Ponte - Dans la courbe du Tibre (10/22). Via dei Banchi Nuovi et via del banco di San Spirito.
Palais et madonelle miraculeuse
La via dei Banchi Nuovi (des banques nouvelles), ex via Papalis, conduit vers la piazza Sant'Angelo. Au début de la rue, à droite, le palais Capponi-Stampa, où naquit Eugenio Pacelli, le futur pape Pie XII (1939 / 1958), a été construit au XVIIe, à trois étages surélevés au XIXe. L’architecte Carlo Maderno (1556 / 1629) habita au n°3 ; la façade présente un petit portail semi-circulaire, au premier étage des fenêtres en travertin voûtées, au second des fenêtres à frontons avec le blason de Maderno (un obélisque encadré par deux tours), au troisième des fenêtres simples sous une corniche.
La via dei Banchi Nuovi débouche sur la via del Banco di San Spirito, du nom d’une banque fondée, en 1605, par le pape Paul V Borghese (1605 / 1621) pour gérer les fonds de l'Hôpital du Saint-Esprit (Ospedale di Santo Spirito). Dans cette zone, proche du pont Sant’Angelo lieu de passage des pèlerins, les banquiers florentins avaient ouvert leurs bureaux depuis le début du XVIe siècle. Au débouché, sur le Largo Tassoni, le bâtiment de la Banco di Santo Spirito, construit à l’origine par Antonio da Sangallo le Jeune entre 1519 et 1520 comme siège de la Monnaie pontificale, possède une façade légèrement concave. La partie supérieure est divisée verticalement par quatre pilastres avec, au centre, une grande arche et, de chaque côté, deux fenêtres superposées séparées par un cartouche circulaire (photo). Pour réaliser cette façade, Antonio da Sangallo le jeune s'est inspiré des arcs de la Rome antique. Au-dessus de la façade ont été ajoutées deux statues baroques de la Charité et de la Frugalité qui entourent les armes de Paul V Borghese. En 1880, lors de l'ouverture du Corso Vittorio Emanuele II, une petite place a été créée en démolissant, ou modifiant, certains bâtiments.
Au n°42 de la via del Banco di San Spirito, le palazzo Gaddi Niccolini a été érigé pour le banquier florentin Luigi Taddeo Gaddi en 1528. La façade, modifiée à la fin du XIXe siècle, possède une belle loggia couverte avec une baie serlienne, ajoutée (ou déplacée ?) lors de ces travaux. La cour est caractérisée par des niches abritant des statues et des décorations en stuc sous une frise à festons du XVIIIe siècle avec des mascarons et des putti. Michel-Ange y aurait habité en 1544 et 1546. Le palais accueille l'ambassade de la République d'Argentine auprès du Saint-Siège.
L’église de Santi Celso e Giuliano était autrefois beaucoup plus grande, sa façade donnant sur la Piazza di Piazza di ponte Sant’Angelo. En 1198, l'église avait été déclarée chapelle papale par le pape Innocent III (1198 / 1216). Le pape Jules II della Rovere (1503 / 1513) l'a fit démolir pour permettre l'élargissement de la route en chargeant Bramante de sa reconstruction. Celui-ci conçut un plan en croix grecque surmonté de cinq dômes, mais la construction fut interrompue à la mort de Jules II. Le pape Clément XIII di Rezzonico (1758 / 1769) fit reconstruire une nouvelle fois l’église, en 1735, par Carlo De Dominicis ! La façade, en travertin, est à deux ordres superposés et est séparée verticalement par des pilastres et des doubles colonnes en saillies qui soutiennent des chapiteaux de style composite, décorés de branches de palmiers, de couronnes et du monogramme du Christ. Des pilastres triplés occupent les coins extérieurs. Dans la partie basse, le portail d'entrée unique est surmonté d'une fenêtre ovale encadrée sur chaque côté d’une niche à tête ronde, vide. Dans l'ordre supérieur, il ouvre une grande fenêtre voûtée, profondément encastrée dans un édicule convexe, décorée de têtes de chérubins. La façade est terminée par un tympan incurvé brisé. Le style est brillant, utilisant tous les moyens de l’architecture baroque pour animer cette façade qui m’apparait néanmoins un peu lourde et trop somptueuse.
L'intérieur[1], harmonieux et équilibré, est un bel exemple d'architecture du XVIIIe siècle à Rome : en croix grecque avec un long axe transversal, avec trois chapelles de chaque côté. A la croisée, le dôme elliptique repose directement sur les pilastres composites triplés, et est séparé en huit secteurs par de larges nervures moulées se concentrant sur une colombe du Saint-Esprit dans l'oculus sans lanterne. A gauche de l’autel, la chapelle de la Madonna delle Grazie, avec une copie de l’image miraculeuse du XVIe siècle déposée (mais volée en 1970) à Santa Maria della Consolazione. La Madone avait bougé les yeux le 15 juillet 1796 suite à l’invasion d’une partie des États de l’Église par l’armée d’Italie de la première République française !
[1] L’église serait ouverte tous les jours