Cameroun - Années 80 (2/34). Ouest Cameroun - Douala, porte du Cameroun
Une arrivée avec surprises garanties
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« Nous voguions vers l’Afrique, la vraie, la grande ; celle des insondables forêts, des miasmes délétères, des solitudes inviolées, vers les grands tyrans nègres vautrés au croisement de fleuves qui n’en finissent plus » [1].
Chaque voyage est un saut dans l’inconnu, le passage du quotidien à l’extraordinaire, à chaque fois la source de situations nouvelles, insolites, rares. De l’avion resté en panne au retour d’un pèlerinage à La Mecque qui vous autorise une journée d’attente, aux valises qui se permettent des promenades non prévues au programme, ajoutez à cela des avions surbookés et le déplaisir de rester en rade ou, au contraire, le contentement de voyager dans la classe supérieure parce que l’avion est vide. Commencer un voyage c’est ouvrir la porte d’un monde enchanté où bonnes et méchantes fées se penchent sur vous, vous jouent des tours et vous jettent des sorts et, avec la Cam’Air, tout est possible.
« C’est en 1868, que des maisons de Hambourg vinrent établir des factoreries dans ces régions et notamment à Douala » [2].
Comme au XIXe siècle, Douala est la porte d’entrée au Cameroun, car seules les pistes de son aéroport peuvent accueillir les jets intercontinentaux. Une porte d’entrée située au bout d’interminables couloirs où flotte un air chaud et moite, mais une porte difficile à ouvrir tant le nombre de contrôles est élevé : police et douane dans les couloirs d’accès, puis dans l’aérogare, inspection sanitaire, police à nouveau pour la vérification des visas et enfin une dernière fois la douane pour l’examen des bagages. L’inspection sanitaire est le contrôle le plus rapide mais le plus étonnant : un préposé vérifie que vous êtes en possession de votre livret international de vaccination et que vous êtes à jour de la vaccination contre la fièvre jaune, en échange il vous remet un petit ticket. Avant de pénétrer dans la salle des bagages, un second préposé récupère votre ticket qu’il laisse négligemment tomber à ses pieds ! Quel est le rôle de ce ticket inutile ? Le maintien d’un emploi ?
« Dès qu’il eut mis le pied sur le sol du royaume et récupéré ses bagages qui tournaient en rond en hoquetant sur un tapis en caoutchouc... » [3].
Sur le tapis transporteur les bagages ne sont pas toujours au rendez-vous que vous leur avez donné. Si je n’ai pas oublié de descendre de l’avion à Douala, j’ai dû oublier d’en informer ma valise qui poursuit son chemin à Yaoundé. Adieu, trousse de toilette, chemises, pantalons et appareil photo ! L’hôtesse, compatissante bien qu’habituée, vous offre une petite trousse de toilette de secours comprenant un rasoir à main, un mini-tube de dentifrice, une brosse à dent, un peigne et un vaste tee-shirt-pyjama, ou une mini-chemise de nuit type « baby-dol », pouvant servir indifféremment pour dames ou messieurs. Bref, l’essentiel pour survivre de façon civilisée pendant deux ou trois jours.
Une autre fois, c’est la valise d’un collègue qui choisit de partir pour Yaoundé ! Elle n’était encore jamais allée en Afrique et ne devait pas connaître le chemin. L’avion n’étant pas encore reparti, le responsable nous propose de descendre sur le tarmac et d’entrer dans la soute du Boeing avant son envol, mais dans la montagne de valises entassées pêle-mêle, impossible de repérer son bien. Très serviable, le responsable téléphone alors à son collègue de Yaoundé pour lui demander de renvoyer la valise lors de la prochaine rotation de l’appareil. Mais ce dernier, qui attend lui-même des bagages restés coincés à Douala, engage alors une négociation interminable du type « donnant-donnant » dans laquelle notre valise est prise en otage. Il n’y aura d’ailleurs finalement pas moyen de libérer l’otage qui restera coincé à Yaoundé. Ce sera à mon tour de prêter mes chemises !
L’aéroport de Douala est récent mais, avec l’humidité tropicale car il tombe ici plus de deux mille millimètres d’eau par an, le béton des bâtiments de l’aérodrome se couvre de coulées verdâtres. Dans la salle de réception des bagages de jeunes porteurs, affublés d’un gilet rose pour les distinguer des porteurs non officiels, se bousculent et se chamaillent pour vous porter vos valises. Il faut se débattre dans ce fouillis de personnes et de colis, garder un œil sur vos affaires et savoir ce qu’elles deviennent. Mais cette confusion n’est qu’apparente, car tous se connaissent ici et respectent des règles que, malheureusement, vous ne connaissez pas.
[1] Louis Ferdinand Céline. « Voyage au bout de la nuit ». 1932.
[2] Ministère de la Guerre. « Manuel à l'usage des troupes coloniales employées outre-mer ». 1927.
[3] Antonio Lobo Antunes. « Le retour des caravelles ». 1988.