Le rione Colonna, au coeur de Rome (14/19). San Lorenzo in Lucina.
Un lieu de culte depuis l'époque romaine - Les tombeaux de Nicolas Poussin et Gabriele Fonseca
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Par la via in Campo Marzio on atteint la piazza San Lorenzo où se dresse l’église San Lorenzo in Lucina. Lucina aurait été une pieuse et miséricordieuse Romaine ayant créé un lieu de culte chrétien dans sa maison où se réunissaient les premiers convertis. La maison fut consacrée en 440 par le pape Sixte III. Mais la « Domus Lucinae », la maison de la pieuse Lucina, était plutôt un ancien temple romain de la déesse Junon Lucina (Junon déesse de lumière) qui a ensuite été utilisé comme lieu de culte chrétien et transformé plus tard en basilique. Dans l'antiquité, Junon Lucina conduisait l'enfant vers la lumière le jour de sa naissance. Elle était notamment invoquée par les femmes lorsque l'accouchement commençait.
Pour le Président de Brosses, lequel s’était fait voler dans l’église son mouchoir, un accessoire vestimentaire important de la vie sociale au XVIIIe siècle, l’explication est toute autre.
« Ce lieu a bien changé de face : c’était autrefois un bois profane (Lucus) où l’on se promenait, et où l’on baisait les filles, comme au bois de Boulogne. A cette heure, c’est une église où l’on vole les mouchoirs » [1].
Autant dire un lieu où l’on ne respecte rien ! L’église San Lorenzo in Lucina eut une vie mouvementée. Une première basilique a été érigée par le pape Sixte III (432 / 440) avec trois nefs et une abside, restaurée en 685 et en 780 par suite des crues du Tibre. Après les dommages causés par les Normands en 1084, le pape Pascal II (1099 / 1118) a ordonné que l'église soit reconstruite en 1112. Au XVIIe, l'église a subi une restructuration radicale avec la réduction de trois nefs à une, la création de chapelles et le rehaussement du plancher pour prévenir les inondations du fleuve. Une autre restauration eut lieu en 1858 au cours de laquelle les décors baroques de la nef furent enlevés et remplacés par des fresques de Roberto Bompiani. Les problèmes permanents de pénétration des eaux souterraines et d’humidité ont entraîné de nouvelles restaurations en 1919, 1983 et 1998. Les différentes fouilles effectuées au cours de ces restaurations permirent de mettre en évidence l’origine de l’obélisque d’Auguste mais aussi les ruines d’insula romaines des IIe et IIIe siècles.
Dans l'église, le tombeau de Nicolas Poussin (1594 / 1665) a été élevé en 1830 par Chateaubriand quand il était ambassadeur à Rome, sur ses deniers. Le geste est beau. Sous le buste est représenté, en bas-relief, la seconde version du tableau de Poussin « Les bergers d’Arcadie ». Si l’Arcadie symbolisait un âge d’or où l’homme était en harmonie avec la nature, la mort n’en frappait pas moins[2]. Dans la dernière chapelle à droite, remarquez le buste de Gabriele Fonseca (photo), du Bernin (1675), et comparez-le aux autres bustes de la chapelle. Certes les mouvements semblent exagérés, la main aux longs doigts serre la poitrine trop nerveusement, le cou est tendu avec trop d’affectation, les yeux trop ouverts, mais quelle vie ! Ne dirait-on pas que le médecin d’Innocent III essaye désespérément de lutter contre la mort, voire de s’extraire de son tombeau ?
À droite de la basilique, sur le mur de la caserne des carabiniers, est située une madonelle réalisée en mosaïque : la Vierge du Divin Amour, vénérée pour avoir protégé la ville des destructions lors de sa libération. Pendant l'occupation allemande de Rome, pendant plusieurs mois, l'image de Notre-Dame de l'Amour Divin a été conservée à l'intérieur de San Loreno in Lucina, madonelle à laquelle les Romains auraient fait le vœu que la ville ne soit pas bombardée[3].
A gauche de l’église, le palais Fiano, construit au XIIIe siècle pour un cardinal anglais, a été agrandi à de nombreuses reprises. Il comprenait un arc romain enjambant la via del Corso dans lequel était situé l’appartement du cardinal portugais Jorge da Costa. Dénommé Arco di Portogallo (arc du Portugal) il sera démoli sous Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) afin de faciliter la circulation.
[1] Président De Brosse. Lettres d’Italie. 1740.
[2] L'Arcadie fait référence à un roman pastoral de Jacopo Sannazaro (1501) et à une région du Péloponnèse à laquelle était associée une image idyllique. Une Accademia dell'Arcadia, société de lettrés et d'artistes, fut créée à Rome au XVIIIe siècle laquelle se réunissait tous les jeudis, sur le mont Janicule.
[3] Le centre de Rome avait peu d’intérêt stratégique, par contre de nombreux bombardements eurent lieu en périphérie, sur les nœuds de communication et entreprises, San Lorenzo (19 juillet 43), Centocelle, Cinecittà et Quadraro (15, 19 et 21 janvier 44), Trastevere (16 et 17 février 44), Tiburtino et Ostiense (3 mars 44)…