Castro Pretorio / Piazza della Repubblica (3/16). Les gares de Termini.
La gare de Termini et ses évolutions architecturales - Voyageurs et SDF
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La Stazione Termini (la gare des Thermes) est située en limite du mur Servien, au nord de la colline de l'Esquilin. A l’époque antique, c’était un quartier populaire situé autour des thermes de Dioclétien. Un premier embarcadère pour les voyageurs, un hangar de bois encadré de deux voies et de voies de service, fut construit dans les jardins de la villa Montalto-Peretti construite par Domenico Fontana, en 1576, pour le cardinal Felice Peretti, futur Sixte V (1585 / 1590). Face à l’augmentation du trafic une nouvelle gare fut érigée en 1868, en rasant une colline artificielle (la plus haute de Rome !) constituée des déblais de la construction des thermes de Dioclétien. La colline était appelée par les Romains « Monte di Giustizia » (Mont de la Justice) par suite de la statue antique d’une femme assise que les héritiers de Sixte V avaient fait placer au sommet de la colline. L’architecture de la nouvelle gare, d’inspiration néoclassique, présentait l’originalité de ne pas masquer sa grande halle métallique centrale (photo). En 1887, un petit obélisque égyptien sera dressé devant la façade de la gare, sur un haut piédestal (à droite sur la photo), comme monument commémoratif en l’honneur des 548 soldats italiens tués dans la bataille de Dogali en Érythrée. Cet obélisque, d’une hauteur de 6 mètres, avait été sculpté à l'époque de Ramsès II (1279 / 1213 av. JC) et élevé à l’origine à Héliopolis avant de rejoindre Rome. Le parvis de la gare prendra le nom de piazza dei Cinquecento (place des Cinq-cents).
Avec le développement du trafic ferroviaire, et dans un esprit moderniste issu du futurisme italien, Mussolini décida de faire ériger un nouveau bâtiment, en retrait par rapport au bâtiment antérieur afin de dégager un parvis beaucoup plus vaste. Pendant les travaux de reconstruction de la gare, l’obélisque a été transféré quelques centaines de mètres vers les thermes de Dioclétien (aujourd’hui viale Luigi Einaudi [1]). Les deux ailes latérales de la gare, qui encadrent les voies, sont composées d’une série d’arcades façon aqueduc romain, aux formes épurées. Le projet de façade de la gare, d’Angelo Mazzoni (1939), devait refléter la grandeur du nouvel empire romain avec un long portique supporté par des colonnes jumelées. Pour cause de guerre, elle ne fut pas réalisée.
Par opposition à ce style fascisant la nouvelle façade érigée selon le programme lancé en 1947 devait « refléter le mode de vie à Rome et le changement des idéologies politiques ; le risque de perdre l’aspect monumental prévu avant-guerre serait compensé par le caractère plus humain et au mode de vie démocratique » [2],. Quel charabia, mais passons. Ce caractère « plus humain et démocratique » est nettement perceptible ( ! ) dans la très longue façade rectangulaire, basse, minérale, sans originalité, dont la longueur est encore soulignée par dix bandes de fenêtres étroites et parallèles courant d’une extrémité à l’autre (d’aucuns affirment qu’à Paris la ligne droite domine, alors qu’à Rome ce serait la ligne courbe !). Est-ce pour cela que les architectes ont introduit une « rupture » dans cette architecture de boite de chaussures avec la création d’une marquise constituée d’un voile de béton au profil en S allongé ? Moqueurs, les Romains l’ont surnommé « Il dinosoro » ! De côté, on reconnaît bien le profil de l’animal : la queue traînante et massive côté gare, la bosse du dos abritant le hall d’accueil, le long cou relevé terminé par une tête minuscule formant auvent côté Piazza dei Cinquecento.
« Que peut-on trouver de convenable dans ces affreux quartiers autour de la gare ? Ce sont de ces coins de Rome où ne s’arrêtent que des étrangers de passage ou les conscrits des casernes de Macao » [3]
Un demi-siècle plus tard, les conscrits sont remplacés par des SDF. Le soir, ils se rassemblent sous les arcades de la place pour y dormir sur une feuille de carton afin de s’isoler du froid. Ceux qui ne mendient pas s’efforcent de vendre des produits susceptibles d’intéresser les touristes. Avec ce temps à la pluie, l’un d’entre eux est positionné tous les jours devant la porte de l’hôtel pour essayer de vendre un parapluie aux touristes imprévoyants. Derrière ces petits revendeurs, se cachent des groupes organisés qui acquièrent les marchandises et, au petit matin, les distribuent à chacun des revendeurs lesquels sont affectés à des postes de vente particuliers. Demain, selon la saison touristique et le climat, ils vendront des lunettes de soleil, des perches à selfies, des livres touristiques ou des montres.
[1] Luigi Einaudi, premier président de la République italienne (1948 / 1955).
[2] Centre Georges Pompidou. « Le temps des gares ». 1978.
[3] Alberto Moravia. « Nouvelles romaines ». 1954. Les casernes dites « de Macao » étaient situées piazza del Indipendenza, au nord de la gare.
Liste de la promenade Castro Pretorio / Piazza de la Repubblica