Ostiense - Révolution au sud de Rome (9/12). La cité-jardin de Garbatella.
Un quartier pour loger les ouvriers de la zone industrielle
« Toute la Garbatella brillait au soleil : les rues qui montaient avec des rangées de jardinets, les maisons aux toits en pente et les corniches semblables à des plats cuisinés, les tas d’immeubles marrons avec des centaines de petites fenêtres et de mansardes, et les grandes places entourées d’arcades et de portiques en pierres factices »[1].
Sur la colline dominant la via Ostiense le quartier de Garbatella a été construit à partir de 1920, par l'Institut des maisons populaires (Istituto di Case Popolari - ICP) et l'Office autonome pour le développement maritime industriel (SMIR), sur des domaines de l'aristocratie romaine[2]. Deux hypothèses sur l’origine du nom : il dériverait de la culture de la vigne « a garbata » (vignes sous des érables ou des ormes), ou d'une aubergiste aimable et gracieuse (garbate) avec ses invités, notamment masculins ! La rénovation du quartier a débuté en 2009 avec la construction de la Circonvallazione Ostiense et du pont Settimia Spizzichino sur les voies de la ligne B du métro, une magnifique structure suspendue de 160 m de long soutenue par deux poutres voûtées blanches.
Conçu dans l’objectif de loger la classe ouvrière qui devait travailler dans les entreprises voisines (port, gare, gazomètres, halles, entrepôts, abattoirs), le quartier a été imaginé sur le principe des cités-jardins : des maisonnettes avec un jardin potager et de petits immeubles. Il se caractérise par la variété de ses architectures conçues par les architectes des années 20 et 30. En 1927-1930, la nouvelle planification urbaine initie l’érection d’immeubles rationalistes-futuristes, en maintenant des espaces verts et des services publics, afin d’accueillir les nombreuses familles déplacées suite à la démolition des quartiers du Borgo, Alessandrino et de Campitelli pour la réalisation des voies della Conciliazione, del Impero (via dei Fori Imperiali), della Mare. Les quatre hôtels (Rouge, Blanc, Beige et Jaune) de la Piazza Michele da Carbonara témoignent de cette histoire : il s’agissait de résidences de transit pour des familles déplacées, comprenant 997 chambres avec des services communs au rez-de-chaussée (cantines, blanchisseries, repassage, loisirs, infirmeries)[3]. Sur la Piazza Nicola da Longobardi est situé un des bâtiments emblématiques de Garbatella, La Scoletta, nom donné par les habitants à l'école maternelle Luigi Luzzati, construite en 1927 sur les bases d’une villa de la Renaissance appartenant à la famille noble Sergardi de Senese. La Via Magnaghi débouche dans le cœur du quartier, la Piazza Damiano Sauli comprenant l'église San Francesco (1932) et l'école Cesare Battisti (1930). L’école comprend deux imposants immeubles, de quatre étages, de style rationaliste, encadrant une cour au fond de laquelle un bâtiment plus bas, présente un avant-corps à portiques encadrés de pilastres colossaux supportant quatre aigles de bronze ; il est dominé d’une tour carrée terminée par un tambour octogonal avec une horloge.
Au n°40 de la pia Passino est située la peinture murale « Oh my darling Clementine » (Solo et Diamond, 2020). Le théâtre Palladium (1930), ancien cinéma-théâtre Garbatella de style romano-antique, domine Piazza Bartolomeo Romano, en face, sur le mur d’un immeuble, le portrait du résistant « Enrico Mancini » (Francesco Pogliaghi, 2020)[4]. Par la Via Luigi Fincati, on atteint la Piazza Pantero Pantera. Au n°14, peinture murale « Prière au coucher du soleil » (Gomez, 2020). Les premières constructions du quartier étaient situées autour de la Via Guglielmotti, avec des routes qui suivaient le profil des collines, des villas et des blocs de petits immeubles entourant des cours et des jardins, avec des lavoirs, étendoirs, boutiques, caves. L’architecture, de style barocchetto romain, fait référence à la tradition des moulures, colonnettes et frises en stuc (photo). Les noms de ces rues sont d'inspiration maritime (navigateurs…) pour faire référence au port construit sur le Tibre.
[1] Pier Paolo Pasolini. « Une vie violente ». 1959.
[2] Pietro Giovanni Stoppani, Edoardo Spada. « Un itinerario a piedi per scoprire il quartiere della Garbatella, a Roma ». 2022.
Federico Riccardi. « Garbatella ». Romaapiedi.com.
[3] A remarquer, au début de la Via Ignacio Persico, n°7, le portrait d’Alberto Sordi (Lucamaleonte, 2021).
[4] Les habitants sont attachés aux valeurs de la Résistance et d’une démocratie sociale. Le 25/04/2023, date anniversaire de la libération antifasciste, l’artiste Laika a peint Piazza Bartolomeo Romano « Mia nonna partigiana è ancora arrabbiata » (Ma grand-mère partisane est toujours en colère). Une grand-mère, foulard rouge au cou, poursuit de son rouleau à pâtisserie, le président du Sénat Ignazio La Russa pour ses propos révisionnistes !