Romaines ! (2/30). Tullia Minor (VIe siècle av. J.-C.)
Rione Monti / Vicolo Scellerato ou Salita di Borgia
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Dans le rione Monti, en descendant la via Cavour, un peu après la sortie de la station de métro Cavour, un escalier est situé de part et d’autre de la rue, et porte le nom de « salita di Borgia » ou de « vicolo Scellerato ». Cette dernière appellation dérive du latin : viculus sceleratus (rue du crime). Le crime qui aurait été commis ici est le plus impardonnable des crimes !
La légende [1], rapportée par Tite Live [2], remonte à l'époque des rois de Rome d'origine étrusque, en l’an 535 av. J.-C. Servius Tullius, sixième roi légendaire de Rome, avait deux filles, Tullia Major (Tullie l’aînée) et Tullia Minor (Tullie la Jeune) aux caractères opposés : autant la première était pondérée, autant la seconde était turbulente. Le roi décida de les marier à Arruns et Lucius Tarquinio, les fils de son prédécesseur, qui avaient également des personnalités contraires. Le paisible Arruns fut marié avec l'audacieuse Tullia Minor et l'arrogant Lucius avec la douce Tullia Major !
« La bouillante Tullia étouffait car Arruns, son mari, ne montrait aucun goût pour l'ambition ni aucune propension à l'audace. Elle se laissait tout entière subjuguer par Lucius, l'autre Tarquin, et disait que "lui, c'était un vrai homme et qu'il avait l'étoffe d'un roi". Elle méprisait sa sœur "parce qu'à cause de cette femme un homme plein d'audace ne se réalisait pas". Leur ressemblance rapprocha ces deux êtres, comme c'est souvent le cas, car le mal ne porte qu'au mal. Mais c’est la femme qui entreprit de tout bouleverser » [3].
Après avoir assassinés leurs époux respectifs, Lucius Tarquinio et Tullia Minor se marièrent sans que Servius Tullius ne s’oppose à leurs noces. Dévorée d’ambition, Tullia aurait alors incité son nouvel époux à faire reconnaître ses droits légitimes sur le trône, contre Servius Tullius, son propre père. Pour ce faire, aidé de ses gardes, Tarquin envahit le forum et s'assit symboliquement sur le trône. Furieux, Servius Tullius intervint mais Tarquin l’écarta, le jetant au bas des marches. Blessé, Servius Tullius s’échappa et tenta de se réfugier dans sa maison (laquelle aurait été située à l’emplacement de l’actuelle piazza San Pietro in Vincoli). Tullia Minor, qui avait participé au complot, revint du forum sur son char après la réussite de la conspiration.
« Alors qu'elle rentrait chez elle, elle gagna le haut du Vicus Cuprius, où se trouvait encore récemment le temple de Diane, et fit tourner la voiture à droite dans la rampe Urbia pour atteindre la colline de l’Esquilin. Soudain le cocher, mort de peur, bloqua l'attelage en tirant sur les rênes et montra à sa maîtresse Servius qui gisait assassiné. On rapporte un forfait révoltant et inhumain, dont le nom de l'endroit - la rue du Crime - perpétue le souvenir. On dit que dans un accès de folie, poussée par les Furies vengeresses de sa sœur et de son mari, Tullia fit passer la voiture sur le corps de son père » [4].
Il semblerait que le crime n’ait finalement pas payé car les Romains, effrayés par le gouvernement violent de Tarquin, le bannirent de Rome avec son épouse et proclamèrent la République.
Les Romains attribuèrent désormais le nom de vicus Sceleratus (rue du crime) au vicus Cuprius sur lequel Tullia avait écrasé le corps de son père sous son char. Le lieu de l’antique vicus Cuprius correspondrait, en partie au moins, à la via di San Pietro in Vincoli [5]. Par la suite, la voie a gagné le nom de salita di Borgia car la tradition populaire veut que la demeure, sous laquelle passe l’escalier, ait été la résidence de Vannozza Cattanei, maîtresse de Rodrigo Borgia, cardinal et futur pape sous le nom d’Alexandre VI (1492 / 1503) et mère de ses quatre enfants dont César et Lucrèce.
[1] Claudio Rendina. « Quella rampa maledetta tra storia, omicidi e fantasmi ». La Repubblica. 12/11/2000.
[2] Tite Live. « Ab urbe condita libri », « Histoire de Rome depuis sa fondation ». In § « Servius Tullius, Livre I - XLI 6b - XLVIII 9 ». 31 av. J.-C.
[3] La dernière phrase souligne les préjugés de l’auteur envers les femmes !
[4] Tite Live. « Ab urbe condita libri », « Histoire de Rome depuis sa fondation ».
[5] Samuel Ball Platner, Thomas Ashby. « Dictionnaire topographique de la Rome antique ».