Trevi - Un quartier de perles baroques (16/27). La place du Quirinal et la fontaine des Dioscures.
Un palais papal d’été – Un bricolage étonnant
La place du Quirinal est située sur le haut de la colline du Quirinal, la plus élevée du centre-ville. Elle est bordée au nord-est par l'imposante façade du palais du Quirinal (photo), résidence du président de la République italienne, construit en 1583 par Martino Longhi l'Ancien pour Grégoire XIII Boncompagni (1572 / 1585), puis par Ottaviano Mascherino (1578) comme résidence d'été pour les papes, la colline du Quirinal étant considérée comme plus salubre que la plaine du Latran ou les prés du Vatican. Y contribuèrent également par la suite Domenico Fontana, Flaminio Ponzio, Carlo Maderno et Gian Lorenzo Bernini. Le palais développe également une très longue façade sur le côté droit de la via del Quirinale.
La colline du Quirinal a été fortifiée très tôt dans l’antiquité, puis incluse au sein du mur Servien (IVe siècle avant JC). La colline accueillit d’importants lieux de culte, dont les temples de Quirinus, Salus et Semosanscus, de l’empereur Domitien érigé sur le site de son lieu de naissance, puis celui grandiose de Sérapis édifié par Caracalla en 217. Celui-ci se composait d'une grande cour à colonnades et d’un sanctuaire orné de statues et d'obélisques. Sur le versant de la colline un grand escalier menait au temple, sur un emplacement correspondant au jardin actuel du palais Colonna. La place comprend, côté occidental, une vaste terrasse permettant un beau panorama sur la ville. Le long du palais, un bel escalier rejoint le bas du quartier et la fontaine de Trevi.
Devant le palais du Quirinal est située la Fontaine des Dioscures, autrement dit Castor et Pollux [1], lesquels sont accompagnés de deux chevaux cabrés ; Castor étant réputé être un dompteur de chevaux. Ces deux impressionnantes statues (5 m de haut) furent érigées initialement pour décorer le tympan oriental du temple de Bacchus et d’Hercule construit à l’initiative de Septime Sévère, en 198, sur le flanc ouest du Quirinal[2]. Ces colosses y restèrent jusqu’à leur transfert, au IVe siècle, vers les thermes de Constantin dont ils encadraient l'entrée[3]. L'aménagement de la place a été commandé en 1586, par le pape Sixte Quint Peretti (1585 / 1590) à l'architecte Domenico Fontana qui a restauré le groupe des deux Dioscures, déplaçant les sculptures sur la place du Quirinal dans l’axe de la Strada Pia (axe actuel de via XX Settembre / via del Quirinale) et l’alignement vers la porta Pia érigée par Michel-Ange à la demande du pape Pie IV Médicis (1560 / 1565)[4]. Les Romains prirent l’habitude d’appeler le lieu « Monte Cavallo » (Le mont des chevaux).
En 1589, une première fontaine a été placée au pied des statues, desservie en eau par l'aqueduc de l’Acqua Felice. Elle était constituée d'un bassin polylobé au sol, avec un balustre central sur lequel reposait un bassin circulaire. En 1780, le pape Pie VI Braschi (1775 / 1799) fit réorganiser l’ensemble en érigeant l’obélisque du mausolée d’Auguste, redécouvert en 1527, en écartant les statues des Dioscures et en les plaçant à angle droit afin d’encadrer l’obélisque. Quatre aigles de bronze ornent les quatre angles de la base de l'obélisque. En 1818, devant l’obélisque et les statues fut ajouté un vaste bassin, utilisé jusqu’alors sur le Campo vaccino (le champ des vaches, l’ancien forum romain !) comme abreuvoir pour le bétail, et reposant sur une base puissante qui le soulève. Mais, n’est pas Le Bernin qui veut et l’ensemble fait bricolage ; c’est rigide, froid et même finalement plutôt laid.
[1] Castor et Pollux sont nés de l’union de Zeus (transformé en cygne) et de Léda. Ils participent à l'expédition des Argonautes, combattent Thésée pour récupérer leur sœur Hélène. Ils sont le symbole des jeunes gens en âge de porter les armes.
[2] Maria Cristina Capanna. « Ancora sul complesso templare severiano del Quirinale ». in « Mélanges de l'École française de Rome – Antiquité ». 2021.
[3] Élisabeth Le Breton. « Le Dioscure du Quirinal dans la Glyptothèque du Musée du Louvre ». Revue archéologique. 2012/2 n° 54. Ruinés, les thermes de Constantin furent détruits lors de l’érection du palais Rospigliosi, Via Ventiquattro Maggio.
[4] Sovrintendenza Capitolina ai Beni Culturali. « Fontana di Monte Cavallo in piazza del Quirinale ».