Le Caravage à Rome (2/23). Michelangelo Merisi da Caravaggio.
Autoportrait
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« Cet homme fut un assassin ; mais l’énergie de son caractère l’empêcha de tomber dans le genre niais et noble, qui de son temps faisait la gloire du cavalier d’Arpin » [1].
La redécouverte des œuvres du Caravage est récente, un siècle tout au plus. Stendhal lui consacre peu de place, mais plus que ses contemporains qui l’ignoraient.
Michelangelo Merisi da Caravaggio (Michel-Ange Merisi de Caravage), dit Le Caravage (son père, Fermo Merisi, était maître de maison de Francesco Sforza, marquis de Caravage), est né le 29 septembre 1571 à Milan et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ercole (voir autoportrait). Il fait son apprentissage dans l’atelier de Simone Peterzano, à Milan, un représentant du style maniériste. Il a participé au tableau « La Madone du Rosaire » et à plusieurs portraits, en particulier de sa protectrice, Costanza Colonna (1556 / 1626), fille de Marcantonio Colonna et épouse de Francesco Sforza. En 1592 [2], il se rend à Rome, est hébergé au palais Colonna et est embauché dans l’atelier de Lorenzo Carli puis dans celui de Antiveduto Grammatica. Il y peint ses premières œuvres : « Le jeune garçon pelant une poire », « Le Jeune Bacchus malade », « Le jeune garçon portant une corbeille de fruits », « Le jeune garçon mordu par un lézard ». Un an plus tard, il entre comme peintre de fleurs et de fruits dans l’atelier de Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d'Arpin (1568 / 1640), protégé du pape Clément VIII Aldobrandini et un des peintres alors les plus appréciés à Rome. Il peint des peintures profanes à fond clair, « La Diseuse de bonne aventure », « Les Musiciens », le « Joueur de luth », la « Corbeille de fruits », « Narcisse ».
A la fin du XVIe siècle, la Contre-réforme assigne à l’art un rôle de propagation de la doctrine catholique. Vers 1598, Caravage commence à traiter de sujets religieux, « Marthe et Marie-Madeleine », « Sainte Catherine d’Alexandrie », « Le Sacrifice d’Isaac ». En 1599, il reçoit sa première commande importante pour décorer la Chapelle Contarelli de l’église Saint-Louis-des-Français où il exprime sa conception révolutionnaire de la peinture. Il traite ensuite de plus en plus les grands thèmes des représentations religieuses : « Judith et Holopherne », « L’Arrestation du Christ », « Le Couronnement d’épines », « La mise au tombeau ». Il se querelle, blesse son protagoniste, et part à Gênes pour se faire oublier. De retour à Rome, en mai 1606, une dispute tourne mal, il tue un homme en duel et s’enfuit a Naples en 1607 grâce à l’aide de Costanza Colonna. Il peint « Saint François en extase », « Le Souper d’Emmaüs », et la « Madone au rosaire ». En mai 1607, il part pour Malte où il est reçu dans l’Ordre des Chevaliers de Malte. A La Valette, il peint « La décollation de saint Jean-Baptiste » et « Amour endormi ». Il est expulsé de l’ordre après s’être une nouvelle fois battu. Il se réfugie à Syracuse, puis Palerme et Naples en 1609. Il tente de regagner Rome et meurt à l’hôpital de Porto Ercole, en juillet 1610, d’une septicémie suite à une infection contractée lors d’une blessure dans une bagarre à Naples [3].
Les caractéristiques de sa peinture, le clair-obscur, les couleurs vives et leurs contrastes, les sujets puisés dans l’histoire religieuse mais aussi dans le quotidien, le réalisme de ses représentations, le dynamisme de ses compositions, et une vie mouvementée, procès, bagarres, meurtre, exils, interrogent. C’est, qu’avec Le Caravage, il ne s’agit plus d’esthétique mais d’interpeller les hommes, ceux qui peignent les tableaux comme ceux qui les regardent. Il ne s'agit pas « d’humaniser » l’histoire du Christ et des saints en représentant leurs supplices et leurs souffrances, le Caravage va plus loin dans la vérité des corps, des visages, des drapés, du mouvement, dans les signes de la vieillesse, de la déchéance et de la mort. Il est révolutionnaire car il rompt une tradition de la représentation en peinture.
« Il a peint des meurtres, les traitrises de la nuit, l’ivresse, les tavernes, les ruffians aperçus à des coins de rue, il n’a point changé les vêtements du peuple pour en faire des séraphins ou des reines, et sa vie fut comme sa peinture, un vertige » [4].
[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.
[2] La date est incertaine. Si Roberto Longhi imagine une arrivée vers 1589 / 1590, les premiers témoignages de sa présence à Rome seraient datés de 1594 (Exposition « Caravage à Rome. Amis et ennemis » – Paris 21 / 09 / 2018 – 29 / 01 / 2019), de 1595 (« Caravaggio », Rome 2025), voire de 1596 (Exposition « A l'intérieur du Caravage » - « Dentro Caravaggio », Milan 29 / 09 / 2017 – 04 / 02 / 2018).
[3] Marc Gozlan. « Le Caravage serait mort d’une septicémie à staphylocoque doré ». Le Monde. 20 / 09 / 2018.
Débarqué à Palo Laziale, près de Rome, il aurait été arrêté puis relâché. Ses affaires (dont ses tableaux) étant restées dans le bateau, il se serait rendu à son escale suivante, plus au nord, à Porto Arcole, pour les y retrouver.
[4] Aragon. « La semaine sainte ». 1959.