Sant'Eustachio - Entre Navone et Panthéon (13/14). Largo di Torre Argentina et San Carlo ai Catinari.
Le lieu du meurtre de César - Une église aux prémices du baroque
La piazza Argentina est occupée pour une grande partie par un trou rectangulaire profond de plusieurs mètres. Lequel trou est évidemment récent ! Dans le cadre du plan d’urbanisme, dit « de régulation » de 1909, confirmé en 1919, il était prévu de construire, à cet endroit, des bâtiments pour « l’Istituto Romano dei Beni Stabili », une société immobilière par actions. En 1926, les travaux de démolition du pâté de maison, de l'église du XVIIe, San Nicola de' Cesarini, et du palais Cesarini, exhumèrent les vestiges d'une statue colossale grecque, en marbre, de la déesse Fortune ; la tête mesurant 1,46 mètres ! Des fouilles plus profondes firent apparaître un complexe archéologique de temples de l'époque républicaine. Il fallut en référer au Duce qui décida, bien évidemment, de faire exhumer les temples et de créer un nouveau « forum » inauguré en 1929 : la priorité des priorités étant de souligner la filiation entre la Rome antique et la Rome fasciste et non de conserver des bâtiments médiévaux et baroques. Et que voit-on au fond du trou dénommé pompeusement « Area sacra » ? Les soubassements de quatre temples, du IVe au Ier siècle av. JC, d’ailleurs remaniés à de nombreuses reprises au cours de cette période [1]. Pour les non-spécialistes de l’architecture antique, le plus intéressant est constitué par le podium de stuc situé derrière le temple rond, dit de « la Fortune ». C’était la Curie de Pompée où se réunissait le Sénat après la destruction par un incendie en 52 av JC de la « Curia Hostilia » située sur le forum. C’est donc là que César fut assassiné le 15 mars 44 av. JC !
Au sud de la place d’Argentine, au tout début de la via delle Botteghe Oscure, n°35, une gracieuse madonelle, Madonna della Provvidenza, rappelle les miracles de 1796.
Par la via Arenula, on aboutit à une placette, la piazza Benedetto Cairoli sur laquelle est située l’église San Carlo ai Catinari. Construite de 1612 à 1620, sur les dessins de Rosato Rosati, elle est consacrée en 1722 par le cardinal Lorenzo Corsini devenue par la suite le pape Clément XII (1730 / 1740) et dédiée à saint Charles-Borromée [2]. Le nom « Catinari » fait référence à la présence de nombreux vendeurs de « catina » (bassines) dans la rue de l'église lors de sa construction… mais les sources divergent sur le lieu de fabrication de ces bassines ! Pour les uns se serait dans cette rue, pour d’autres se serait ailleurs car il s’agissait de vaisselle en bois.
Le plan général est basé sur une croix grecque insérée dans un rectangle court, la longueur du grand axe étant légèrement plus longue que la largeur du petit. La coupole repose sur quatre piliers massifs et, dans les coins intérieurs de la croix, sont disposées quatre petites chapelles octogonales surmontées d’un dôme. La façade, en travertin, a été réalisée entre 1635 et 1638. Elle est très intéressante par ce qu’elle révèle des évolutions de l’architecture à cette période charnière. La façade est sobre, relativement plate ; elle se compose de deux étages de huit pilastres, avec en niveau bas une grande porte flanquée de deux plus petites de part et d’autre et, au second niveau, un balcon flanqué deux fenêtres. La façade est couronnée par un tympan portant les armoiries du cardinal Leni qui avait financé cette façade. Néanmoins, la légère avancée de la partie centrale de la façade, la corniche à ressaut assez marquée et les nombreuses décorations de la façade (tablettes rectangulaires et ovale dans des cadres décorés, chapiteaux corinthiens) induisent une richesse de la décoration annonçant le baroque, sans encore utiliser les lignes courbes, colonnes engagées ou volutes comme c’était déjà le cas à Santa Susana (1603) de Maderno ou au Gesu (1575) de Della Porta. Le dôme n’est pas moins intéressant, hexadécagonal (à seize côtés), il est le troisième par la taille à Rome après Saint-Pierre et Sant'Andrea della Valle. Posé sur un haut tambour de briques, il comprend seize fenêtre, encadrées de pilastres ioniques. Le dôme est hémisphérique à seize côtes, avec seize oculi qui éclairent l’espace situé entre les coupoles intérieures et extérieures. La lanterne est en forme de temple circulaire décoré de seize colonnes ioniques.
A l’intérieur, les Romains viennent y prier la « Madre della divina provvidenza » de Scipione Pulzone (1550 / 1598), dit Il Gaetano, un peintre maniériste.