Iran - Histoire et architecture (5/19). Les Sassanides (224 / 651). Gonbâd-e Jabaliye - Kermân.
Voutes paraboliques et dômes sur trompes
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Progressivement la puissance romaine l’emporte contre les Parthes minés par des querelles internes. Les Parthes vont alors faire place à une nouvelle dynastie, les Sassanides, issus d’une famille de la province du Fars (région dont la capitale actuelle est Chiraz). La Perse va se retrouver au contact de voisins puissants, Rome, Byzance et l’Inde, ce qui lui permettra d’être au centre d’échanges commerciaux florissants, mais aussi de guerres avec ses voisins notamment Romains.
L'architecture sassanide reprend un certain nombre d'éléments de l'architecture achéménide, les constructions de pierres (quand il y en a dans le milieu) et les colonnes de bois, et de l’architecture parthe, la construction de briques, la voûte de briques, le mortier et la forme architecturale de l’iwan. Elle innove avec l’utilisation de voûtes paraboliques et la création des dômes sur trompes. Enfin, les Sassanides ont adopté l’iwan dans leur architecture en modifiant sa fonction qui, s’il conduisait à d’autres espaces du monument, était une pièce en elle-même. L’iwan sassanide sert plutôt de grande porte d’entrée vers un espace plus grand et plus élégant, généralement en forme de dôme.
« En marge de la ville, demeure un vestige de l’époque où l’Iran tout entier était zoroastrien. Temple du feu ou mausolée, le Gonbâd-e Jabaliyea été construit à l’époque sassanide. S’aventurer jusqu’à ce lieu permet de recueillir quelques impressions de la nature environnante. Les montagnes arides et calcaires encerclent toute cette partie de la ville. Le grand désert baloutche est là, aux portes de la ville » [1].
Le Gonbâd-e Jabaliye est un monument en pierres, de forme octogonale, comprenant trois étages de taille de plus en plus réduite, et couronnés d’un dôme plat. Les murs sont en pierres taillées assemblées avec un mortier, alors que la coupole est en brique. Chacune des faces présente en creux la forme d’un arc brisé, entouré lui-même de structures en léger creux. Sur chaque face, au centre de la forme en arc brisé, une porte. Toutefois, une seule aujourd’hui permet l’accès à l’intérieur, les autres ont été murées pour assurer la conservation du monument. Le mortier utilisé aurait été composé de gypse et de lait de chameau. La destination de cette structure est inconnue. Il pourrait s’agir d’un monument funéraire d’un prêtre zoroastrien ou d’un temple du feu zoroastrien. C’est que la religion zoroastrienne devint religion d’empire sous les Sassanides. Ahura Mazda en est le dieu suprême, créateur du cosmos et ayant deux fils, l’un bienfaisant, l’autre maléfique. L’homme doué d’un libre arbitre peut suivre les voies du bien ou du mal. Trois grands principes sont à la base de la pratique du croyant, ce sont Bonne Pensée, Bonne Parole, Bonne Action. Confronté à sa propre conscience, l'homme ne peut trouver le salut qu'en lui-même. Le lieu sacré, témoignant de la puissance divine et autour duquel s’effectuent les cérémonies, c’est un foyer qui doit brûler en permanence. Plusieurs tours du feu d’origine sassanide existent en Iran (autre exemple Naqsh-e Rostam).
« Zoroastre n’a pas été le premier à concevoir l’idée d’un dieu unique et transcendant, mais il a été le premier à proclamer la survie de l’âme individuelle après la mort et son salut ou sa perdition sur la base des actions bonnes ou mauvaise » [2].
L’art sassanide n’a guère laissé de sculptures sauf quelques bas-reliefs comme à Naqsh-e Rostam, avec par exemple celle ArdashirI er, fondateur de la dynastie des Sassanides, recevant directement l’investiture d’Ahura Mazda. Le roi et le dieu se font face, ils sont tous deux à cheval, le premier écrasant sous sa monture Ardavân, le dernier roi arsacide, le second, écrasant Ahriman (le Mal). Le dieu tend au roi un anneau enrubanné, signe de puissance. Comme chez les Achéménides, le pouvoir royal est un don de dieu, qui peut être donné ou enlevé. La sculpture mêle les techniques du haut-relief, une forme qui se détache bien du rocher, avec celle du bas-relief où les formes sont justes suggérées. Il s’agit généralement de sculptures de profil ou, éventuellement, de trois-quarts, jamais de face.
[1] Elodie Bernard. « Kermân ». La Revue de Téhéran. N°16. Mars 2007.
[2] Claudio Magris. « L’eau et le désert ». In « Trois Orients ». 2005.