Angkor (6/27). Le temple d’Angkor-Vat.
Le "grand Temple" - Un temple qui était aussi une grande ville
La route rectiligne de six kilomètres qui conduit de Siem Réap au site d'Angkor débouche au sud du grand temple d'Angkor Vat. C’est lui que vous atteignez en premier et que vous visiterez généralement en premier aussi. Est-ce « pédagogique », car Angkor Var est le plus vaste, celui qui est décoré le plus finement et qui est le mieux conservé des temples du site bien que n’étant pas le plus ancien ? Peut-être, car cela permet d’apprendre les principes de base de l’architecture des temples khmères et de prendre connaissance de la cosmogonie de la religion hindouiste.
« ... elles se dressaient maintenant devant nous, les mystérieuses, les cinq tours grises couronnées de tiares de lotus colossaux » [1].
Il vous faut contourner le monument par la gauche car l'entrée principale du grand temple s'ouvre à l'ouest, exceptionnellement, car tous les autres temples sont orientés face au soleil levant. Vous longez alors une partie des douves remplies d'eau et vous prenez progressivement conscience du gigantisme de la construction : mille cinq cents mètres de long pour mille trois cents de large, avec des douves de près de deux cents mètres de large !
« De l'autre côté de la route commençait la grande chaussée d'Angkor-Wat. Ils s'y engagèrent. Ils se tordaient les pieds à chaque pas sur les dalles disjointes » [2].
La chaussée de grès, de cinq cents mètres de long, est précédée de lions accroupis et des têtes multiples et dressées des grands Nâgas-balustrades. La chaussée traverse les douves sur un pont comportant en son centre des perrons latéraux donnant accès à l'eau des bassins. Elle est interrompue par un long portique comportant trois gopuras [3] au centre et un pavillon à chaque extrémité, ouverts d'une large porte pour assurer le passage des éléphants, et se poursuit ensuite jusqu'au corps central du temple, bordée de chaque côté de grands bassins rectangulaires.
Le long portique cache l'ensemble du bâtiment que l'on devine seulement par le sommet de ses prasats. Le passage de la porte démasque brutalement le monument, « ...le bassin couvert de nénuphars et de roseaux, la mince et longue colonnade, les toits de pierre, les cinq tours grises enfin, les cinq tiares merveilleuses dressées au cœur du temple" » [4], description à laquelle il faut ajouter les fins plumeaux des palmiers à sucre.
Il ne reste plus aujourd'hui que l'ossature de pierre du grand temple. En effet, l'espace compris à l'intérieur des douves, un million de mètres carrés environ, était une ville dominée en son centre par le bâtiment du temple, les différentes parties de l'édifice religieux ne représentant que dix pour cent de la surface disponible. Entre les douves (figurant la mer initiale), le mur de l'enceinte extérieure qui les bordent (représentant les montagnes périphériques du monde) et le bâtiment central (figurant le mont Méru, la demeure des dieux) était érigée la cité des hommes, une ville construite en matériaux légers (paillotes sur pilotis aux toits de chaume ou de feuilles de palme pour la plupart), périssables, pour les prêtres, les hauts dignitaires, les fonctionnaires du royaume, les personnels chargés de la personne royale et de l’entretien du temple. Seul le souverain avait droit à un toit de tuiles, même si la structure de son palais était en bois. On estime que dix-sept à vingt mille personnes devaient vivre dans l’enceinte d’Angkor Vat [5].
Ce qui aujourd'hui n'apparaît plus que comme un vaste temple au milieu d’un vaste espace dégagé, entouré d’une haute forêt, était autrefois une cité importante, la capitale civile et religieuse du royaume.
[1] Pierre Benoît. « Le roi lépreux ». 1926.
[2] André Malraux. « La voie royale ». 1930.
[3] Gopura : Pavillon d'entrée des diverses enceintes des temples.
[4] Roland Dorgeles. « Sur la route mandarine ». 1925.
[5] A Ta Phrom, une inscription datée de 1186 souligne que 12 640 personnes habitent dans l’enceinte du temple laquelle a une surface de 600 000 m2. Cité par Henri Stierlin.