Toscane - Révolutions florentines (14/16). Un modèle de développement basé sur le tourisme de masse.
Un tourisme qui menace la ville et ses habitants
[1] A partir de Montaigne, la quasi-totalité́ des écrivains, des artistes, ou des voyageurs fortunés ont fait étape à Florence en référence à son histoire tant politique que culturelle à la Renaissance. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les riches héritiers faisant « le grand tour » s’arrêtaient à Florence, les plus nombreux étant les Anglais, qui constituaient à Florence une véritable colonie.
En 1932 était inaugurée la voie ferrée directissime Bologne-Prato-Florence, franchissant la montagne sans jamais s'élever à plus de 317 m, grâce à la Galleria dell’Appennino longue de 19 500 m, permettant des vitesses commerciales de l'ordre de 110-120 km/h. Après la deuxième guerre mondiale, où Florence échappa de peu à la destruction, le tourisme, les industries mécaniques, le service des banques et des assurances, la mode et le textile assurèrent le développement de la ville. La mise en service de l’Autostrada del Sole (1960 pour le tronçon Bologne-Florence, 1964, pour le tronçon Florence-Rome) a constitué́ une révolution économique encore plus importante. Le problème le plus grave est peut-être celui de la médiocrité́ des liaisons, tant routières que ferroviaires, entre Florence et le littoral adriatique. Un autre problème est celui de l'aéroport dont la piste très courte ne peut recevoir que des appareils petits ou moyens (type A318).
Florence a une économie diversifiée. Important centre ferroviaire et routier, la ville est le siège d’activités industrielles, chimiques, pharmaceutiques, du travail du cuir, de l’habillement (souvent dans le secteur du luxe), du mobilier. Il existe également de nombreuses entreprises typographiques et éditoriales ainsi qu’un artisanat florentin, d’antique réputation, dans le secteur du mobilier, de la porcelaine et de l’orfèvrerie. Les produits traditionnels et locaux, tels que les antiquités, la verrerie, la maroquinerie, les reproductions d'art, les bijoux, les souvenirs, le métal et la ferronnerie élaborés, les chaussures, les accessoires et les vêtements de haute couture conservent une grande importance dans l'économie de Florence. Il s'agit donc presque toujours d'industries fabriquant des produits de qualité́, mais assez traditionnels. Les Florentins misent sur la qualité́ et l'absence de standardisation trop poussée de leurs produits [2].
En Italie, le secteur du tourisme représentait 13,2 % du PIB national en 2018, ce qui correspond à une valeur de 232,2 milliards d'euros. Le tourisme représente 15 % des emplois pour 3,5 millions de personnes. Le solde de la balance des paiements du tourisme s’élève à de plus de 16,2 milliards d’euros. Dans le secteur du tourisme, Florence joue un rôle important avec Venise et Rome ; elle accueille près de 20 millions de visiteurs par an, lesquels ne restent en moyenne que deux- jours, mais dépensent 4 milliards d’euros.
À Florence, il existerait près de 10 000 appartements en location sur les plateformes en ligne. La ville étant de taille moyenne, le développement des infrastructures d’accueil des touristes s’effectue au détriment des logements, entraînant une augmentation des loyers mais aussi des activités commerciales traditionnelles. Face à ce renchérissement du coût de la vie, les habitants quittent le centre-ville pour des banlieues plus résidentielles. La ville a perdu 36 000 habitants entre 1970 et 2010. Sur les 10 prochaines années, le centre-ville pourrait perdre encore 15% de sa population. L’exode des habitants vers la périphérie de la ville entraîne en contrepartie un accroissement des trajets et de la circulation, une augmentation de la pollution et donc une nouvelle dégradation de la qualité́ de vie en centre-ville. Les flux touristiques participent à transformer Florence en « ville-musée ».
Le tourisme de masse atteint désormais un niveau inquiétant entraînant un grave délabrement urbain, une usure excessive de la ville, accompagnés d’un entretien insuffisant de l’héritage artistique de la cité, et donc une perte continue de l’identité culturelle [3]… sans oublier l’exacerbation des habitants !
[1] Clet Abraham. Cet artiste breton s’est fait connaître en illustrant les panneaux signalétiques.
[2] Jean Bernard Charrier. « Le tourisme à Florence, la contribution directe et indirecte à la formation des revenus dans un grande ville ». In « Méditerranée », n°5-6, 1971.
Kurt Salmon. « Culture et performance économique - Étude de cas : Florence ». Forum d’Avignon 2010.