Monti (3) - Le quartier du Latran (8/13). L’obélisque Lateranense.
Le plus ancien obélisque de Rome
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Sixte Quint se réappropria les obélisques et leur symbole, la puissance, mise au service de l’église catholique comme puissance religieuse mais aussi comme puissance économique et technique. Avec l’aide de son architecte Domenico Fontana (1543 / 1607), Sixte Quint attribue aux obélisques une fonction dans la ville en les plaçant à des points de référence pour les pèlerins : les basiliques Saint-Pierre (1586) puis Santa Maria Maggiore (1587) et enfin San Giovanni in Laterano (1588).
Sur le côté droit de la basilique, face au baptistère, et dans le prolongement de la via Merulana qui conduit à la basilique Santa Maria Maggiore, le centre de la place est occupé par l’obélisque, « Lateranense », le plus haut (32 mètres, 46 avec son socle) et le plus ancien de Rome. Il s’agit d’un exemplaire unique alors que les obélisques sont toujours par paire ; l’hypothèse a été faite que son jumeau serait l’obélisque inachevé et toujours situé dans la carrière d’Assouan après son abandon lorsqu'une fêlure s'est développée dans la pierre [1]. L'obélisque, de granit rouge, est décoré de hiéroglyphes, car il a été taillé lors du règne de Thoutmosis III (1504 / 1450 av J.C). Son petit-fils, Thoutmosis IV, fait descendre le Nil aux 510 tonnes du monolithe pour l’ériger, vers 1490 av. J.-C, dans la partie Est de la « cour des fêtes » à Karnak. A son tour, Constantin (272 / 337) le fait transporter de Thèbes à Alexandrie d’où il devait ensuite rejoindre Constantinople pour y être érigé. Mais, après la mort de l'empereur, en 337, il reste à quai pendant vingt ans avant que son fils et successeur, Constance II, le fasse transporter à Rome. Son transport exigea la construction d’un navire spécial, aux dimensions exceptionnelles pour l’époque, avec trois cent rameurs, afin de l’amener au port de la porte d’Ostie à Rome. De la porte d’Ostie jusqu’au cirque Maxime, il restait 4,5 kilomètres à parcourir sur les glissières et grâce à des rondins de bois et des cabestans. Enfin, une rampe immense de 330 mètres et un portique gigantesque ont dû être construits pour pouvoir redresser l’obélisque sur la spina du cirque Maxime avec l’aide d’un millier d’hommes aux cabestans [2]. Après son érection, en 358, l’obélisque a été surmonté d’un globe métallique couvert de feuilles d’or. Frappé par la foudre, le globe a été remplacé par une flamme dorée de métal. C’est le dernier obélisque égyptien importé dans la Rome antique.
Après les grandes invasions, les monuments romains disparaissent peu à peu, ruinés par les tremblements de terre (1349), les inondations, les incendies, la récupération des pierres pour la construction d’habitations et de forteresses. L’obélisque est finalement retrouvé en 1587, à une profondeur de 7 m sous la surface, lors de fouilles menées au cirque Maxime. Brisé en trois morceaux, Sixte Quint Peretti (1585 / 1590) le fait restaurer et ériger l’année suivante, par Domenico Fontana, sur la place de San Giovanni in Laterano. L’obélisque refait donc, en sens inverse, une partie du trajet qu’il avait effectué mille deux cent ans plus tôt ! Le dispositif mis en œuvre est semblable à celui qu’avaient utilisé les Romains de l’antiquité avec une rampe, un portique et des palans dont les cordes sont actionnées par des cabestans. Pour dresser l’obélisque, il faudra treize heures de travail et cinquante-deux arrêts pour changer les lieux de fixation des cordes. Le pyramidion de l'obélisque est désormais surmonté des armoiries de Sixte Quint (plusieurs monts puis une étoile à huit branches), le tout dominé par une croix symbole de la victoire de la chrétienté sur le paganisme et l’hérésie (les cultes païens évidemment, mais aussi les églises réformées !).
L’hôpital San Giovanni Addolorata est situé sur le côté ouest de la Piazza del Laterano. L’archiconfrérie des Saints-Sauveurs, chargée de protéger l'image acheiropoïète [3] du Christ placée dans le Sancta Sanctorum (sur le côté est de la place), obtint en 1333 un bâtiment pour l'accueil des pèlerins et des malades appelé d'abord San Michele, puis Santissimo Salvatore puis San Giovanni. Suite à l'héritage de riches bienfaiteurs (dont Vannozza Cattanei, maîtresse d’Alexandre VI Borgia et mère de ses enfants Cesare et Lucrèce), le bâtiment pour les hommes, qui longe la place, a été reconstruit sous Sixte Quint. Sur le flanc droit de l'hôpital pour les hommes, le bâtiment pour les femmes a été érigé en 1650/55.. Au début du XVIIIe siècle, l'hôpital était ouvert à « tous les malades de toute nation, sexe et âge » et comprenait 120 places pour les hommes
[1] Romanchurches. « San Giovanni in Laterano ». Site Web.