Laos de Vientiane à Luang-Prabang (3/17). Vientiane, vats et pagodes.
Eléments du Vat - Vat Sisaket et Vat Phra Kéo
Un peu partout, dans la ville, sont disséminées de gracieuses pagodes, au centre de jardins entourés de murs. L’édifice principal d’un monastère laotien, ou Vat, est le Vihan (ou Sin), la salle du culte qui réunit bonzes et fidèles. Il est généralement situé au centre du monastère et est l’édifice le plus haut et le plus décoré. C'est une construction rectangulaire, précédée d'un porche à colonnes auquel on accède par un escalier encadré de deux génies menaçants, ou de la Déesse Phra Thorani.
La salle du Vihan est une pièce rectangulaire, fermée, généralement orientée vers l’Est, vers le soleil levant, qui communique avec l'entrée par une porte en bois ouvragé. Elle peut être composée d’un vaisseau central et de collatéraux selon le nombre de rangées de colonnes. La lumière est dispensée chichement par la porte d’entrée et des fenêtres percées dans les deux murs latéraux, souvent fermées par des volets intérieurs de bois. Au fond de la pièce, sur un piédestal, s'élève une grande statue du Bouddha. Le toit du Vihan peut-être à recouvrement, voire double recouvrement, à rupture de pente, simple ou double. A Vientiane, le toit, très élancé est posé sur de hauts murs percé de nombreuses ouvertures étroites.
Mais autour du Vihan se trouvent de nombreux autres édifices, disséminés dans le jardin : stupa, bonzerie, abri du tambour, autel du génie protecteur, sala [1].
Les koutdis (ou bonzerie) sont les habitations des moines. C’est souvent le premier bâtiment construit. Les habitations sont généralement de type traditionnel même si elles s’adaptent aux matériaux modernes : une case sur pilotis, doublée dans sa longueur d'une véranda prolongée à chacune de ses extrémités par une courte terrasse où aboutit un escalier. La sala (sala long tham) est la salle de réunion. C’est une salle montée sur pilotis courts et au toit profond, fermée d'un mur. Au milieu de la sala est érigée la chaire à lecture sacrée où grimperont à tour de rôle les moines chargés, lors des boun Pha Vét (fêtes de la dernière réincarnation du Bouddha), de lire l'histoire du Vessantara (dernière vie antérieure du Bouddha). L’abri à tambours (ho khong) est une tour carrée, ouverte, sur pilotis et à étages, qui abrite en général un grand tambour, un ou plusieurs petits tambours, des cymbales et un ou plusieurs gongs, élément du rituel et marquant les principaux temps forts de la journée. On trouve encore l’autel du Bouddha (ho song) dans lequel on dépose les statues du Bouddha lors des fêtes du Nouvel An lao, l’autel du génie protecteur (ho phi khoun vat), une petite salle en long avec une seule ouverture abritant un autel, et de nombreux That. Le That est un édifice plein qui renferme les reliques d’un personnage important ; il peut avoir la forme d’une demi-sphère, d’une cloche, d’un bulbe.
En outre, le Vat comporte un réfectoire pour les moines, le plus souvent placé dans un kouti, dont les parois sont ouvertes sur l’extérieur. La cuisine se résume à un foyer abrité d’un toit à deux pentes reposant sur des poteaux.
Deux exemples.
Le temple du Vat Sisaket, construit en 1818, est situé au milieu d’une cour pavée entourée d’un cloître ouvert qui abrite des milliers de statues de Bouddhas. Les plus grandes sont posées au sol et les plus petites, parfois de quelques centimètres seulement, placées dans plusieurs rangées superposées de niches creusées dans le mur d’enceinte. Les traits de ces Bouddhas, caractéristiques de la statuaire laotienne, sont généralement très fins, très stylisés, visage ovale, arcades sourcilières incurvées, nez busqué et étroit, lobe de l’oreille étiré. Les toitures sont ornées de têtes de nâga dorées, représentation du serpent habitant les mondes souterrains et protecteur des trésors.
Le temple du Vat Phra Kéo est situé dans l’enceinte du palais royal. Il renferme un petit musée bien poussiéreux avec des statues d’art lao. Il était destiné à abriter la statue du Bouddha d’émeraude, laquelle fut récupérée par les Siamois en 1778 et emmenée à Bangkok. Les vantaux du Vihan sont richement ornées de figures gardiennes, dorées sur fond d’azur, et les toitures se terminent en fines queue de nâga.
[1] Georges Condominas. « Notes sur le Bouddhisme populaire en milieu rural lao ». Archives des sciences sociales des religions. Janvier-Juin 1968. Volume 25.