Testaccio - Un quartier-village (6/9). Le Mattatoio et ses évolutions.
Cité des Arts, Université Roma 3, Cité d'une autre économie... – Quelles politiques municipales ?
Le Mattatoio est le lieu des bâtiments de l’ancien abattoir (Mattatoio) de Rome. Avant 1824, l’abattage des animaux pouvait s’effectuer chez les bouchers dans la ville. Puis, une première tentative de contrôle sanitaire avait eu lieu en donnant la possibilité d’abattre les animaux dans un service situé au nord de Rome. Ce sont naturellement les nouvelles autorités, issues de l’insertion de Rome dans l’État royal, après 1870, qui décidèrent de la création d’un abattoir public traitant séparément les différentes espèces animales ainsi que les sous-produits de la viande.
Les pavillons des abattoirs ont été édifiés entre 1888 et 1891 et témoignent de l’exigence d’une architecture rationnelle, définie par leur fonction industrielle et leur efficacité économique, mais alliée à une vision traditionnelle de la monumentalité (porte majestueuse, colonnes, galeries…). Ils constituent ainsi un témoignage de l’histoire de l’architecture industrielle. En conséquence, après la fermeture de l’abattoir en 1975, les bâtiments ont été conservés plutôt que de les détruire au nom du « modernisme » ou de la « fonctionnalité ». Deux des bâtiments de ce très vaste ensemble (105 000 m² dont 43 000 couverts) ont été assignés à la réalisation d’expositions temporaires d’art contemporain. Ils ont été rénovés en sauvegardant les rails de transport des carcasses qui courent d’un bâtiment à l’autre afin de rappeler leur utilisation ancienne et d’apprécier l’architecture selon leur fonction antérieure. Ces deux bâtiments, initialement confiés, en 2003, au Musée d’Art Contemporain de Rome (MACRo), ont ensuite été gérés par l'Azienda Speciale Palaexpo [1], en 2018, dans le but de créer un pôle de recherche et de production artistique et culturelle. Jusqu'à l'été 2022, le Mattatoio a connu des activités diverses : spectacles, performances, expositions, installations, ateliers de loisirs gratuits, programme de résidences, deux éditions du Master in Performing Arts réalisé avec l'Université Roma Tre (Rome 3) et avec l'Académie des Beaux-Arts de Rome [2].
A l’automne 2022, le nouveau conseil municipal, présidé par Roberto Gualtieri (Parti Démocrate), a approuvé la concession de l'ancien abattoir à l'Université Roma Tre dans un projet global de Cité des Arts, avec la construction d'une nouvelle bibliothèque, de laboratoires, d'espaces d'exposition et d'espaces pour les étudiants et les enseignants. Les anciennes écuries et les deux anciennes granges du Mattatoio deviendront le nouveau siège de l'Académie des Beaux-Arts de Rome laquelle avait déjà transformé deux anciens parcs à bestiaux en salles de classe en 2011. Après une longue période d’incertitudes et de flottement dans la gestion du lieu - liée à un désintérêt ou une absence de politiques municipales pour les activités culturelles ? - espérons que, cette fois, cet espace deviendra le pôle artistique créatif dont Rome a besoin.
Une autre partie des bâtiments des abattoirs est occupée par la Città dell’Altra Economia (La ville d’une autre économie), consacrée à des activités commerciales, ludiques, sociales, culturelles dans une orientation éco responsable [3]. En 2019, la ville de Rome a voulu favoriser des pratiques à faible impact sur l’environnement et ayant pour objectif de promouvoir une citoyenneté consciente et responsable, sans recherche du profit : agriculture biologique, commerce équitable, énergies renouvelables, recyclage. La Cité est organisée (façon organisations-non-gouvernementales et militantes…) en espaces d'exposition et de vente de produits bio, équitables, recyclés ou réutilisés. Elle comprend une bibliothèque ainsi qu’un restaurant et un bar proposant des plats et des boissons élaborés avec des produits issus de l'agriculture biologique et du commerce équitable. La grande place est utilisée pour les marchés, les expositions et les spectacles.
Avec l’implantation de la Città delle Arti et de la Città dell’Altra Economia, la zone élargit sa fonction traditionnelle d’alimentation de la population romaine à de nouvelles fonctions écologiques et culturelles, tout en s’inscrivant dans une tradition festive millénaire du lieu.
[1] L'Azienda Speciale Palaexpo (Société spéciale Palaexpo) gère, par un contrat de service avec la municipalité de Rome, les activités du MACRo, du Palais des Expositions et le Museo delle Periferie.
[2] Livia Montagnoli. « Niente più ricerca artistica al Mattatoio di Roma. Qual è la politica culturale della città ? ». Artribune. 28/02/2023.