Entre Toscane du Sud et Ombrie (7/22). L’abbaye romane de Sant’Antimo et Montalcino
Un havre de paix - Une soirée bucolique dans un lieu qui connut des heures sombres
Sant’Antimo est une magnifique église romane dont la légende affirme qu'elle fut fondée par Charlemagne. C'est une église construite sur le modèle de Cluny, sobre, aux lignes droites de la nef et du clocher équilibrées par la courbe de l'abside et de ses trois petites chapelles rayonnantes. Seul le clocher, décoré de bandes lombardes, rappelle les traditions architecturales du Nord de l’Italie. Située dans le creux de verdure d'un vallon décoré des lignes droites des rangées de vignes, d'oliviers, et de cyprès, avec sa pierre blonde, elle appelle au calme et au recueillement.
« L’extraordinaire, l’inoubliable église ! Loin de tout, cachée au fin fond du désert, dans une vasque d’arbres, l’abbatiale bientôt vieille de mille ans, élève sa masse énorme (…). Mais quelle église ! Du roman le plus grave et le plus fort, toute française par le plan, et les formes austères, elle développe ses thèmes de proportions, et ses trois nefs avec une infaillible majesté » [1].
Derrière cet engouement d’André Suarès pour une église à l'architecture romane, il est vrai des plus simples et des plus pures, c’est une condamnation du baroque qui se dissimule insidieusement ! Il ne faut d’ailleurs pas attendre longtemps pour que Suarès dise tout le mal qu’il pense de l’art baroque : « affectation du génie », « mauvaise littérature », « royauté du détail et fausse vue d’ensemble », « pas de pudeur de style », « l’horreur du baroque est le commencement du goût »… tout en analysant très bien que « le baroque est le style d’opéra, l’emphase et l’enflure du théâtre ». Suarès réitère ainsi les remarques de Stendhal. Il faut décidément croire que l’art baroque est bien difficile d’accès pour les Français !
Montalcino possède une forteresse des XIIe et XIVe siècles et a conservé ses ruelles étroites et sinueuses du Moyen-âge. Ses austères remparts révèlent d’autres surprises, celui d’un petit bar où l’on peut déguster, à la soirée tombante, un Brunello ou un Muscato, tous vins de Montalcino, avec des lamelles transparentes de prosciuto. Le plus extraordinaire n’étant peut-être pas tant dans cette agréable opportunité, que dans le rapprochement que l’on peut faire entre un calme et bucolique crépuscule avec les sombres évènements qui se déroulèrent ici quelques centaines d’années plus tôt au cours des guerres qui opposèrent Florence à Sienne et où s’affrontèrent les plus grandes armées de l’époque. Montalcino, alors deuxième ville de l’Etat de Sienne et riche cité commerciale, était le plus souvent un satellite de Sienne, alors que Montepulciano, sa voisine, était l’alliée de Florence. Les rivalités économiques se doublaient de rivalités politiques, Florence, avec les Guelfes, soutenait le pape alors que Sienne, avec les Gibelins, soutenait l'empereur. Tout cela n’empêchait pas les retournements d’alliance à tous propos et tous moments, y compris en pleines batailles ! Dans le courant de l'année 1260, les Montalcinaisiens, sujets de la commune de Sienne, se révoltèrent contre elle, et réclamèrent l'appui de Florence qui fit parvenir des troupes et des vivres. Mais les Siennois réagirent, battirent les Florentins à Monte Aperto et vinrent assiéger Montalcino.
« Ils parcoururent la ville en tous sens, la saccagèrent, rasèrent les murs et incendièrent une bonne partie des maisons. Tous les Montalcinaisiens, grands et petits, hommes et femmes, prêtres et religieux, qui ne furent point égorgés, en furent chassés. Nos troupes séjournèrent encore quelques jours dans la ville, pour en retirer toutes les dépouilles précieuses qu'elle pouvait contenir » [2].
Au cours des guerres d’Italie qui s’étalèrent de 1494 à 1559, mais aussi de Naples à la Flandre, Montalcino fut assiégée par les armées du pape en 1526, puis en1553 par les troupes impériales, qui tentèrent les unes et les autres de prendre la ville [3].
[1] André Suarès. « Voyage du Condottiere ». 1932.
[2] Nicolo de Giovanni de Francesco Ventura. « Chronique de la bataille de Monte-Aperto »
[3] Les Français participèrent à la défense de Montalcino et Montaigne, de passage en 1580, souligne qu’on y « maintient la mémoire des François en grande affection »