Cuba, oriente (30/34). Autres temps, autres parfums : fraise et chocolat au Coppelia !
A Cuba, le client n'est pas nécessairement le roi face à l'organisation socialiste du travail - Un lieu rendu célèbre
Depuis la « période spéciale », le nombre des parfums disponibles pour les glaces du Coppelia s’est beaucoup restreint. Lors de son ouverture, au début des années 60, le glacier proposait, paraît-il, pas moins de vingt-neuf parfums différents ! C’est que le glacier américain Howard Johnson, qui faisait courir les Cubains avant la révolution, en proposait vingt-huit. La révolution ne pouvait donc pas se permettre d’en proposer moins au peuple libre de Cuba.
Aussi rapidement qu’ils ont été servis, grâce notamment à la rationalisation du nombre des parfums et la simplification de la carte, les consommateurs mangent leur glace, pourtant des plus copieuses, et se lèvent immédiatement pour laisser la place à de nouveaux clients, sans traîner, ni même être rappelés à l’ordre. Chacun sait que, pour que tous puissent bénéficier d'une glace au Coppelia, il faut être rapide et discipliné. Avec cette organisation à la chaîne du travail et de la consommation, on comprend que le Coppelia arrive à servir 30°000 clients par jour !
Pas question de flâner, de fumer sa cigarette, d’entamer une discussion, d’admirer les jolies cubaines, de laisser le temps couler.
Allez, ouste, circulez !
Si la « carte » proposait, en 2010, uniformément et uniquement, les parfums vanille et chocolat, il n’en pas toujours été ainsi puisque le Coppelia s’est fait connaître par d’autres parfums, fraise et chocolat.
Le glacier Coppelia est aujourd’hui internationalement connu car une des scènes-clefs du film « Fraise et chocolat » (« Fresa y chocolate », 1993), de Tomás Gutierrez Alea et Juan Carlos Tabío, y a été tournée. C’est au glacier que se déroule la première rencontre entre David, fils de paysans pauvres, étudiant boursier et membre des Jeunesses Communistes, et Diego, homosexuel, intellectuel raffiné, issu de l’ancienne bourgeoisie cubaine.Malgré tout ce qui les oppose, les deux jeunes hommes deviendront des amis. Diego initie David à la culture, surtout littéraire, qui lui est interdite par la censure et l’encourage à écrire. Avec la complicité de son amie Nancy, il lui fait aussi découvrir la sensualité. Le manque de tolérance et la bureaucratie tatillonne révolutionnaire amèneront finalement Diego à s’exiler aux Etats-Unis.
Le scénario de ce film fait référence à la période du « quinquennat gris » (1971 / 1976) au cours de laquelle la censure et la répression ont durement frappés les intellectuels, et tout particulièrement les intellectuels homosexuels comme l’auteur dramatique Virgilio Piñera.
Si les Cubains sont grands amateurs de crèmes glacées, il ne faut pas espérer aller à Cuba pour y goûter de la « grande cuisine ». Non pas à cause des restrictions, mais tout simplement parce que ce n’est pas dans la culture de l’île. Le rhum, oui, le cigare, oui, les crèmes glacées, oui, mais l’alimentation et la cuisine restent simples, plutôt « basiques » comme toutes les cuisines populaires, ce qui ne veut pas dire sans attraits.
« Il aimait surtout parler d’art culinaire, ce qui équivaut, dans notre île légère, à réciter la Divine Comédie en toscan à une tribu amazonienne »[1].