Pinciano - Le parc Borghese (2/12). Le parc Borghese.
D'un jardin à l'italienne à un jardin à l’anglaise
Le parc de la villa Borghese était organisé à l’origine selon les principes des parcs de la Renaissance italienne : un ensemble clos, découpé en parties séparées par des murs. Devant la villa, le jardin avait une fonction de représentation ; à l’arrière de la villa, c’était un jardin plus intime avec des bosquets de chênes verts et dans lequel avaient été lâchés des cerfs et des chevreuils. Puis, tout le reste, c’est-à-dire la très grande majorité du terrain, était composé de bois et de prairies naturelles réservés à la chasse.
Au XIXe siècle, la mode des jardins change, on recherche le « pittoresque » qui doit permettre d’exalter le sublime, le beau, voire la mélancolie ! Le jardin devient un tableau paysager, organisé en « points de vue ». Les plantations participent à donner au parc une autre physionomie : pins parasols, cyprès, cèdres, eucalyptus, magnolia. Le romantisme avec son goût de l’antique et des fausses ruines, y introduit temples, vestiges antiques, grottes, lacs, îles, embarcadères (photo). Le prince Marcantonio IV Borghese (1730 / 1800) entreprend de faire évoluer le parc vers une réalisation à l’anglaise avec la création du Giardino del Lago (le jardin du lac), le temple d'Esculape, la fontaine des chevaux marins et l'Orangerie, dans une zone autrefois terrain de chasse, le piano licini (la plaine des chênes) . Son fils Camillo Borghese (1775 / 1832), général d'Empire et beau-frère de Napoléon Ier car marié avec sa sœur, Pauline, acquit de nouveaux terrains et porta le parc de la villa jusqu'à la piazza del Popolo. Le parc, en limite du centre historique de Rome, est alors très fréquenté.
« Le jardin du Pincio n’est pas enterré comme celui des Tuileries, il domine de quatre-vingts ou cent pieds le cours du Tibre et les campagnes environnantes. La vue est superbe. Là, en hiver, vers les deux heures, on voit assez souvent les jeunes femmes de Rome, descendre de leur carrosse et se promener à pied. C’est leur Bois de Boulogne » [1]
Le Prince Borghese propose des attractions payantes, casino, café́, laiterie, spectacles, jeux, location de barques, tir aux pigeons, et organise la rentabilité́ économique de son parc à l’anglaise dont le coût d’entretien devient très élevé [2]. Les quatre-vingt hectares des jardins de la Villa Borghese, achetés par l'État italien en 1901, ont ensuite été cédés à la municipalité de Rome et ouverts au public. Ils offrent toujours une série de loisirs familiaux [3] : promenades à pied, en bicyclette ou en kart à pédales, canotage sur le laghetto, tour du parc en petit train, cinéma ou théâtre. Le jardin zoologique permet de voir des animaux sauvages, mais aussi de visiter le premier musée d’Europe sur les activités criminelles contre l’écologie : commerce illégal de la faune et de la flore, pollution, incendies de forêts, braconnage. Le Casino Raffaello propose des activités ludiques pour les enfants. Le Musée Pietro Canonica[4] (1869 / 1959), aménagé dans une ancienne ferme du XVIIe siècle, puis devenue maison-studio du sculpteur, présente ses œuvres (portrait de la reine Victoria, monuments du tsar Nicolas II, d'Atatürk, de Simon Bolivar…) et de nombreux bronzes. Dans la partie inférieure du musée a été inauguré, en 2015, un nouvel espace d'exposition de sculptures de la collection Borghese initialement placées sur les places et allées du parc. L'Orangerie[5] accueille le Musée Carlo Bilotti (1934 / 2006) et sa collection privée notamment d’œuvres de Giorgio De Chirico.
La place de Sienne a accueilli, en 1960, les épreuves individuelles des cavaliers aux Jeux Olympiques de Rome et fait partie du circuit de la Fédération Équestre Internationale qui regroupe les huit plus prestigieux concours internationaux de saut d’obstacles. Des fontaines et des monuments commémoratifs, d'illustres écrivains ou héros étrangers, dons de leurs nations à la ville de Rome, sont placés dans les allées du parc (des écrivains, Goethe, Victor Hugo, Byron, Pouchkine, Gogol, iranien, Ferdousi, polonais, Sienkiewick, péruvien, Garcilacio de la Vega, égyptien, Shawki, des héros nationaux, colombien, de Paula Santander, uruguayen, José Artigas, ).
Le compositeur Ottorino Respighi a consacré une pièce aux pins du Pincio dans son poème symphonique « I pini di Roma » (les pins de Rome).
(complété et modifié - 2026)
[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.
[2] Anne-Marie Van Leeuwen-Maillet. « La nature dans la ville de Rome, entre perception et usage ». In « Les Annales de la recherche urbaine ». N°74. 1997.
[3] Sovrintendenza Capitolina ai Beni Culturali. « Parco dei Musei ». Site internet
[4] « La Fortezzuola ». Visite de la maison et du musée Pietro Canonica, ainsi que des statues de la collection Borghese du parc. Viale Pietro Canonica.
[5] Viale Fiorello La Guardia, 6.