Luanda, la perle de l'Afrique (15/26). Les ministères et la déliquescence de l’Etat.
Une armée « mexicaine » sans réelle prise sur le réel
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Dans les ministères, c’est la tristesse et la désolation, pas de moyens et pas de personnel. Pourtant l’organigramme du ministère de l’Education est impressionnant, un ministre bien sûr, deux vice-ministres, chacun avec son cabinet bien évidemment, cinq directions nationales, quatre cabinets, plan, juridique, relations internationales et inspection scolaire, des conseillers techniques, et encore un département ressources humaines et un secteur relations publiques, comme il se doit. Et puis, sous les directeurs nationaux encore des départements mais là-dedans, en réalité, il n’y a plus rien, que quelques secrétaires qui passent leurs journées à lire des revues, papotent ou se font les ongles.
A la direction nationale de l’enseignement moyen technique, pour gérer une douzaine d’établissements dans des secteurs aussi différents que le pétrole, le journalisme et l’agriculture, il n’y a que trois cadres : le directeur et deux techniciens ! Et encore, car le technicien qui a la réputation de travailler le plus ne vient au bureau que l’après-midi, car il occupe un autre emploi dans une ONG le matin. L’autre est un statisticien formé à Cuba qui semble absent ou incompétent.
Il faut préciser que travailler dans la fonction publique relève du sacerdoce, car les fonctionnaires ont actuellement trois à quatre mois de retard de salaire. De plus, les salaires sont faibles, cent dollars pour un cadre, alors que la vie reste très chère à Luanda. Les fonctionnaires doivent nécessairement avoir d’autres activités, un second emploi ou un petit commerce, à défaut faire du trafic. Les plus dynamiques et les mieux formés sont embauchés dans les ONG, aussi l’Etat perd-il petit à petit toute capacité d’analyse et d’action. Il y a certainement moins de personnel dans l’ensemble des services centraux du ministère de l’éducation qu’à l’hôtel « Tropico ». Quand il reçoit un visiteur, le directeur d’un service continue à parler « projets » : professionnalisation des programmes, développement de nouveaux établissements, mais il n’a personne pour étudier les métiers de dix ou douze secteurs très différents, pas plus pour rédiger des programmes d’enseignement et encore moins de monde pour les mettre en œuvre dans les établissements !
« La nature ayant horreur du vide », sur le terrain, les ONG finissent par jouer le rôle que l’Etat n’est plus capable de remplir faute de moyens : éducation, appui aux petits paysans, recherche appliquée et ceci avec l’aide d’ONG internationales ou de financements multilatéraux. Cette situation rend bien sûr très difficiles les relations entre services de l’Etat, sans politiques, sans moyens et sans perspectives, et ONG plus riches, actives et qui embauchent les meilleurs cadres. Petit à petit, les ONG participent de plus en plus activement à tous les projets, y compris les quelques-uns uns qui sont encore théoriquement pilotés par la fonction publique, car elles seules ont de réelles capacités d’étude, de suivi des actions et d’évaluation des projets.
Sans orientations politiques, sinon celle d’un laisser-faire généralisé, sans financements et sans personnel, les administrations publiques sont des coquilles vides. Les généraux de cette « armée mexicaine » s’efforcent de faire croire qu’ils représentent encore quelque chose et portent tous leurs efforts sur la réalisation de très gros projets d’investissement dans le cadre d’institutions internationales, Banque mondiale ou Union Européenne, à défaut de coopérations étatiques lesquelles sont de plus en plus frileuses à s’engager sur des projets d’importance. Seule la signature et la réalisation de ces gros projets peut, non seulement, donner à ces responsables angolais une importance qu’ils n’ont pas avec leur administration déliquescente, mais aussi est susceptible de les faire profiter de retombées diverses, voyages à l’étranger, voire dessous de table.
Cette attitude maximaliste n’est pas nécessairement la bonne car peu de pays sont prêts à engager aujourd’hui des financements dans de vastes projets, même si l’Angola est un gros producteur de pétrole avec lequel il faut compter. Quant aux projets financés par les organisations internationales nous en avons un exemple avec la formation professionnelle : non réalisation des rénovations de bâtiments, matériel acheté inadapté, voire volé ; seul a pu être conduit le volet formation des personnels qui devait, en réalité, arriver en dernier pour coiffer l’ensemble !