Angkor (15/27). Phimeanakas ou « La tour d’or ».
La chambre de repos du souverain et du serpent sacré à neuf têtes - l’Autorité pour la Protection du site et l'Aménagement de la Région d’Angkor (APSARA)
A quelques mètres du Baphuon, Phimeanakas, autre temple montagne érigé à l'intérieur de l'enceinte rectangulaire de l'ancien Palais Royal. Son nom provient d'une déformation du sanskrit, « Vimana-akaça » ou « palais céleste ». Construit à partir du Xe siècle, il comporte trois gradins de latérite, coupés également d'un escalier sur chaque face, bordés de lions gardiens. Le toit du dernier étage était, dit-on, recouvert d'une couche d'or. Ce dernier étage était constitué du premier exemple de galerie pourtournante de grès et de la chambre de repos du souverain où celui-ci retrouvait, chaque nuit, le grand serpent sacré à neuf têtes.
« Pour ce qui est de la Tour d’or à l’intérieur du palais, le souverain va coucher la nuit à son sommet ? Tous les indigènes prétendent que dans la tour il y a un génie qui est un serpent à neuf têtes, maître du sol de tout le royaume ? Ce génie apparait toutes les nuits sous la forme d’une femme ? C’est avec lui que le souverain couche d’abord et s’unit. Même les épouses du roi n’oseraient entrer. Le roi sort à la deuxième veille et peut alors dormir avec ses épouses et ses concubines. Si une nuit le génie n’apparaît pas, c’est que le moment du roi barbare est venu, si le roi barbare manque une seule nuit à venir, il arrive sûrement un malheur » [1]
Le temple avait été entièrement nettoyé de sa végétation parasite, mais quelques années d'abandon pendant la période khmère rouge ont suffi pour que celle-ci reprenne possession des lieux. En 92, arbres, arbustes et lianes se développaient sur les différentes terrasses comme une lèpre verte. Aujourd'hui, le temple en est à nouveau débarrassé. Au pied du temple, des excavations avaient également été creusées après les années de guerre, résultat de fouilles pirates faites par les villageois, le bruit ayant couru qu'un trésor de pièces d'or avait été caché là.
Sur le côté droit sont disposés deux grands bassins rectangulaires, bordés de gradins de grès. Le plus petit était réservé au roi et ses favorites ; l'autre, très vaste, de près de cinquante mètres de long, était destiné à son harem. L'endroit était encore à moitié abandonné à la végétation en 92, et les jeunes Cambodgiens venaient y pique-niquer en vélo. Pendant que les plus jeunes se baignaient dans le bassin royal, les adolescents écoutaient un transistor crachant des rocks.
Situé à huit kilomètres au Nord-est de Siem Reap, le site d'Angkor s'étend sur quatre cents kilomètres carrés. Il abrite deux cents quatre-vingt-sept temples construits entre les IXe et XIIIe siècle, mais il aussi des populations nombreuses ! Un recensement effectué en 2002 dénombrait, sur le site du parc d’Angkor, 102 villages, 19 communes de 5 districts de Siem Reap. Si la population vivant sur le site était de 20 000 habitants en 1992, elle était de plus de 100 000 en 2002.
Parallèlement, lorsqu’Angkor fut inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial, en 1992, il était également devenu indispensable d’établir des mécanismes de travail permettant une collaboration nationale et internationale, entre tous les pays et experts intervenant sur le site. Pour gérer et promouvoir le patrimoine culturel khmer, même s’il est aussi un patrimoine mondial, le gouvernement cambodgien a créé, en 1995, par décret royal, l’Autorité pour la Protection du site et l'Aménagement de la Région d’Angkor (APSARA), laquelle est chargée de la recherche, de la protection et de la sauvegarde du patrimoine mais aussi de l’aménagement du parc et de son développement touristique. Aujourd’hui, APSARA est placée sous la double tutelle de la Présidence du Conseil des Ministres (contrôle technique) et du ministère de l’Économie et des Finances (contrôle financier) [2]. Lors de la première conférence intergouvernementale sur la sauvegarde et le développement du site, en 1993, à Tokyo, un comité de coordination a été créé, coprésidé par la France et le Japon, dont l’UNESCO assure le secrétariat. En 1997 ce comité créa un groupe d’experts pour conseiller APSARA sur des solutions techniques mais aussi sur des questions relatives à la sauvegarde d’Angkor en général. C’est aujourd’hui l’ensemble de ce dispositif qui intervient dans la préservation et le développement du site.
[1] Tcheou Ta-Kouan. « Mémoires sur les coutumes du Cambodge ». Ecrit vers 1300.