La traversée de Rome par le Corso (15/26). Le Palais et l’obélisque du Montecitorio - Rione Colonna.
Autre lieu de luttes politiques intenses
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La place Colonna se poursuit avec la place du Montecitorio. Les Ludovisi s’y firent construire un nouveau palais dessiné par Gian Lorenzo Bernini ; sa façade, légèrement courbe, suivait la forme de la colline. Compte-tenu de difficultés économiques, les travaux furent arrêtés et repris trente ans plus tard sous la direction de Carlo Fontana (1634 / 1714), pour Innocent XII Pignatelli (1691 / 1700) qui voulait y installer l'ensemble des organismes du Saint-Siège (la Curie). C’est Fontana qui aurait rajouté sur la façade ce « campenard » [1], cette espèce de clocheton disgracieux, avec une horloge et trois cloches. La plus grande donnait l’heure, à midi, pour toutes les écoles et édifices publics de la ville. Le palais était aussi le siège du gouvernorat de Rome, de la direction de la police, de tribunaux, devenant ainsi le centre de la vie administrative et judiciaire du gouvernement pontifical.
Après l’unification de l’Italie, en 1870, le palais du Montecitorio accueille la Chambre des députés du Royaume d’Italie. Pour assurer cette nouvelle fonction le bâtiment a été agrandi, derrière l'original, sur une base carrée avec quatre tours d'angle en brique et travertin. L’histoire (la petite !) veut que, sur l’emplacement du palais du Montecitorio, existait au Moyen-âge une décharge laquelle finit par former une petite hauteur où s’installèrent des potagers. On y cultiva certainement des salades romaines, mais ce serait faire de l’antiparlementarisme primaire que d’en déduire que l’endroit était prédestiné à sa fonction actuelle !
Dans le palais, le salon de la Louve tire son nom de la sculpture de la louve romaine en bronze qui s'y trouve. Le salon est également appelé « Aventino » car s’y rassemblèrent, de 1924 à 1926, les parlementaires républicains qui protestaient contre l'assassinat du député Matteotti par un groupe fasciste. Après les élections d’avril 1924, gagnées dans des conditions contestables par le « Bloc National » auquel participaient les fascistes de Mussolini, Giacomo Matteotti s’éleva contre les fraudes demandant l’invalidation des élections. Le 10 juin il est enlevé par un groupe fasciste, roué de coups et poignardé, son corps n’étant retrouvé que mi-août [2]. C'est dans ce salon que, le 13 juin 1946, furent proclamés les résultats du référendum institutionnel qui créera la République italienne [3]. La question posée était simple : « République – Monarchie ? ». Les résultats furent en faveur de la République à 54,3% en faisant apparaître deux Italies : l’une au Nord du Latium et des Abruzzes votant majoritairement pour la République, l’autre au Sud votant majoritairement pour la Monarchie !
Sur la place est situé un des obélisques de Rome, le Montecitorio (photo). Celui-ci servait de gnomon [4] à un gigantesque cadran solaire, l'Horologium Augusti. Le cadran, un espace de 160 m sur 75, se situait dans la partie septentrionale du Champ de Mars, près de l'Ara Pacis. L’obélisque, en granite rouge, date de Psammétique II (594 / 589 av. J.-C.) et provient d'Héliopolis. Il fut transféré à Rome en 10 av. J.-C. sur l’ordre d'Auguste. Il était surmonté d’une sphère de bronze percée d’une fenêtre qui permettait aux rayons du soleil, au zénith, de la traverser et donc de définir le mitan de la journée mais aussi la période de l’année sur une ligne méridienne tracée au sol, avec des lignes et des lettres en bronze doré [5]. Cet obélisque, haut de 21 m et pesant 230 tonnes, fut découvert en 1748 sous les fondations d’une maison, restauré avec du granite rouge prélevé sur des fragments de la colonne de Marc-Aurèle puis érigé, entre 1789 et 1792, sur la Piazza di Montecitorio, à l’initiative de Pie VI Braschi (1775 / 1799). Sa fonction d’origine fut même restaurée en le coiffant d’une boule de bronze, copie de l’original, et en traçant une méridienne au sol. Son imprécision est proverbiale car la réalisation d’une méridienne précise exige une hauteur plus grande, mais aussi un espace fermé et obscurci afin de bien observer le pinceau du rayon lumineux, comme à Santa Maria degli Angeli.
[1] Campenard : mur vertical, placé en haut ou à l'avant d'un édifice pour recevoir des cloches.
[2] Charles Heimberg. « Il y a quatre-vingt-dix ans, le fascisme tuait Giacomo Matteotti ». Médiapart. 10/06/2014.
[3] Frédéric Attal. « La naissance de la République italienne (2-18 juin 1946) ». « Parlement[s], Revue d'histoire politique ». N°7. 2007.
[4] Le gnomon est une tige verticale projetant l'ombre du soleil, ou de la lune, sur un écran horizontal permettant de mesurer leur hauteur au-dessus de l'horizon et donc d’indiquer les solstices mais aussi l’heure solaire. Des éléments du cadran ont été récemment mis à jour dans la cave du n°48 de la via di Campo Marzio.
[5] Université de Caen-Normandie. « Le cadran solaire d’Auguste ». 2019.
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