Ripa - Jours tranquilles sur l'Avertin (13/18). Le Foro Boario - San Giorgio in Velabro.
Quand la mafia voulait faire reculer l’État... et le Vatican
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Le premier indice de l’existence de l’église San Giorgio in Velabro [1] provient d'une inscription de 482. En 741, le pape Zacharias Ier (741 / 752) ordonna le transfert des reliques de saint Georges, de la basilique San Giovanni in Laterano à cette église. Ces reliques comprenaient sa tête, sa lance et une partie de son étendard. L'église a été entièrement restaurée par le pape Grégoire IV (847 / 855) avec la construction de l'abside, d’un nouveau portique, d’une sacristie, d’une schola cantorum (école de formation de choristes). L’église a connu de très nombreuses restaurations mais, après l’occupation française à la fin du XVIIIe qui a endommagé l’église, celle-ci est restée longtemps à l’abandon. Elle a subi une restauration radicale par Antonio Muñoz entre 1923 et 1926 dans l’objectif de lui redonner son aspect « originel » ! En conséquence, sa façade, de nombreux éléments architecturaux et des œuvres d’art ont été détruits ou, des œuvres modernes archaïsantes ajoutées, pour lui donner l’aspect supposé qu’elle aurait eu au moyen-âge [2]. Bref, un massacre.
A l’intérieur [3] l’église est à trois nefs divisées par huit colonnes. Elle conserve une fresque du XIIIe siècle dans l’abside, le Christ, la Vierge et les saints Georges, Pierre et Sébastien attribuée à Pietro Cavallini (1250 / 1330), peintre et mosaïste qui travailla à Rome (Santa Cecilia in Trastevere, Santa Maria in Trastevere et Santa Maria in Aracoeli). La relique de saint Georges, une partie de son crâne, est conservée sous l'autel. L’église possède un beau campanile de cinq étages, construit en 1100, dont les fenêtres à meneaux sont de quatre ordres différents.
Le 27 juillet 1993, le portique de l’église a été détruit dans l’explosion d’une voiture piégée. Dans la nuit précédente, une automobile, stationnée près de la Torre dei Pulci à Florence, avait tué cinq personnes et blessé 29 autres, endommageant la tour et la galerie des Offices. Le 27, deux bombes explosent à Rome, à San Giorgio in Velabro et San Giovanni in Laterano, et une à Milan, Via Palestro, tuant cinq personnes. Les différents sites choisis étaient symboliques, pour Rome, il s’agissait du lieu mythique de sa création (le lieu d’arrivée du panier de Remus et Romulus) et du lieu représentant le centre de la Chrétienté (Saint-Jean-de-Latran). Les commanditaires et exécuteurs de ces attentats étaient la mafia dans l’objectif de forcer le gouvernement italien à annuler des lois adoptées pour réprimer le crime organisé [4], notamment l'article 41 bis du code pénal qui établissait désormais un régime carcéral particulièrement sévère pour les mafiosi supprimant les « prisons quatre étoiles » et la possibilité de continuer à gérer leurs « petites » affaires à partir des prisons ! Mais le choix d’attentats devant des églises était aussi une menace contre l’église catholique car, pour la première fois, en mai 1993, un pape avait engagé l’église à combattre la mafia : Jean-Paul II, au cours d’une visite en Sicile, avait qualifié Cosa Nostra de « fille du démon » !
À gauche du portique d'entrée de l'église se trouve l'Arco dei Argentari (Arc des Argentiers), ou Arc de Septime Sévère, qui aurait été une des entrées du Forum Boarium. Erigé en l'an 204 par les changeurs et marchands en l’honneur de l’empereur Septime Sévère et de sa famille, il abritait les changeurs de monnaies. Il est décoré de sculptures en bas-relief représentant des scènes de sacrifices effectuées par l’empereur Septime Sévère et sa famille, sa femme, ses deux fils Caracalla et Geta, et leurs épouses. Après le meurtre de son frère par Caracalla, celui-ci fit effacer les représentations de Geta et de son épouse !
Santa Maria in Cosmedin, le palais Rhinocéros, l’Arc de Janus, San Giorgio in Velabro, mais aussi le temple de Portunus et la Casa dei Crescenzi, apparaissent aujourd’hui posés en périphérie d’un espace mal défini, sans cohérence, aux contours vagues, un mélange de parkings désordonnés à voitures, de carrefour routier et de voie express, de jardins publics plus ou moins bien entretenus voire pas du tout, bref, un désastre urbain où nul n’a envie de flâner. Après le massacre urbain mussolinien, la ville ne semble pas s’intéresser à la piazza della Bocca della Verità, cette plaie béante dans son corps physique et social
[1] Le mot « Velabro » pourrait provenir du ligure. L’église serait ouverte tous les jours de 07h45 à 18h15.
[2] Site Romanchurches. « San Giorgio in Velabro ».
[3] Ouverte tous les jours de 7h00 à 19h00.
[4] Le Monde. « ITALIE : après les attentats de Rome et de Milan - Le terrorisme n'arrêtera ni la justice ni la réforme des institutions affirme le président Scalfaro ». 30 juillet 1993.
Voir l’article de Wikipédia en italien sur Giuseppe Graviano.