Campitelli - Le tour du Forum (4/27). Santa Maria in Aracoeli.
La victoire de Lépante - Le Santo Bambino
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L’intérieur de Santa Maria in Aracoeli [1] est constitué de trois nefs, avec des colonnes de toutes tailles et de toutes couleurs, des grises, des rosées, des marbrées, des granitées, des lisses, des cannelées, avec ou sans bases, surmontées ou non de chapiteaux les plus variés (photo). Bref, c’est le résultat d’une vaste entreprise de récupération, pour ne pas dire de pillage, des sites antiques voisins. Le plafond à caissons de bois sera offert en ex-voto par Marcantonio Colonna, l'un des artisans de la victoire sur les Turcs à Lépante, le 7 octobre 1571, au sein des troupes de la Sainte-Ligue. Les caissons, en fort relief, portent les armes de Pie V Ghislieri (1566 / 1572).
Plusieurs œuvres décorent la basilique : le magnifique pavement cosmatesque, la pierre tombale de Giovanni Crivelli sculptée par Donatello (1433, à droite de la porte d’entrée), une fresque de Pinturicchio (1485, 1e chapelle droite), une fresque de Cavallini (Vierge à l’enfant, dernière chapelle gauche), le tombeau de Cecchino Bracci conçu par son ami Michel-Ange (1544, chapelle droite).
Dans une chapelle latérale, au fond, à gauche, est située la statue du Santo Bambino, une poupée d’une soixantaine de centimètres représentant un nourrisson, couverte de bijoux, chaînes, colliers et bracelets en or. Selon la légende, la statue aurait été sculptée par un moine franciscain, au pied du Mont des Oliviers, au quinzième siècle, à partir du bois d'un olivier du jardin de Gethsémani [2]. Le visage du Santo Bambino aurait été miraculeusement peint par un ange pendant que le moine franciscain dormait [3]. Informé de ce miracle, l’ordre des Franciscains, dont le siège de la congrégation est situé à Santa Maria in Aracoeli, aurait ordonné le transfert de la statue à Rome. Pendant le voyage vers l'Europe, le navire transportant le moine franciscain et la sainte image, aurait été pris dans une tempête causant la perte de la statue tombée par-dessus bord. Nouveau miracle, celle-ci aurait finalement échoué à Livourne où le moine franciscain l’attendait !
« Ils (les moines de Saint-François. Ndlr) sont en possession d’attirer chez eux tous les dévots de Rome et des campagnes voisines, au moyen de l’exposition d’une poupée qu’on appelle Sacro Bambino. Cet enfant de cire, magnifiquement emmailloté, représente Jésus-Christ au moment de sa naissance. Voilà ce qu’on fait en 1829 pour accrocher quelque argent au lieu révéré jadis par les maîtres du monde comme le centre de leur puissance » [4].
La statuette était portée au chevet des malades et des mourants et, jusqu'au début du XXe siècle, une carriole du prince Torlonia était disponible jour et nuit pour l’amener au chevet d'un malade. Les guérisons sont récompensées en offrant des bijoux placés sur la statuette. Lors des catastrophes naturelles, les bijoux sont vendus afin de participer au financement des secours. La veille de Noël, la statuette est placée sur un trône devant le maître-autel. À l'intonation du Gloria, elle est déposée dans la crèche où elle demeure pour la vénération publique jusqu'à l'Épiphanie. Elle est alors portée en procession en haut de l’escalier de Santa Maria pour une bénédiction de la ville et de son peuple. Après, elle retourne pour un an dans sa chapelle privée. Il est possible de transmettre ses vœux au Santo Bambino[5], le courrier étant ensuite brûlé, sans être ouvert. Mais le respect des choses sacrées se perd, pour preuve, le Santo Bambino a été dérobé en 1994, avec ses bijoux, sans que l’on ne retrouve jamais la statuette originale. C’est donc une imitation que vous admirez !
La porte latérale droite de l’église permet de rejoindre la place du Capitole en passant devant le portique de Paul Ill qui donnait accès au couvent détruit à la fin du XIXe, peut-être conçu par Nanni di Baccio Bigio et réalisé par Pietro da Melida, vers 1544, et en empruntant un escalier.
[1] Romanchurches. « Santa Maria in Aracoeli ».
[2] Le jardin de Gethsémani est le lieu où Jésus aurait passé sa dernière nuit avant son arrestation.
[3] Il s’agit d’une peinture dite « acheiropoïète », c'est-à-dire qui ne serait pas due à la main de l’homme.
[4] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829. Dans l’édition de 1853 Stendhal rétablit son erreur en décrivant une statue en bois d’olivier.
[5] L’adresse : Chiesa Santa Maria in Aracoeli, Scala dell'Arce, Capitolina 12, 00186 Roma
Fin 2000, des petites corbeilles d’osier, placées devant l’autel, permettaient de déposer directement ses prières. En 2014, elles ont été remplacées par une grande boite aux lettres transparente. En 2020, il n’y a plus de possibilité de déposer son courrier… Protocole anti Covid ? En 2024, la grande boite aux lettres a réapparu à côté d'un petit secrétaire, avec papier et stylo, sur lequel chacun peut y écrire ses prières.