Ripa - Jours tranquilles sur l'Aventin (12/18). Le Foro Boario - L’Arc de Janus.
Un tétrapyle ! – Quand la mafia voulait faire reculer l’État - Le palais Rhinocéros, un nouveau lieu d'expositions
En 1878, entre Santa Maria in Cosmedin et la via del Velabro étaient situés les bureaux et les fours de la première usine de Rome, la « Società dei Molini e Pastificio Pantanella »[1] (Société des moulins et de pâtisserie Pantanella). En 1929, suite au transfert de l'usine, les bureaux du palazzo della Pantanella de style néo-renaissance, avaient été rachetés par la commune pour y abriter un musée de la ville de Rome et affublés d'une entrée "à la romaine" via dei Cerchi. Ils accueillent aujourd’hui des bureaux de la ville, tandis que les entrepôts latéraux abritent la Fondazione del Teatro dell'Opera di Roma où sont créés les décors et conservés plus de 60 000 costumes.
Entre les Via dei Cerchi et del Velabro, à proximité du temple de Janus, la Fondation Alda Fendi Esperimenti, de la famille des stylistes italiens, a confié à Jean Nouvel la rénovation d’un complexe de trois bâtiments. Les interventions d’architectes contemporains sont extrêmement rares dans le centre historique de Rome [2].
« Construire à Rome est difficile. L’architecte est logiquement obligé de respecter la hiérarchie des architectures historiques, nous sommes donc tenus à une grande sobriété. Sur les façades, nous avons conservé tout ce qui pouvait témoigner du passage du temps… pour mieux mettre en évidence les différentes stratifications, pour permettre la découverte d’un bâtiment qui s’est arrêté de vieillir et cela sans chirurgie esthétique (toutes les rides sont aimées et conservées) … Ce principe renforce l’ancrage de ces bâtisses dans l’histoire » [3].
Si l’extérieur des bâtiments a été préservé, l’intérieur a été profondément rénové pour répondre aux objectifs du projet, tout en conservant les marques des différentes périodes de construction, des modifications anciennes comme des plus récentes. Conçue comme une expérience, le projet de la fondation est d’ouvrir un nouveau lieu dédié à l’art, la créativité et la culture. La Fondation abrite un espace d’exposition, des boutiques à caractère culturel, 24 appartements hôteliers et, sur la terrasse, un restaurant ainsi qu’un bar. Le nom donné à l’ensemble, « Rhinocéros », serait une référence à la Rome antique et à des idées de force mais aussi de rejet des conventions qui devraient s’exprimer dans la programmation artistique des activités : le peintre et son modèle avec des photographies de Picasso en famille (2022), une expérience vidéo Envie de carnaval (2023), exposition Galerie Nathalie Obadia (2024) [4]. C’est à peu près devant cet endroit qu’avaient lieu, avant 1870, certaines des exécutions capitales dans l'Etat du pape !
Édifié au-dessus de la Cloaca Maxima, le principal égout collecteur de la Rome antique, l'Arc dit « de Janus » n'est pas un arc de triomphe mais un tétrapyle (photo) [5]. C’est une construction à quatre façades d’égale importance, de 12 mètres de côté pour 16 mètres de haut, chacune étant percée d'une porte. Il est intégralement construit en blocage de marbre provenant partiellement de réemplois. A l'époque médiévale, la puissante famille romaine des Frangipane a fermé ses arches et a exhaussé l'arc pour l’utiliser comme forteresse. En 1827, à l'occasion de la démolition d'ouvrages médiévaux, le couronnement d'origine a été détruit. Il était peut-être surmonté d’une forme en pyramide, en briques recouvertes de marbre. Les niches devaient abriter des statues. L'appellation « Janus » ne se rapporte pas au dieu homonyme, le dieu aux deux visages, le dieu des commencements et des fins, mais au nom commun « janua » signifiant « porte » ou « passage couvert ». L’arc aurait été construit en 356 / 357, pour marquer la visite de l'empereur Constance II (317 / 361). La découverte, en 2017, de lettres gravées sur le monument suggérant que sa dédicace s'adressait à l'empereur Constantin (272 / 337) conduirait à « vieillir » l'édifice de quelques décennies qui aurait pu être construit pour célébrer la victoire du Ponte Milvio. Il était utilisé pour abriter les marchands négociant leurs affaires sur le forum.
[1] Michelangelo Pantanella, vendeur de pizza de maïs à la sauvette piazza Montanara, s’est enrichi pendant la famine de 1859. Il a acheté une boulangerie sur la place puis a construit une première usine de panification via dei Cerchi.
Trecani, Dizionario Biografico degli Italiani. « Michelangelo Pantanella ».
[2] Chaque année, fin mai, pendant neuf jours, l’évènement Open House Roma permet aux amateurs de découvrir les joyaux architecturaux, notamment contemporains, des quartiers de Rome.
[3] Jean Nouvel. Présentation du projet. Site Internet Jean Nouvel – Les Ateliers.