Ponte - Dans la courbe du Tibre (21/22). Le Palais Altemps.
Illustration du népotisme pontifical – Un Musée National Romain
Dans l'antiquité, l'emplacement du palais était occupé par des ateliers de marbriers et un temple d'Apollon ; au Moyen-âge, il divisait les domaines de deux grandes familles romaines, les Orsini et les Colonna. En 1477, à l'occasion de son mariage avec Catherine Sforza alors âgée de dix ans, Girolamo Riario, neveu du pape Sixte IV della Rovere (1471 / 1484), fit construire ce palais sur des dessins de Baldassare Peruzzi. Grâce à son très généreux tonton, il venait d’être nommé capitaine général de l'Église et commandant du château Sant'Angelo et devait désormais loger à Rome. En 1484, à la mort du pape, le palais fut pillé par la population romaine puis laissé à l’abandon et, quatre ans plus tard, Girolamo devait être assassiné lors d’émeutes à Forli.
La façade est simple, seulement marquée par les corniches saillantes des étages et les angles renforcés de travertin. La magnifique cour intérieure, œuvre de Baldassarre Peruzzi, est entourée de deux étages d’arcades en plein cintre encadrées par des pilastres doriques au premier niveau et ioniques au second. En 1568, le palais est acheté par le cardinal Mark Sittich von Hohenems, encore le neveu d’un pape mais de Pie IV de Médicis (1559 / 1565) cette fois. Le nom du cardinal, d’origine tyrolienne, sera italianisé en Altemps d’où le palais tire son nom. Le palais est alors embelli, le belvédère qui forme la tour d’angle avec ses obélisques est ajouté par l’architecte Martino Longhi il Vecchio (1534 / 1591). La famille Altemps sera propriétaire du palais jusqu’à la fin du XIXe siècle, palais dans lequel s’installèrent notamment des académies comme celle d’Arcadie. Le palais fut ensuite vendu au Saint-Siège qui le mit à disposition du collège pontifical espagnol.
En 1982, la municipalité de Rome devint finalement propriétaire des lieux et, après une longue restauration, y installa en 1997 une partie des collections antiques du musée des thermes : la collection égyptienne, mais surtout les collections de sculptures antiques, Mattei, Ludovisi et Altemps dont les pièces de cette dernière retrouvèrent leur place d’origine [1]. Le cardinal Ludovico Ludovisi (1595 / 1632) avait rassemblé près de 450 sculptures antiques dont il avait orné son immense propriété, la villa Ludovisi-Boncompagni au nord de Rome, entre Quirinal et Pinciano. Lorsqu’à la fin du XIXe siècle, dans le cadre d’une spéculation immobilière effrénée, la propriété a été vendue, la villa en partie détruite, les œuvres ont été dispersées mais l’État en a récupéré 104 qui sont également exposées ici. On peut y admirer des pièces très célèbres comme la naissance d’Aphrodite, le buste de Antinoüs, l'Hermès Loghios, l'Ares Ludovisi. Le suicide du Galate est probablement la pièce la plus réputée. Le chef Galate est figuré après une bataille perdue contre le roi Attale de Pergame. Fuyant, il préfère tuer son épouse et se suicider plutôt que de tomber entre les mains ennemies. La sculpture le représente la tête tournée vers ses poursuivants, et se plantant son épée dans la poitrine tout en soutenant sa femme agonisante. Certaines salles sont encore décorées de fresques et de plafonds peints à la Renaissance. Une pièce du premier étage, dite « la chambre du buffet » (sala délia piattaia), présente une surprenante peinture murale à fresque. L'espace entre les deux fenêtres est occupé par le trompe-l'œil d’un dressoir garni de pièces d'orfèvrerie. Peu « parlante » à priori cette peinture peut néanmoins être riche d’enseignement sur les habitudes sociales et alimentaires au cours de la Renaissance italienne ! [2]
La place porte le nom de l’église de Sant’Apollinare. Fondée par Adrien Ier en 780, reconstruite 1742/48 par Ferdinando Fuga, elle est dédiée au premier évêque de Ravenne. L'intérieur de l'église, précédé d'un atrium, de forme elliptique, est à nef unique avec trois chapelles de chaque côté et une voûte en berceau. L'image de la Vierge située dans l’atrium, très vénérée, avait été recouverte de chaux en 1494 pour échapper au pillage des soldats de Charles VIII et elle fut considérée comme perdue jusqu'au tremblement de terre de 1648 qui fit tomber le plâtre qui la recouvrait. La crypte a accueilli le corps d’un des chefs de la bande criminelle de la Magliana[3] de 1990 à 2012 jusqu’à ce que la justice exige son transfert !
[1] Museo Nazional Romano. Ouvert tous les jours de 9h à 19h45. Fermé le lundi.
[2] Philippe d’Arshot. « Un buffet romain méconnu : Aperçu d’un ensemble d’orfèvrerie de la fin du XVe siècle ». Annales d’histoire de l’art et d’archéologie. N°34. 2012.
[3] Ce groupe criminel (1975 / 1990) dans le domaine de la drogue, des paris, du blanchiment d’argent, entretenait des liens étroits avec les groupes de la mafia, du monde politique, de la loge P2) et de l'extrême droite.