Grèce antique (8/18). Rencontres curieuses en Argolide : Némée.
Un lion à la Tartarin ? – Le lac Stymphale
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Les routes grecques sont pleines d’imprévus.
Venant de Corinthe et allant à Nauplie, nous remarquons, à droite, l’embranchement routier pour Némée. Installés confortablement dans notre automobile de location, nous sommes brutalement confrontés à l’existence de ce « terrible » lion dont les différents médias nous ont rabattu les oreilles ces derniers temps. Le monstre était soi-disant invincible, insensible au fer comme à tout métal, et donc invulnérable aux flèches comme aux balles, même de kalachnikov !
Il s’est raconté au sujet de ce lion les histoires les plus invraisemblables, notamment sur son origine. Il aurait été le résultat d’un croisement entre Orthos, un chien bicéphale appartenant à Géryon, un géant au corps difforme, et de la Chimère laquelle possédait un corps de lion avec une tête de chèvre sur le dos, le tout agrémenté d’une queue de serpent ! Quand la peur s’en mêle, les habitants de la région ne manquent décidément pas d’imagination, ils convoquent manifestement toutes les aberrations farfelues issues des croisements génétiques les plus improbables !
Ce dont on est sûr toutefois, c’est que, comme en Gévaudan, les populations locales étaient terrorisées, accusaient le monstre de tous les forfaits et restaient terrées dans leurs habitations.
Si l’on en croit la presse locale, un dénommé Héraclès, un mercenaire étranger envoyé par le préfet d’Argolide, faute de pouvoir transpercer la peau de ce monstre, aurait fini par étouffer dans ses bras le fabuleux lion ! J’ai bien peur qu’il s’agissait simplement d’un pauvre vieux lion mité à l’image de celui de Tartarin de Tarascon. Peut-être était-ce un vieil animal fatigué et arthritique échappé d’un petit cirque minable faisant sa tournée dans la région ou abandonné par son dompteur suite à la faillite de sa ménagerie ?
En Argolide, après ce premier « exploit », la réputation du dénommé Héraclès a soudainement grandi. Ce n’est pourtant pas quelqu’un de particulièrement recommandable à mon avis. Certes, l’on assure qu’il est issu des plus hautes lignées et qu’enfant il était hyperactif, quoiqu'un peu turbulent, pratiquant l’escrime, l’équitation, la lutte et le tir ! Mais, à contrario, Héraclès semblait très peu ouvert aux choses de l’esprit et des arts selon l’image que l’on donne parfois de nos footballeurs. Il traîne aussi derrière lui quelques histoires étranges, voire franchement désagréables : il aurait étouffé des serpents dans son berceau mais surtout serait responsable du meurtre de son professeur de solfège, Linos, d’un coup de tabouret sur la tête ! Pire encore, d’aucuns assurent même que, dans un coup de folie, il aurait tué femme et enfants et, pour se faire oublier, il se serait retiré dans un couvent dans les environs de Delphes. C’est de là que le préfet d’Argos, Eurysthée, son cousin, l’aurait fait sortir afin qu’il lui donne un coup de main sur quelques dossiers délicats.
Particulièrement satisfait de l’exécution de ce premier contrat, Eurysthée lui en aurait commandé d’autres, notamment à Lerne. Puis, sa réputation devenant nationale, voire internationale, Héraclès a été embauché pour des tâches les plus diverses et les plus lointaines. Toutefois, il serait revenu exécuter un contrat à une trentaine de kilomètres de Némée, en Argolide, le sixième. Il s’agissait de débarrasser le lac Stymphale d’une colonie de rapaces aux becs et aux serres particulièrement pointues lesquels s’étaient installés dans un petit bois et ravageaient la région.
« Et partout devant lui, par milliers, les oiseaux,
De la berge fangeuse où le Héros dévale,
S'envolèrent, ainsi qu'une brusque rafale,
Sur le lugubre lac dont clapotaient les eaux » [1].
Bien que fin tireur, ce n’est pas au fusil qu’il aurait chassé les oiseaux, mais en faisant du bruit après avoir brûlé toutes ses cartouches ! D’aucuns prétendent qu’il ne s’agit là que d’une représentation imagée pour le bon peuple, mais qu’il faudrait plutôt y voir le symbole de la lutte des hommes contre des systèmes de pensée, des représentations mentales, qui finissent par conditionner les opinions, les raisonnements. En les faisant fuir, Héraclès aurait ainsi pu accéder lui-même aux choses de l’esprit !
[1] José-Maria de Heredia. « Les trophées - Stymphale ». 1893.