Sri Lanka, l'ïle dont on rêve (9/37). La triade, Vishnu, Shiva et Brahmâ.
Forces de cohésion, de dispersion et l’orbitation - Mort et transmigration des âmes
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Petit à petit se sont affirmés trois dieux particuliers, Vishnu, Shiva et Brahmâ, qui correspondent à une vision dynamique de l’univers. Au-delà des formes et des apparences, il existe un état causal, continu. Dans cette immensité non différenciée, la première tendance, le premier mouvement apparaît, il implique trois éléments : deux forces contraires, l’une centripète, l’autre centrifuge et leur résultante. L’action centripète crée la cohésion, une concentration d’énergie, elle est source de lumière et de vie. L’action centrifuge, tend à la dispersion, à la dissolution dans l’immensité, elle représente la libération de ce qui lie. L’équilibre des forces centripètes et centrifuges, de la cohésion et de la dispersion, de la lumière et de l’obscurité, donne naissance à la tendance à l’orbitation. La tendance centripète est représentée par Vishnu, le Préservateur-de-l’univers. La tendance centrifuge est représentée par Shiva, le Seigneur-du-sommeil, le principe final de l’univers car tout finit par une désintégration. La tendance orbitative est représentée par Brahmâ, l’Etre-immense qui construit l’univers.
Cette vision, somme tout très dialectique, avec l’affirmation de l’existence de contraires et de leur indispensable complémentarité, m’apparaît très riche. Parallèlement, il existe trois formes de l’être : l’existence, l’expérience, la conscience. Celles-ci se réalisent dans les trois états de veille, de rêve et de sommeil profond. Dans l’état de veille nous réalisons l’expérience de l’existence, il est lié à Brahmâ. Dans celui du rêve, nous réalisons la pensée car l’homme qui rêve recrée le monde, il est lié Vishnu. Dans le sommeil profond, sans rêve, nous avons la perception de la félicité pure et parfaite du non-agir, il est lié à Shiva. Dans l’homme, les trois tendances sont localisées dans certains centres : Brahmâ, l’Existence, habite le cœur, le centre de la vie physique, Vishnu, la Conscience, dans le nombril, centre du corps subtil et nerveux, Shiva, l’Expérience, la Jouissance, au milieu du front dans le centre d’abstraction et dans le sexe, centre du plaisir.
Au long des routes, en traversant les villages, on remarque de grandes guirlandes et des fanions de couleur blanche disposés sur les murs des maisons, ou accrochées sur des bâtonnets et des haies sur le bord des routes. Ces guirlandes deviennent plus nombreuses près d’une demeure qu’elles entourent. C’est une maison où une personne est décédée dernièrement. Le défunt est conservé chez lui pendant trois jours avant d’être enterré dans le cimetière du village. Les guirlandes blanches sont disposées en signe de deuil. Parfois, elles s’étirent de la maison du défunt jusqu’au cimetière, chacune des communautés ayant une nécropole différente. Pour les catholiques et les musulmans, les cimetières sont généralement situés autour de l’église ou de la mosquée.
Le défunt est accompagné à sa dernière demeure par sa famille et ses amis ; En tête marchent des enfants portant des couronnes et des compositions florales, puis quelques bonzes, le cercueil porté par des hommes et enfin la famille et les amis. Le défunt a maintenant terminé sa vie d’homme, il renaîtra sous une autre forme, selon les mérites qu’il aura manifestés au cours de sa vie humaine. En effet, la vision bouddhiste de la vie est issue pour partie de l’hindouisme dans lequel le monde est en transformation constante, les particules constituent momentanément des combinaisons diverses du fait de leurs mouvements constants. Tout est impermanent, qu’il s’agisse des êtres animés ou des choses inanimées. Les choses, les êtres, apparaissent un jour pour des causes multiples, se transforment, et disparaissent. Toute chose relève du divin et possède une âme. Cette âme, elle aussi, naît et meurt, puis réapparaît sous une forme ou sous une autre. Cette renaissance de l’âme se fera en fonction des actions accomplies durant sa vie et selon le respect des principes moraux. Celui qui a une conduite immorale, renaît sous la forme d’un animal, d’une plante ou d’une roche, de revenant affamé ou de damné. Mais une conduite juste permet de reprendre la forme d’un homme. L’âme peut aussi s’élever au rang des dieux par une conduite de renoncement et de recherche intérieure. Tous les êtres vivants transmigrent sans fin d’une existence à une autre. La mort, pour peu que le défunt ait manifesté de la compassion et des vertus de charité, n’est pas un moment triste, car le défunt renaîtra alors sous une forme meilleure.
L’idée est très poétique. « Objets inanimés avez-vous donc une âme ? ». Cela devrait avoir le grand intérêt d’éviter que l’homme saccage son milieu sans remords… Bien que cela ne suffise manifestement pas !