Les obélisques de Rome (18/28). 1776 – Fontaines de la Villa Borghese
Villa Borghese Viale del’Uccellieria (n°15)- Quartiere Pinciano
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Au début du XVIIe siècle, le Cardinal Scipione Caffarelli Borghese, neveu préféré du Pape Paul V Borghese (1605 / 1621), fit une série d’acquisitions foncières sur la colline du Pincio pour se construire une « villa de délices » dans laquelle il pourrait présenter sa très riche collection d’œuvres d’art. Le casino (la villa) a été réalisé entre 1613 et 1615.
La villa était située au centre d’un vaste parc, que le cardinal fit diviser en trois parties distinctes, délimitées par des clôtures de maçonnerie et accessibles par des portes. Au sein de la première clôture était situé le casino entouré, en face, vers la porta Pinciana, par une forêt de pins, d’ormes, de cyprès, des bosquets de lauriers, et comprenant des fontaines et de nombreuses statues. La seconde clôture était située à l’arrière du casino, réservée au prince, avec des bosquets de chênes verts et dans lequel avaient été lâchés des cerfs et des chevreuils (l’actuel Parco dei daini – le parc des daims). Enfin, la troisième clôture, plus vaste, tout autour, comprenait des espèces plus rustiques et naturelles avec des pelouses et des étangs. Sur les côtés du casino, il y avait également deux jardins « secrets », à droite « dei melangoli » (oranges amères), à gauche « dei fiori » (des fleurs) [1].
Le jeune Gian Lorenzo Bernini (1598 / 1680) eut l’occasion de participer à l’aménagement du jardin avant de conquérir (et pour longtemps !) les salles de la Villa Borghese. En effet, à partir de 1616, les Borghèse commandèrent à Pietro Bernini (1562 / 1629), père de Gian Lorenzo, des restaurations d'antiques et des créations de fontaines et de sculptures pour le parc de la villa. Parmi ces productions, les deux statues « l’Automne sous l’apparence de Priape » et « le Printemps sous l’apparence de Flore » [2]. Composées chacune d'un demi-corps fusionnant dans un socle effilé, les deux statues se trouvaient à l'entrée de la Vigna di Porta Pinciana du casino. Chargées de fruits et de fleurs, la Flore et le Priape, sculptés de manière énergique et rustique, symbolisent l'abondance de la nature au printemps et en automne [3]. Il serait avéré que Gian Lorenzo a participé à ces œuvres qui, vendues à des mécènes américains au tournant des XIX et XXe siècles, sont désormais au MET à New-York. Dans ses allées, le jardin est décoré d’hermès [4], statues auxquelles le jeune Bernini aurait également participé.
Autres éléments de décoration du jardin, plus récents et qui nous ramènent à notre recherche des obélisques, deux fontaines basses, surmontées chacune d’un obélisque, lesquelles encadrent la viale de l’Uccellieria (la rue de la volière) à l’endroit où celle-ci croise l’avenue des Deux Pyramides (voir photo). Ce croisement est situé près des deux hémicycles qui encadrent l’entrée du Parco dei Daini. A l’origine, ces deux fontaines étaient situées de part et d’autre de la porte qui séparait la première clôture (la partie en face de la Galerie Borghese) et la troisième clôture (la zone de la vallée des platanes du grand parc). Lors de la réorganisation du jardin de la villa par le prince Marcantonio Borghese, à la fin du XVIIIe siècle, la porte a été démolie avec tous les murs qui divisaient les différents enclos du parc. Déplacées et n’étant plus adossées à un mur, ces fontaines basses furent vraisemblablement surmontées d’obélisques pour leur donner un peu d’importance. Ce pourrait être l’œuvre d’Antonio Asprucci qui, vers 1776, avait été engagé dans la réorganisation de cette partie des jardins de la villa [5]. Chacun des obélisques est surmonté d’une sphère sur le pyramidion et repose sur quatre petites sphères placées sous chacun des coins inférieurs. Les sphères sont posées sur un socle quadrangulaire contre lequel sont adossées les fontaines.
Après avoir durement affecté les empereurs romains, puis les papes, l’obéliscomania frappa désormais la noblesse romaine !
[1] Voir « Villa Borghese » dans le site « Roma segreta ».
[2] Priape (personnage de la mythologie grecque et romaine), fils d'Aphrodite et de Dionysos, était le dieu des jardins, des vergers et des plaisirs de la chair ; Flore, dans la mythologie romaine, est la déesse des Fleurs et du Printemps,
[3] Metropolitan Museum of Art. « Spring in the guise of Flora ». Department European Sculpture and Decorative Arts. Site Web.
[4] L’hermès est un pilier quadrangulaire surmonté d’un buste d’Hermès, gardien des routes et des carrefours, placé aux croisements de routes dans l’antiquité.
[5] Sovrintendenza Capitolina ai Beni Culturali. « Villa Borghese ».