes, des fenêtres et le plafond de la coupole sont ornés de dessins reproduisant l'étoile de David et la peinture de ses plafonds met des croix chrétiennes en évidence ! La gare d’Oran est un bâtiment à l‘œcuménisme élargi aux trois religions du livre, la juive, la chrétienne et la musulmane. Elle est l’œuvre de l’architecte Albert Ballu qui dessinera également la cathédrale du Sacré-Cœur d’Oran. Plus généralement, elle s’inscrit dans la volonté du gouverneur de l’Algérie, Charles Célestin Jonnart (1857 / 1927). Celui-ci voulait rompre avec le style haussmannien jusqu’alors utilisé dans la colonie pour développer un style architectural adapté à la région et à son histoire, un style « néo-hispano-mauresque », afin de se concilier la population autochtone. Ce style est également illustré à Alger par la grande Poste et le magasin des Galeries de France [1].
Mon beau-père ayant travaillé avant 1962 à la SNCFA dans le service des voies de la gare d’Oran, nous aimerions savoir si des cheminots l’auraient connu. Nous expliquons notre histoire à un policier chargé de filtrer les entrées dans le hall de la gare. Très compréhensif, alors même que nous n’avons aucune intention de prendre le train, il nous laisse passer. Nous expliquons notre histoire une seconde fois à un contrôleur qui nous autorise à pénétrer sur les quais en nous indiquant où sont situés les bureaux de gestion du personnel. Nous répétons une troisième fois notre demande dans un bureau où notre histoire passionne l’ensemble des personnes présentes qui s’interrogent sur les employés de 1962 qui seraient encore en exercice. L’internationale cheminote fonctionne à fond ! Mais, l’ensemble des salariés actuels est jeune, tous les « anciens » sont partis à la retraite et personne ne connaît un cheminot encore en activité qui aurait travaillé au service des voies au début des années 60. Au retour, en faisant le chemin inverse, le contrôleur, puis le policier, ont à cœur de savoir si nous avons pu retrouver des collègues de mon beau-père, comme s’ils considéraient essentiel de pouvoir renouer des liens entre chacun des côtés de la Méditerranée.
[1] Les Galeries de France sont devenues, en 2007, le Musée public national d’Art Moderne et contemporain d’Alger (MAMA) (2017).