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Notes d'Itinérances
19 janvier 2014

Angkor (10/27). Angkor Thom et le Bayon.

La ville d'Angkor Thom – Le temple du Bayon aux mille visages de Bouddha

  

 

« Au centre du royaume, il y a une Tour d'or, flanquée de plus de vingt tours de pierre et de plusieurs centaines de chambres de pierre" [1].

 

L'image symbole d'Angkor est celle des tours-visages du Bayon. Quoi de plus étrange que l'apparition de ces immenses visages au milieu de la jungle, comme si une puissance divine sommeillait au milieu de ces ruines immenses, gardant un trésor mystérieux.

 

Le temple du Bayon était situé au centre d'une ville entourée de remparts de trois kilomètres de côté, percés de cinq portes, quatre selon une symétrie axiale découpant la ville en quatre quartiers, plus une ouvrant sur une voie débouchant sur la grande Place Royale, la Porte des Victoires. Chaque porte est constituée d'un gopura composé de trois tours accolées, dont la couverture forme quatre têtes aux visages tournés dans la direction des quatre points cardinaux. Ce gopura en forme de croix présente, à chaque encoignure, un motif d'éléphant tricéphale. Le rempart de latérite est précédé d'une douve sur laquelle est jeté un pont, ou une digue, en face de chaque porte. La chaussée dite « des géants » entre par la porte Sud et, sur les douves, est encadrée de Nâgas-balustrades. A gauche, les génies du ciel et, à droite, ceux du monde souterrain portent à plein bras le grand serpent Nâga qui dresse ses sept têtes aux gueules ouvertes.

 

L'intérieur de l'enceinte était occupé par une ville.

 

« Les habitations des princes et des grands officiers ont une tout autre disposition et d'autres dimensions que les maisons du peuple. Tous les bâtiments périphériques sont couverts de chaume, seuls le temple de famille et l'appartement principal peuvent être couverts en tuiles. Le rang officiel de chacun détermine les dimensions des demeures. Le commun du peuple ne couvre qu'en chaume, et n'oserait mettre sur sa demeure le moindre morceau de tuile. Les dimensions dépendent de la fortune de chacun, mais jamais le peuple n'oserait imiter la disposition des maisons nobles » [2].

 

Au centre de la ville, le Bayon, un énorme amas ruiniforme de blocs de grès, de pierres monolithes, de roches entassées, « une sorte de chaos en mouvement à l'assaut du ciel » [3], dans lequel se pressent, se chevauchent, se mêlent les tours aux visages énigmatiques, se multipliant à l'infini, aux yeux ouverts, mi fermés ou clos selon l'orientation. Plus de deux cents visages vous observent, tour à tour bienveillants, sarcastiques, indifférents, compatissants. « Le Bayon, c'est la cathédrale, cathédrale écrasante, sans nef, sans ogive et sans flèche... » [4], avec le même élan vers les cieux, mais une cathédrale massive, pleine, puissante, tumultueuse, « baroque » par la surabondance des éléments architecturaux.

 

A chacun des points cardinaux, il est gardé par d'étranges lions assis, le poitrail dressé, large et massif, le dos cambré pour lever une tête disproportionnée, la large gueule ouverte, grimaçante faisant penser davantage à une tête de dragon que de lion.

 

Passé la première enceinte, on circule dans un dédale de pierre, on passe de galeries en escaliers, de corridors en vestibules, d'allées en étroites terrasses sans plus savoir où l'on se trouve... et à chaque détour, on bute sur ces immenses visages qui vous surplombent, vous écrasent. Angkor-Thom apparaît tout d’abord indéchiffrable et pourtant, comme à Angkor Vat, ce n'est qu'arrivé au pied de l'énorme tour sanctuaire centrale que l'on commence à comprendre le plan de l'ensemble, composé d'enceintes à la fois concentriques, cruciformes et étroitement emboîtées les unes dans les autres, et à en déchiffrer sa simple rigueur !

 


[1] Tcheou Ta-Kouan. « Mémoires sur les coutumes du Cambodge ». Ecrit vers 1300, quelques années après sa mission au Cambodge, l'ouvrage original a été perdu mais il avait été partiellement recopié dans des annales chinoises de 1380. Traduction de Paul Pelliot. Edition de 1951.

[2] Idem.

[3] Maurice Glaize. « Angkor ». 1963.

[4] Roland Dorgelès. « Sur la route mandarine ». 1925.

 

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