Algérie au coeur (11/42). La maréchaussée qui fait du stop pour vous !
Brassens, au secours ! Les pandores sont serviables !
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La ville de Cherchell occupe le site de l’ancienne Césarée. Fondée par les Phéniciens au IVe siècle avant JC. Refondée en 25 av. J-C. sous le nom de Césarée de Mauritanie par Juba II, un roi berbère romanisé, elle devint un centre urbain important. À partir de 40 après J.-C., la ville fut la capitale de la province romaine de Maurétanie Césarienne (correspondant à peu près à la partie Nord de l’Algérie actuelle).
Par suite de l’importance des découvertes archéologiques effectuées sur le site, le Gouverneur Général de l’Algérie décida la construction d’un musée inauguré en 1908. De style « mauresque », il est composé de galeries entourant un patio. Le site de Césarée s’étant révélé particulièrement riche en mosaïques, le musée en possède une quarantaine dont « Les travaux champêtres » et « Les trois Grâces ».
Mais, au soir, après la visite de la ville et contrairement aux renseignements obtenus, il n’y a pas d’autobus pour nous permettre de retourner à Tipaza ! Nous n’avons donc plus qu’à faire de l’auto-stop en espérant que nous ferons pitié à un automobiliste qui voudra bien nous faire effectuer la trentaine de kilomètres qui nous sépare du village de vacances. Nous nous plaçons sur le trottoir de la large avenue qui sort de la ville et levons le pouce.
Cela ne fait pas cinq minutes que nous sommes en place qu’apparaît un policier. Inquiétude ! Que va-t-il nous demander encore ? Nos dernières expériences de stop remontent à 1968 et les policiers et gendarmes français ne manquaient pas alors de nous réclamer nos papiers et de les éplucher longuement avec un air soupçonneux. Celui-ci nous salue fort civilement et engage la conversation selon le cérémonial désormais habituel : d’où nous venons, où nous avons habité, est-ce que nous connaissons Marseille, ou la Goutte d’Or à Paris ? Puis, il nous demande où nous allons et pourquoi nous faisons du stop. Alors, sous nos yeux étonnés, il se met à faire du stop à notre place, avec beaucoup plus d’autorité bien sûr, ce doit être le corollaire du prestige de l’uniforme ou de la peur du gendarme ? Il arrête chacun des véhicules dont il connaît les conducteurs, leur demande où ils vont et s’ils veulent bien nous transporter et ça marche très vite. Quelques véhicules plus tard, un automobiliste se propose pour nous conduire à Tipaza et il ne nous reste plus qu’à remercier chaleureusement notre charmant policier (je n’ose plus parler de « flic » !).
Mais les surprises de la journée ne sont pas encore terminées. Le conducteur dont on pouvait penser que notre délicieux policier avait peut-être un peu forcé la main, est lui-même très heureux de nous véhiculer et de développer le désormais traditionnel cérémonial de présentation qui vaut toutes les cartes de visite. Il est même tellement satisfait de notre conversation qu’il s’arrête auprès de l’étal d’un petit marchand de fruit pour nous offrir de magnifiques grappes de raisins ! Je pense, avec quelques remords, à tous les pauvres auto-stoppeurs maghrébins qui, en France, pourraient rester fort longtemps sur le bord de la route à lever le pouce avant qu’un automobiliste ne veuille bien s’arrêter, sans parler de tous les ennuis que peuvent leur faire parfois notre police.
Arrivés à Tipaza, il nous reste encore trois bons kilomètres à parcourir pour arriver au village de vacances, kilomètres que nous entamons avec vaillance. Le plus dur ayant été largement fait. Nous voyant cheminer tous les trois, c’est un cocher qui nous propose de faire le dernier bout de route dans sa calèche jusqu’au village de vacances ! Notre arrivée ne manque pas de panache.
« Il faut faire confiance à la solidarité spontanée, à cet irrésistible amour du prochain qui se manifeste en toute occasion, et notamment dans les voyages en chemin de fer, surtout dans les secondes classes, quand arrive l’heure d’ouvrir le panier à provisions... » [1].