Campitelli - Le tour du Forum (7/27). Le buste de Méduse et la statue équestre de Marc Aurèle.
Une Méduse qui fait pitié – Une statue dorée et l’avenir du monde
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Parmi toutes les richesses des musées capitolins [1], il faut voir le buste de Méduse par Bernini (photo) ! Il aurait été réalisé en 1644 / 1648 pendant la période où l'artiste était éloigné de la cour du nouveau pape Innocent X Pamphili (1644 / 1655). Il était alors considéré comme un séide du pape précédent, un Barberini, et sa renommée d'architecte avait été assombrie par l'affaire des clochers de la basilique Saint-Pierre. Il en avait dessiné le projet (1637) qui devait terminer la façade de Maderno en l’encadrant de deux clochers ; mais, à peine réalisée, la première tour, au Sud, provoqua des fissures dans la structure et dût être abattue en 1646.
Dans « Les métamorphoses », Ovide raconte que les beaux cheveux blonds de Méduse avaient été changés par Minerve en d’horribles serpents parce que la jeune femme avait été séduite par Neptune dans un temple consacré à Minerve. Devenue une Gorgone [2], Méduse avait le pouvoir de pétrifier tout mortel qui osait croiser son regard. Persée, chargé de tuer Méduse, réussit à déjouer le sortilège en la surprenant dans son sommeil et en regardant son image réfléchie dans son bouclier de bronze. Persée fit don de la tête de Méduse à Minerve qui la plaça sur son bouclier pour terroriser ses ennemis. Contrairement aux représentations traditionnelles d’une Méduse cruelle, effrayant toute personne rencontrée, celle-ci ferait plutôt pitié. Si elle est bien représentée avec une chevelure composée d’un nid grouillant de serpents, son visage, celui d’une très belle jeune femme, marque l’effroi plus que l’agressivité ou la méchanceté. Elle souffre, cette Méduse, de son terrible couvre-chef. Bernini l'a en effet représentée au moment où, se regardant dans un miroir, Méduse découvre la métamorphose de sa belle chevelure blonde en un horrible grouillement de serpents. Les statues du musée doivent aller se promener de temps en temps, d’une salle à une autre car, lors de ma dernière visite, la pauvre Méduse était placée loin du visiteur, devant un mur très décoré qui la faisait disparaître et ne la mettait pas en valeur !
La nouvelle salle d'exposition, l'« Esedra Marco Aurelio » de l'architecte Carlo Aymonino, a été construite dans le cadre du projet « Grand Capitole » ayant pour but de réaménager le complexe des musées du Capitole. Cette vaste salle, très lumineuse, abrite la statue équestre de Marc Aurèle et les bronzes donnés au peuple romain par Sixte IV della Rovere, en 1471, lesquels constituèrent le premier musée au monde. La statue équestre, en bronze, de Marc-Aurèle était située, à l'origine, sur un des forums impériaux avec les statues d'autres empereurs. Elle fut déplacée une première fois, au VIIIe siècle, devant le Palais du Latran car on croyait qu’elle représentait l’empereur Constantin, le premier empereur chrétien, puis une seconde fois au centre de la place du Capitole, en 1538, sur les conseils de Michel-Ange. La statue aurait été fondue en 176 après JC pour fêter le triomphe de l’empereur sur les peuples germaniques, ou en 180 après JC, peu de temps après sa mort. La statue était entièrement dorée à l’origine et il en reste quelques traces par-ci par-là. La légende veut que le jour du Jugement dernier arrivera quand tout l’or aura disparu ! C’est une indication précieuse qui nous permet de penser que nous n’attendrons pas trop longtemps car les traces de dorures sont désormais rares. Est-ce pour se donner un répit supplémentaire que la statue a été déplacée une nouvelle fois, à l’intérieur du musée, soi-disant pour la protéger de la pollution, et remplacée sur la place par une copie ? Autre variante de la légende : à contrario, la statue se couvre petit à petit d’or et, quand elle sera entièrement recouverte, Rome redeviendra maître du monde ! A juger l’ampleur des faibles traces dorées, ce n’est manifestement pas demain la veille !
La visite du palais des Conservateurs mérite aussi un détour par sa cafeteria [3]. Elle est installée sur la vaste terrasse de la villa Caffarelli et offre une des plus belles vues sur Rome. Ouverte côté Tibre, vous pouvez admirer successivement, la colline du mont Palatin, le Janicule, le théâtre de Marcello, la place de Venise et le moutonnement de tous les dômes et coupoles de la ville. Il importe toutefois d’accorder plus d’importance aux nourritures de l’esprit qu’à celles terrestres que vous vous y procureriez sous peine d’être déçus.
[1] Musei Capitolini. Piazza del Campidoglio 1.
[2] Gorgone : les gorgones sont des créatures malfaisantes et d'une telle laideur que quiconque ose regarder leur visage meurt pétrifié.
[3] La cafeteria est également accessible par la piazza di Villa Caffarelli, sans billet d’entrée au musée.