Castro Pretorio / Piazza della Repubblica (2/16). La villa Montalto-Peretti.
La villa disparue de Sixte Quint !
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Quand, le 20 septembre 1870, les troupes royales investissent la Rome pontificale par la Porta Pia, la ville n’est pas prête à jouer le rôle de capitale d’une Italie unifiée. Peuplée seulement par 200 000 habitants, ceux-ci sont des artistes, artisans, serviteurs, soldats, nobles et religieux, tous liés à la cour pontificale et au fonctionnement de l’église catholique. Il n’existe pas alors d’industrie à Rome et la ville tire ses ressources de la Sainte Église catholique, apostolique et romaine, et accessoirement de l’agriculture environnante. La ville flotte dans l’enceinte antique d’Aurélien, un habit beaucoup trop grand pour elle. La partie habitée (en gris foncé sur ce plan de 1862) est située dans la courbe du Tibre (ligne bleue) et de part et d’autre du Corso (ligne jaune), la grande voie qui traverse Rome du Nord au Sud . L’intérieur de l’enceinte d’Aurélien, représenté sur cette carte (notamment dans le futur rione de Campo Marzio entouré en rouge), comprend en périphérie des champs, des vergers, des vignes, des fermes, des jardins potagers, des parcs de riches villas, des cloîtres et des ruines de monuments antiques, rien qui ne corresponde à l’image d’une capitale d’un État à la fin du XIXe siècle.
En 1870, une partie importante du futur rione est encore occupée par la villa Montalto-Peretti, son parc et ses exploitations agricoles. En 1576, le cardinal Felice Peretti-Montalto et sa sœur Camilla Peretti avaient fait l’acquisition d’une vigne là où trois des sept collines de Rome se rencontrent, Quirinal, Viminal et Esquilin [1]. Felice Peretti avait confié à Domenico Fontana la construction d'un palais, achevé en 1581, décoré de peintures de Baglioni, Viviani dit il Sordo, Cesare Nebbia. La villa comprenait deux bâtiments principaux, l’un au nord qui donnait sur la rue, appelé « palazzo delle terme », puis « a Termini », en raison de la proximité des thermes de Dioclétien, et une villa au sein d’un parc, le Casino Felice [2]. Le Casino entouré de jardins fut progressivement transformé en un immense domaine, notamment après l’élection de Felice Peretti comme pape, en 1585, sous le nom de Sixte Quint, colonisant pratiquement tous les terrains compris entre les ruines des thermes de Dioclétien, la basilique de Santa Maria Maggiore et l'enceinte antique d’Aurélien. La conception du parc avait également été confiée à Fontana avec des jardins en étages, des avenues prospectives et une trentaine de fontaines [3] alimentées grâce à la rénovation d’un aqueduc romain par Sixte Quint, l’Acqua Felice. En 1585/86, le pape a fait percer la seconde des grandes routes droites qui relieront les différentes basiliques et églises de Rome, la Via Felice (depuis via Sistina), à l’époque la plus longue route de Rome, qui allait de Santa Croce in Gerusalemme à Trinità dei Monti par la basilique Santa Maria Maggiore en longeant le parc de la villa (ligne verte). La villa a alors été fréquentée par le Pontife à de nombreuses reprises, surtout en été.
La décadence de la villa Montalto-Peretti commença après la mort du pape survenue en 1590. Son arrière petit-neveu qui hérita de son patrimoine, Michele Damasceni Peretti (1577 / 1631) laissa après son décès une collection de 400 statues antiques et autant de tableaux, mais l’ensemble des biens sera dispersé et la villa vendue en 1696. La propriété sera rachetée par le marquis Camillo Francesco Massimo en 1789. En 1862, à l'occasion de la construction d’un embarcadère ferroviaire, les jardins de la villa commencèrent à être démembrés puis, en 1887, le palais et le casino furent rasés. Les urbanistes et les promoteurs immobiliers du nouvel État italien ne s’embarrassèrent pas de scrupules en détruisant toutes les « vieilleries » qui pouvaient subsister dans la zone et en traçant un plan avec des rues droites et perpendiculaires, la nouvelle gare (1867/1873) étant située en face des thermes, piazza Termini [4]. Le percement de la via Cavour, à partir de 1880, devait en outre permettre la connexion entre la gare et le centre-ville.
Complété et modifié 2026
[1] Denis Ribouillault. « La villa Montalto et l'idéal rustique de Sixte Quint ». Revue de l’Art. N°173. 2011.
[2] Le palais était situé à l’emplacement de l’actuel palais Massimo et le casino dans le bloc de maisons entre les via Cavour et Torino actuelles, le palais Giolitti. En 1880, lors du lotissement du quartier et des modifications de planimétrie, le rez-de-chaussée du casino était placé un étage plus bas que les nouvelles rues !
[3] La fontaine dite « del Prigione » (de la prison) est le seul reste de la villa Montalto-Peretti ! Elle est aujourd’hui située dans le Trastevere, via Goffredo Mameli. Le nom « Prigione » dériverait de la figure en marbre représentant d'un prisonnier aux mains liées qui se trouvait dans la niche centrale. Sovrintendenza capitolina ai Beni Culturali. « Fontana del Prigione ».
[4] En 1887, la place prendra le nom de piazza dei Cinquecento (place des Cinq-cents) en hommage aux 548 combattants italiens morts à la bataille de Dogali lors de la conquête de l'Érythrée.