Esquilino - Dans la Rome umbertienne (15/19). Santa Bibiana.
Entre voies de chemins de fer et tramway - Fresques de Pierre de Cortone et statue du Bernin
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Coincée entre deux bâtiments industriels, la haute tour d’un château d’eau et la voie du tramway, subsiste dans cet environnement écrasant et peu poétique une modeste église précédée d’un jardinet fermé par une grille. C’est Santa Bibiana. Sa façade a été dessinée par Gian Lorenzo Bernini et, plus qu’à une façade d’église, elle ressemble à celle d’un petit palais avec, en rez-de-chaussée, une loggia décorée de pilastres et, à l’étage, des fenêtres. La façade est rendue dynamique par l’imposant fronton brisé qui domine la travée centrale avec une fenêtre disposée en retrait[1].
Selon la légende, Bibiane aurait vécu au milieu du IVe siècle. Elle était la fille d’un officier qui fut dégradé et privé de ses biens parce que chrétien. Marqué au front au fer rouge, comme un esclave, il fut relégué hors de Rome et mourut dans la misère. Jeune fille, Bibiane aurait été livrée à une femme chargée de la débaucher et de lui faire abjurer sa religion. Ayant échoué, le prêteur Apronien la fit attacher à une colonne[2] où elle fut battue à coups de cordes plombées jusqu'à ce qu'elle succombe. Son corps fut ensuite jeté aux chiens, mais aucun d’eux ne s'en approcha. L’existence de sainte Bibiane n’est pas avérée[3] mais un petit sanctuaire aurait été construit en 468, remanié en 1224. Urbain VIII Barberini (1623 / 1644) fit édifier une nouvelle église, en 1626, pour accueillir les reliques de la sainte. A l’intérieur, la nef comporte une double rangée de colonnes récupérées sur quelques temples antiques. Elle est décorée de fresques de Pierre de Cortone et d’Agostino Ciampelli représentant l’histoire de sainte Bibiane. Les reliques de la sainte sont enfermées dans une urne antique d’albâtre. Derrière l’autel est disposée une statue de sainte Bibiane du Bernin.
« Statue d’une beauté achevée et de première classe parmi les modernes »[4].
C’est une de ses premières œuvres… Pas d’extases mystiques ambiguës comme à Santa Maria della Vittoria ou à San Francesco a Ripa : la jeune femme est représentée appuyée à la colonne contre laquelle elle a été martyrisée. Droite, sans posture de contrapposto[5], elle lève la main droite, paume ouverte, alors que la main gauche tient la palme des martyrs et retient les plis de sa tunique sur la cuisse. Bref, à l’opposé des futures statues du Bernin, la pose est assez statique, peu « baroque », ce qui explique certainement pourquoi De Brosse l’apprécie tellement ! Chaque 2 décembre, les reliques de la sainte étaient présentées à la population au balcon de l’église. Il paraît que la foule s’y pressait. Je n’ai jamais été présent à Rome un 2 décembre, mais je doute que, dans cet espace urbain restreint et ingrat, les reliques de sainte Bibiane attirent encore les foules.
Près de la piazza Guglielmo Pepe, le nouveau marché Esquilino offre des saveurs exotiques. En face, est situé un curieux bâtiment contemporain, constitué de couches superposées et plissées à une de ses extrémités (King et Roselli – architectes). C'est un des rares exemples de construction d’architecture moderne dans la Rome intramuros. Le bâtiment comprend un parking public et un hôtel (Radison Blu) dont l'intérieur est spectaculaire : immense hall central ouvert sur les bureaux, chambres lumineuses organisées autour d'un îlot central, et piscine sur le toit terrasse. Via Giovanni Giolitti, à droite, remarquer le bâtiment latéral de la gare de Termini, façon aqueduc antique, long de plus de 300 m et de près de 30 m de haut, qui date de 1939. Dans les rues situées autour de la place Vittorio Emanuele sont installés les boutiques de nombreux revendeurs asiatiques de vêtements.
« Il s’agissait de show-rooms pour les grossistes proches du périphérique - une activité commerciale qui n’était pas admise en plein centre-ville et que jamais aucun maire ne s’était pourtant donné la peine de stopper » [6].
[1] Churches of Rome Wiki. Appréciation : « En conclusion, c'est une pièce de conception architecturale assez ennuyeuse à première vue, mais devrait être appréciée comme un premier essai par le jeune Bernin d'un style qui allait produire des résultats glorieux dans les décennies suivantes » !
[2]La colonne contre laquelle la sainte aurait subi le martyre est protégée d’une grille dessinée par le Bernin : avant le XVIIe siècle les fidèles la grattaient, mélangeant la poudre obtenue avec l'herbe du jardin et l'eau du puits pour obtenir une boisson susceptible de guérir de l’épilepsie.
[3] Les détails sont anachroniques, Constantin ayant autorisé la religion chrétienne en 313.
[4] Président De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.
[5] Mot italien désignant l'attitude d'une figure appuyée sur une jambe, l'autre étant légèrement fléchie.
[6] Francesca Melandri. « Tous sauf moi ». 2017.