Rome, étrange et curieuse (25/53). Rione Campitelli X (1) – La poupée miraculeuse - Scala dell'Arce Capitolina.
Le Santo Bambino
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Le bâtiment de l’église Santa Maria in Aracoeli [1] est constitué de trois nefs, avec des colonnes de toutes tailles et de toutes couleurs, des grises, des rosées, des marbrées, des granitées, des lisses, des cannelées… avec ou sans bases, surmontées ou non de chapiteaux les plus variés. Bref, c’est manifestement le résultat d’une vaste entreprise de récupération, pour ne pas dire de pillage des sites antiques voisins. Le plafond à caissons de bois sera offert en ex-voto par Marcantonio II Colonna, l'un des artisans de la victoire, au sein des troupes de la Sainte Ligue, sur les Turcs à Lépante, en 1571. Les caissons portent les armes de Pie V Peretti (1566 / 1590).
Au fond, à gauche, une chapelle accueille la statue du Santo Bambino, une poupée d’une soixantaine de centimètres, représentant un nourrisson enveloppé dans un tissu doré, serré avec des bandes comme on le faisait alors pour les nouveau-nés. La poupée est couverte de bijoux en or, chaînes, colliers et bracelets (photo). La légende prétend que la statuette aurait été sculptée par un moine franciscain, au XVe siècle, à partir du bois d'un olivier du jardin de Gethsémani, au pied du Mont des Oliviers. Le visage du Santo Bambino aurait été miraculeusement peint par un ange pendant que le moine franciscain s’était endormi. Informé de ce miracle, l’ordre des Franciscains, dont le siège de la congrégation est situé à Santa Maria in Aracoeli, aurait ordonné le transfert de la statuette à Rome. Pendant le voyage vers l'Europe, le navire transportant le moine franciscain et la sainte image, aurait été pris dans une tempête causant la disparition de la statue par-dessus bord. Nouveau miracle, celle-ci aurait finalement échoué à Livourne où le moine franciscain l’attendait !
« Ils (les moines de Saint-François. Ndlr) sont en possession d’attirer chez eux tous les dévots de Rome et des campagnes voisines, au moyen de l’exposition d’une poupée qu’on appelle Sacro Bambino. Cet enfant de cire, magnifiquement emmailloté, représente Jésus-Christ au moment de sa naissance. Voilà ce qu’on fait en 1829 pour accrocher quelque argent au lieu révéré jadis par les maîtres du monde comme le centre de leur puissance »[2].
Comme de nombreux miracles ont été attribués au Santo Bambino, sa statuette était autrefois portée au chevet des malades et des mourants. Au XIXe siècle, le prince Torlonia avait mis un carrosse à sa disposition, jour et nuit, pour pouvoir amener le Santo Bambino au chevet d’un malade qui le réclamait. On racontait que ses lèvres devenaient rouges à l'avènement d'une grâce et pâles quand il n'y avait plus d'espoir. Les guérisons, voire les miracles, sont récompensés par l’offrande de bijoux précieux lesquels sont placés sur la statuette. Lors des catastrophes naturelles, inondations, incendies ou tremblements de terre, les bijoux du Santo Bambino sont vendus afin de participer au financement des secours.
Une dévotion particulière lui est rendu la veille de Noël : le Santo Bambino est tiré de sa chapelle privée et placé sur un trône devant le maître-autel. À l'intonation du Gloria, il est déposé dans la crèche où il demeure pour sa vénération publique jusqu'à l'Épiphanie. Il est alors porté en procession en haut des escaliers de Santa Maria in Aracoeli pour une bénédiction de la ville de Rome et de son peuple. Après cela, il retourne pour un an dans sa chapelle privée. Parfois, il voyage dans les paroisses qui ont souhaité l’accueillir. Il est également possible de lui écrire, il reçoit des lettres de tous les coins du monde. Son adresse ? « ÉgliseSanta Maria in Aracoeli, Scala dell'Arce, Capitolina 12, 00186 Roma ». Vous pouvez aussi déposer votre placet devant la statue. D’abord déposé dans des corbeilles en osier, le courrier le fut ensuite dans une boite aux lettres transparente, supprimée en 2020 (protocole anticovid ?), puis remplacée par une boite en bois. Le courrier est ensuite brûlé, sans être ouvert.
Mais le respect des choses sacrées se perd. Pour preuve, le Santo Bambino a été dérobé en 1994, avec ses bijoux naturellement[3], sans que l’on ne retrouve la statuette. C’est donc une imitation que vous allez admirer ou adorer !
Modifié et complété 2026
[1] Romanchurches. Santa Maria in Araccoeli.
[2] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829. Dans l’édition de 1853 Stendhal rétablit son erreur en décrivant une statue en bois d’olivier. L’église est située à l’emplacement du temple antique de Junon.
[3] La Repubblica. « Rubato il bambinello dell'ara Coeli ». 02/02/1994.