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Notes d'Itinérances
25 août 2022

Chroniques tunisiennes 1975 / 2023 (25/69). Une combine astucieuse aux ruines antiques de Dougga.

Comment ponctionner les touristes en douceur ?

 

 

« La ville de Tucca était située sur le penchant d’une petite colline où nous trouvâmes plusieurs restes d’édifices, entre autres le portique d’un temple encore en bon état ; il était soutenu par six grosses colonnes dont quatre faisaient la façade et les deux autres étaient sur les côtés » [1].

 

Le site de Dougga apparaît assez peu visité et, au parking situé devant les ruines, seules quelques voitures sont stationnées lors de notre arrivée. Ce qui n’empêche pas néanmoins des adolescents de jouer aux gardiens, de vous aider à vous placer, le tout contre une modeste rétribution bien sûr.

 

Les ruines de Dougga [2] comptent parmi les plus belles ruines romaines d’Afrique du Nord. Le site archéologique se trouve à quelques kilomètres de la ville de Téboursouk, sur un plateau offrant une vue dégagée sur les plaines environnantes. Avant l'annexion romaine de la Numidie, la ville de Thugga était la capitale d'un État libyco-punique.

 

Pendant près de trois siècles, la ville comprendra deux communautés vivant côte-à-côte, dotées chacune d'un statut différent, une population numide, nomade, et des citoyens romains faisant partie de la colonie romaine de Carthage. En conséquence, la ville se pare d’une série de bâtiments publics, forum, capitole, théâtre, thermes, arc de triomphe, comme dans toute ville romaine.

 

Dougga possède notamment un théâtre assez bien conservé qui pouvait accueillir 3 500 spectateurs. L’hémicycle s’appuie sur la colline et comprend 19 gradins répartis en trois séries permettant de séparer les différentes catégories de public, neuf gradins au premier niveau, six au second et quatre au niveau supérieur. Le mur de scène a presque complètement disparu, il ne subsiste que le soubassement et plusieurs colonnes qui le décoraient, mais cela permet d’avoir un magnifique fond de scène : un paysage de collines douces couvertes du feuillage bleu-vert des oliviers.

 

L’autre monument particulier de Dougga est un mausolée libyco-punique, un exemple rare d’architecture royale numide. Il s’agit d’un tombeau d’une hauteur de 21 mètres, érigé au IIe siècle av. J.-C. Il est disposé sur un piédestal comprenant cinq marches. De forme quadrangulaire, il est composé de trois niveaux. Le premier niveau n’est pas décoré à l’exception d’une petite fenêtre sur chacun des côtés. Celle de la face Nord est fermée par une dalle qui donne accès à une chambre funéraire. Le second niveau est décoré de quatre colonnes engagées, d’ordre ionique, lui donnant la forme d’un temple. Le troisième niveau comporte des sculptures d’une course de char. Il se termine par un pyramidion.

 

Après la visite, de retour sur le petit parking où nous sommes désormais seuls, il nous est impossible de faire démarrer la voiture que nous avons louée à Tunis : il n’y a plus une goutte d’essence dans le réservoir qui était pourtant à moitié plein ! Celui-ci a donc dû être siphonné pendant le temps de notre visite par ces mêmes gardiens bénévoles qui se sont d’ailleurs volatisés entre temps. Heureusement, les ruines de Dougga sont situées sur une colline, à six kilomètres de Téboursouk, et il n’y a donc qu’à se laisser descendre au village en roue libre. Et, quelle chance extraordinaire, un petit garage est justement situé à l’entrée de la ville où il est possible d’acheter de l’essence dans des bidons ! C’est vraiment trop de chance, une chance trop bien calculée qui amène à se demander avec une certaine perplexité si nous ne sommes pas en train de racheter l’essence qui nous a été siphonnée dans le réservoir une heure plus tôt ? Mais, la combine est bien calculée : elle permet de revendre immédiatement le produit du larcin tout en ayant le sourire de la victime ! 

 

Bravo, c’est du grand art !

 


[1] Jean André Peyssonnel. « Voyage dans les régences de Tunis et d’Alger ». 1724-1725.

[2] Les ruines antiques de Dougga sont inscrites sur la liste de l’UNESCO du patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1997.

 

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