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Notes d'Itinérances
2 février 2019

Iran - Histoire et architecture (16/19). Les Pahlavis (1925 / 1979) - La tour Azâdi (Téhéran).

Une entrée fracassante dans le monde moderne

 

 

Le 12 décembre 1925, le Majis, l’Assemblée consultative islamique, propose la déchéance de la dynastie Qâdjâr en nommant Reza Pahlavi « Chah-in-chah d'Iran ». Reza Pahlavi, issu d’une famille pauvre, avait fait partie de la Brigade Cosaque Persane, la plus expérimentée de l’armée perse, puis il était devenu Chef de la Brigade, Colonel, Généralissime, ministre de la Guerre, Premier Ministre et enfin Shah. Reza Shah Pahlavi participe à la rénovation du pays à marche forcée en créant des institutions modernes : réorganisation de l’armée, création des patronymes, construction de la ligne de chemin de fer du Trans-Iranien, industrialisation, nouveau système monétaire, entretien des monuments historiques, fondation de l’université de Téhéran, promotion de la culture millénaire  iranienne, voile prohibé dans les lieux publics non religieux…

 

Ecarté par les Alliés, parce que jugé trop proche de l’Allemagne nazie, c’est son fils, Mohammad Reza Pahlavi, qui lui succède en 1941. 

 

Succession difficile au moment où, à l’occasion de la seconde guerre mondiale, Anglais et Soviétiques s’efforcent de maintenir ou d’étendre leurs zones d’influence. Bénéficiant des évolutions de la situation internationale (affaiblissement de la Grande-Bretagne, confrontation entre les USA et l’URSS, luttes d’Indépendances, augmentation de la demande mondiale de produits pétroliers), l’Iran réussit à développer son indépendance. Par référendum, le Shah avait entrepris un vaste programme de progrès social et de développement économique : nationalisation des forêts et des pâturages, octroi du droit de vote aux femmes, privatisation des entreprises étatiques pour financer la réforme agraire, participation des travailleurs aux bénéfices de leur entreprise, création d’une « armée du savoir » dans laquelle les conscrits diplômés devaient contribuer aux campagnes d’alphabétisation

 

A l’occasion du 2 500anniversaire de la fondation de l'empire perse par Cyrus le Grand, Mohammad Reza Pahlavi, organisa des cérémonies fastueuses du 12 au 16 octobre 1971. Elles se sont déroulées sur les sites archéologiques de Persépolis et Pasargades et étaient à la fois un hommage rendu à la fondation de l'Empire perse par Cyrus le Grand, une manière de dépasser l’héritage musulman en faisant référence aux dynasties préislamiques, une démonstration de la nouvelle puissance de l’Iran devenu le second pays pour les ressources de pétrole dans le monde [1]. Mais elles masquaient les évolutions du pays. Les politiques mises en œuvre par le Shah développaient des oppositions multiples, des intellectuels libéraux urbains, l'extrême gauche urbaine (les Moudjahidines du Peuple), le parti communiste iranien (Tudeh) qui avait une base au sein de la population ouvrière et les islamistes qui condamnaient les orientations laïques du régime.

 

Pour les cérémonies du 2 500e anniversaire de la fondation de l'Empire perse, le Shah avait également lancé un concours pour ériger un complexe monumental à l‘entrée de Téhéran, en face de l’aéroport, comprenant une tour avec une plate-forme d'observation, un musée souterrain et un auditorium. Conçue par un jeune architecte de 24 ans, Hossein Amanat qui gagne le concours, la tour  mesure 45 mètres de haut et a été inaugurée le 16 octobre 1971. Par sa forme générale, une base évasée avec un mouvement dynamique vers le haut, comme par ses références architecturales qui marient les styles architecturaux sassanides (préislamiques avec les arcs brisés) et islamiques (avec le dessin de la coupole intérieure), cette tour veut être le symbole d’une nation en plein élan, s’appuyant sur ses références culturelles passées. Tour par sa hauteur et sa forme, l’édifice est aussi une porte monumentale, celle conduisant vers un nouvel Iran, voire un arc de triomphe ? La tour qui s'appelait, à l'origine, complexe « Shahyād-Aryamehr » (« Mémoire des Rois ») a été renommée « Azadi » (« Liberté ») après la Révolution. 

 

La geste architecturale, à la fois orientaliste et moderniste, masque malheureusement la prouesse technique. Le monument a été coulé en béton dans un coffrage de marbre massif et, pour la première fois, il a fallu faire appel à l’utilisation des ordinateurs pour dessiner les surfaces complexes des blocs de marbre. La firme britannique Ove Arup & Partners, connue pour son intervention dans la construction de l’Opéra de Sydney, avait contribué à la conception structurelle de la tour.

 


[1] Arte. « Mystères d'archives : 1971, les fastes du Shah d'Iran à Persépolis ». 20 août 2011.

 

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