Monti (1) - Entre Cavour et Nazionale, la Suburra (9/15). Les Marchés de Trajan et la via Alessandrina.
Un Hypermarché de l’antiquité – Un quartier rasé pour créer une voie triomphale
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L’entrée des marchés de Trajan[1]est située via 4 Novembre. Réalisé au début du IIe siècle, le bâtiment a la forme d’un hémicycle concave de cinq étages à voûtes cylindriques en tonnelle (photo). A mi-hauteur, Il est traversé par la via Biberatica, qui fait près de 300 mètres de longueur. Il s’agit d’un grand centre commercial et administratif de l’antiquité comprenant environ 150 boutiques (tabernae) pavées de mosaïques. Le rez-de-chaussée était consacré aux légumes (navet, rave, betterave, bettes, oignons, ail, carotte, laitue, endive, poireau, choux, artichaut, fèves, lentilles, pois, concombre…), fruits (raisin, figue, pomme, coing, pêche, abricot, pastèque, melon, châtaigne, noix, noisette…) et aux fleurs, le premier étage au vin et à l’huile, le second et le troisième aux épices (ciboulette, livèche, coriandre, câpres, cumin, carvi, aneth, anis, poivre, origan, safran, gingembre, myrte, girofle, cardamone, menthe, sauge, laurier, cédrat…). Le quatrième accueillait les bureaux de l’assistance impériale, de l’administration du marché et de la police. Le cinquième, enfin, était occupé par le marché aux poissons. Outre ses rôles commerciaux et de gestion, c’est également ici qu’avaient lieu les distributions de vivres au petit peuple de Rome. Après l’époque impériale, les bâtiments eurent divers usages, centre administratif, palais résidentiel, forteresse militaire, couvent, caserne. Dégagés de toutes les constructions parasites dans les années 1920/30, restaurés en 2007, les marchés de Trajan accueillent régulièrement des expositions.
Au pied des marchés de Trajan passe une rue surélevée sur les ruines des forums, la via Alessandrina. C’était la rue principale du quartier Alessandrino construit dans la seconde moitié du XVIe siècle, dans une zone alors insalubre, bonifiée par le cardinal Michele Bonelli, surnommé Alessandrino car né à Alessandria, et neveu de Pie V Ghislieri (1566 / 1572)[2]. Ouverte en 1584, la rue allait du Forum de Trajan à la basilique de Maxence. Le quartier Alessandrino se composait de maisons modestes, mais aussi de bâtiments prestigieux, petit palais de Sixte IV, maison du Cardinal Accolti, Conservatoire de Santa Eufemia, église Sant’Urbano ai Pantani, palais Ghislieri et Flaminio Ponzio. A la fin du XIXe siècle, la rue était bordée des deux côtés d’immeubles d’habitation de plusieurs étages dont les rez-de-chaussée abritaient des commerces et des ateliers d'artisans. Il était envisagé d’élargir une voie du quartier pour assurer une jonction avec la via Cavour conduisant à la gare de Termini. Mais « le Rénovateur de la Nation », « l’Artisan des destinées nouvelles de la Patrie »[3] avait décidé que « les monuments millénaires devaient s’élever dans une solitude nécessaire » ! Les logements existants (5 000 pièces) et leurs habitants (4 000 personnes) étaient de trop et le quartier Alessandrino a été rasé pour dégager les forums impériaux et créer la via dell'Impero (la voie de l’Empire) reliant la piazza Venezia au Colisée. Mais la voie impériale est plus propice aux grands défilés fascistes qu’à la mise en valeur du site archéologique qu’elle a enfoui pour partie sous le ciment et le goudron. Après la guerre, elle est devenue la via dei Fori Imperiali (voie des Forums Impériaux), une autoroute urbaine transformée depuis, partiellement, en voie piétonne et en sujet de discordes entre Romains et Italiens sur son devenir.
Le 22 février 1933, lors de la démolition d'une maison, au n°101 de la via Alessandrina a été découvert le trésor privé d'un antiquaire romain, Francesco Martinetti, qui avait vécu 30 ans dans cet appartement jusqu'à sa mort en 1895[4]. Le « trésor de la via Alessandrina » pèse 17 kilos et comprend 2 529 pièces d'or anciennes, médiévales, du XVIIIe siècle et modernes, et 81 bijoux anciens provenant de l'une des plus prestigieuses collections de bijoux du XVIIe siècle, la collection Boncompagni-Ludovisi. A l’issue de longs différends juridiques entre les héritiers (réels et prétendus, arrière-petits-fils et maîtresse de l’antiquaire), le gouvernorat de Rome propriétaire de l'immeuble exproprié et les ouvriers ayant découvert le trésor, la Cour royale de Rome a attribué la totalité du trésor à la ville de Rome et la collection Martinetti est aujourd’hui exposée au département des médailles des musées Capitolins.
[1] Ouvert tous les jours de 9h30 à 19h30.
[2] Sovrintendenza Capitolina ai Beni Culturali. « La Via Alessandrina ». 2017.
[3] Termes utilisés par Carlo Emilio Gadda dans le roman « L'Affreux pastis de la rue des Merles ». 1963.
[4] Musei Capitolini. « Il “tesoro” di Via Alessandrina » et « Medagliere capitolino ». Sd.
Voir le site http://www.trastevereapp.com . « Via Alessandrina, il tesoro ritrovato » avec une magnifique collection de photos anciennes sur ce quartier rasé lors de la création de la voie de l’Empire (voie des forums impériaux).