Viêt-Nam - 1995 / 2023 (12/27). Hoa Lu, la « baie d’Halong terrestre ».
Les temples des rois Dinh Tien Hoang et Le Hoan – Un photographe qui n’hésite pas à mouiller la chemise... et son pantalon
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Hoa Lu est l’ancienne capitale du Dai Co Viet aux Xe et XIe siècle. Au fond d’une étroite route champêtre, deux petits temples sont érigés dans une vallée dominée de pitons calcaires. L’un dédié à Dinh Tien Hoang, monarque du Xe siècle dont la statue se dresse dans l’arrière salle du temple. Dans une demi-pénombre et la fumée des baguettes d’encens seuls émergent d’une tunique d’or les mains, de couleur vieil ivoire, le visage à la fine moustache noire pendante, encadré de grandes oreilles à l’image de celles des bouddhas et coiffé d’un imposant bonnet carré de mandarin. Le petit jardin qui précède le temple est un peu à l’abandon, et les herbes et arbustes y poussent sans discipline. Des enfants nous offrent des bracelets de fleurs de jasmin dans l’espoir d’obtenir quelques dôngs, ou plus vraisemblablement un dollar.
L’autre temple, dédié au Roi Le Hoan, présente la même disposition : arc d’entrée à deux étages de toits convexes et à la travée couverte de signes en langue chinoise, courette dallée, comportant des lanternes de pierre et, dans la pagode aux piliers de bois de fer, à la couverture de tuiles brunies et dont le faîtage est dominé par des dragons enlacés, les statues du roi assis sur son trône, les mains posées sur les genoux, vêtu de pourpre et d’or, et de son épouse, Duong Van Nga, plus petite, assise également mais sur une chaise plus modeste, richement habillée d’une chasuble d’or. Devant eux, des offrandes : bouquets de fleurs, lotus, baguettes d’encens, billets de banques dollars et dôngs. Suite à l’assassinat du roi par un des gardes du palais en 979, le général Le Hoan prit le pouvoir et fonda la dynastie des Le, succédant ainsi à celle des Dinh. Il conduisit la guerre contre le royaume du Champa et annexa les provinces du Sud jusqu’au col des Nuages.
Une promenade en barque permet de visiter le site de « la baie d’Halong terrestre » (photo). La « barque » est une espèce de grand panier plat de bambou tressé, calfaté avec du goudron. Il nous faut monter à cinq dans ce panier, mon épouse, ma fille et moi, plus le mari et la femme qui assurent la progression à la rame et à la perche. Au passage d’un petit barrage, un jeune vietnamien profite des manœuvres pour nous photographier. Sommes-nous si ridicules dans notre barcasse ? La rivière serpente paresseusement parmi les rizières inondées qui tapissent le fond des gorges. Même paysage que dans la baie d’Halong de pitons calcaires couverts d’une végétation arbustive.
« Ces étranges montagnes de la frontière de l’Annam, rongées par les intempéries et qui ressemblent à des entassements de pierre ponce » [1].
Calme, sérénité, quiétude, pas de bruit, seul le bruit de la rame qui frappe l’eau [2]. La rivière s’enfonce parfois sous les parois calcaires et il nous faut baisser la tête dans ces vastes tunnels naturels. Nous sommes bientôt rejoints par une autre barque dont la batelière rame avec les pieds et qui nous propose du Coca-Cola ; la civilisation américaine est décidément partout. Au moment de faire demi-tour, batelier et batelière s’arrêtent et ouvrent le paquet qu’ils avaient emporté, soigneusement enveloppé dans une feuille plastique. Ce sont de magnifiques nappes brodées à la main, en famille, comme le démontre la photo qu’ils nous tendent et sur laquelle nous pouvons les reconnaître en compagnie de la grand-mère et de leurs filles. Et là, tout y passe, tout est déballé, les nappes ouvertes pour nous faire admirer la taille, la forme, les motifs, les couleurs, dragons, oiseaux, scènes de la vie paysanne, branches de pêchers aux fleurs bleues, les serviettes sont étalées, comptées. Marchander, choisir, négocier dans un espace aussi restreint et instable n’est pas très simple et, pour nous convaincre, nos bateliers se déplacent dans ce frêle panier dont nous avons un peu peur qu’il ne finisse par chavirer. Bien sûr, nous nous laissons tenter et le mérite en est faible en regard du prix demandé. Au retour, notre photographe est à nouveau là, près du barrage, mais il n’est pas seul, d’autres l’ont rejoint qui étaient sur l’embarcadère au départ. Il brandit un petit rectangle de papier : la photo qu’il a développée pendant notre promenade. Les autres photographes exhibant aussi leurs clichés, il saute alors dans la rivière, tout habillé et, de l’eau jusqu’à la taille, il vient nous porter son épreuve au bateau pour être sûr d’être le premier. Je ne sais pas s’il est coutumier du fait, mais comment refuser d’acheter le cliché dans ces « conditions » ?
[1]Graham Greene. « Un américain bien tranquille ». 1955.
[2] 2023. Le site est désormais très, très fréquenté et a beaucoup perdu de son calme, sa sérénité et sa quiétude !