Luanda, la perle de l'Afrique (11/26). L’église Notre-Dame de Nazareth.
Une église dépositaire d’une tête royale – Où les miracles sont de toutes natures
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Pour se rendre à l’église Notre-Dame-de-Nazareth il faut descendre sur la « Marginal », ou « largo de 4 Fevereiro », et remonter en direction du port. L’église est située sur une placette ombragée, le largo do Ambiante.
Sa construction a commencé en 1664, comme le témoigne une plaque de fondation conservée et apposée sur la façade, au-dessus du portail d’entrée. Elle aurait été réalisée sur la commande de André Vidal de Negreiros, gouverneur de l’Angola de 1661 à 1666 afin de remercier Dieu d’avoir survécu au naufrage de son navire entre le Brésil et l’Angola.
Notre-Dame-de-Nazareth était autrefois située hors les murs de la petite ville coloniale qui s’était développée au pied de la citadelle de São Miguel (Saint-Michel).
C’est une église aux lignes simples, avec une nef rectangulaire. La façade est surmontée d’un fronton triangulaire agrémenté d’un petit oculus. De chaque côté des arcades extérieures, celle de droite est surmontée d’un mur-clocher.
L’intérieur présente un plafond-pétrin à caissons, non peint, et de magnifiques azulejos, notamment ceux du chœur qui évoquent la bataille d’Ambuila (1665) dont la victoire fut attribuée à l’intervention miraculeuse de la vierge de Nazareth. Au cours de cette bataille le roi du Kongo, Antonio Ier, fut tué, décapité et sa tête portée, avec sa couronne, jusqu’à Luanda où elle fut enterrée dans cette église.
« …le pays était très peu favorisé par les miracles, excepté celui de la bataille d’Ambuíla, où le roi du Kongo avait eu la tête tranchée par la grâce de la Vierge Marie qui avait commandé en personne l’armée portugaise, activité très courante chez cette sainte et son fils, à croire ce qu’on nous avait fait avaler à l’école coloniale » [1].
Sur le panneau d’azulejos de la bataille, l’armée congolaise entoure le carré des troupes portugaises. Antonio 1er, la couronne sur la tête, l’épée à la main, revêtu du manteau royal, est à la tête de ses troupes. Les Portugais bénéficient d’un canon mais surtout de la protection et de l’aide de Notre-Dame qui apparait, parmi les nuages, entourée de rayons, au-dessus des soldats [2].
Mais, tout le monde ne semble pas partager cette vision des interventions miraculeuses ! Du côté adverse, sans nier la mort du roi, on semble croire qu’au moment de sa décapitation par un soldat portugais, une forte pluie se serait mise soudain à tomber, accompagnée de coups de tonnerre et de nuages menaçants. Pris de panique, les Portugais se seraient réfugiés dans leur forteresse à Luanda ! Comme on le voit, les puissances occultes ont le pouvoir miraculeux d’intervenir au bénéfice de chacune des parties. Tout cela me laisse néanmoins sceptique et, plutôt que l’intervention des puissances occultes dans le sort des armes, j’aurais tendance à privilégier celle, très matérialiste, des deux canons dont bénéficiaient les troupes portugaises. Mais, bon, c’est une question d’appréciation, peut-être ?
Notre-Dame de Nazareth est-elle encore sollicitée par les soldats de l’une des factions angolaises en présence pour leur apporter la victoire ? Je n’ai pas entendu dire qu’elle se soit intéressée à cette guerre civile. Je n’ose pas penser que ce serait dû au fait qu’il s’agit d’une guerre civile entre Noirs ? Mais, heureusement, les puissances occultes n’ont pas disparu pour autant, elle se sont réorientées, adaptées au contexte. Notre-Dame de Nazareth est aussi appelée «Notre-Dame-de-l’affliction» ou «Notre-Dame-de-la-fertilité», car la statue de Notre-Dame conserve certains pouvoirs : rendre l’affection et le bonheur conjugal d’un conjoint à son épouse, ou époux, esseulé, mais aussi accorder la fécondité aux couples stériles. C’est moins glorieux peut-être, mais plus pacifique et finalement beaucoup plus utile.
[1] Pepetela. « L’esprit des eaux ». 1995.
[2] A lire Michal Tymowski, « Les azulejos de l'église Notre-Dame-de-Nazareth à Luanda. Figures de la bataille d'Ambuila (Mbwila, 1665) ». In « Afrique & histoire 2009/1 » (vol. 7), p. 265-278 (note de 2015).