Rome, étrange et curieuse (41/45). Quartiere Salario IV (1) - Un lotissement d’opérette - Piazza Mincio.
Croissance et crise immobilière - Le lotissement Coppedè
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Une vive croissance démographique et de grands travaux caractérisent les premières années de Rome devenue capitale du royaume d’Italie en 1870 et qui ne comptait alors que 200 000 habitants. L’installation du Roi et de son gouvernement ont entraîné l’érection de ministères, de logements, avec la création de vastes places, piazza del Indipendenza, piazza dell'Esedra (actuelle piazza della Repubblica), piazza Vittorio Emanuele et de grandes artères, via Nazionale, via Cavour, corso Vittorio Emanuele. Cette phase d’urbanisation excessivement rapide déboucha, en 1888, sur une grave crise immobilière, faute d’acquéreurs et de locataires, avec l’abandon de nombreux chantiers et des faillites d’entreprises [1].
En 1907, sous le mandat d’Ernesto Nathan, un nouveau plan régulateur de Rome est imaginé. Ce plan prévoit la création de nouvelles zones d’expansion, comprenant des centres urbains autonomes, situés le long de grands axes de circulation, et composées de divers types de constructions. Ce développement urbain n’est pas sans opérer une ségrégation sociale entre quartiers populaires (Ostiense, Garbatella, Termini) et beaux quartiers (Aventino, Nomentano, Trieste, Vittorio Veneto). C’est dans cette période qu’est définie la construction d’un nouvel ensemble dans le quartier de Trieste (via Brenta, via Tanaro, piazza Mincio, via Ticino), hors les murs, au Nord de la Villa Albani, une grande villa construite dans les années 1760, au milieu d’un vaste jardin, par le cardinal Alessandro Albani afin d’y mettre en valeur sa collection d’antiques. Ce nouvel ensemble est souvent dénommé « Coppedè District » parce qu’il a été conçu et réalisé par un seul architecte, Gino Coppedè, né à Florence, et ayant exercé précédemment ses talents à Gênes. L’objectif était de construire un ensemble de très grande qualité dans lequel devaient être hébergées un certain nombre d’ambassades de pays étrangers [2]. Il comprend vingt-sept bâtiments, disposés à partir d’un noyau central, la Piazza Mincio agrémentée d’une fontaine imposante, la fontaine des grenouilles (fontana delle Rane) [3].
La commande du lotissement date de 1915. La première présentation du projet a lieu fin 1916. En août 1917, le comité de construction du quartier suggère d’accentuer le thème de la Rome antique dans la décoration des immeubles, c’est pourquoi il sera ajouté au projet un « arc de triomphe » entre deux immeubles (photo). Le premier immeuble, le Palais des Ambassadeurs, est achevé en 1921. Coppedè poursuivra son œuvre jusqu’à sa mort en 1927. Le quartier est alors complété par Paolo Emilio Andrè. Certes, on retrouve bien quelques éléments de décoration « à la romaine », mais l’essentiel fait plutôt penser au moyen-âge nordique et à la Renaissance florentine, avec des tours, des échauguettes, des murs à bossage, des fenêtres à meneaux, de fines colonnettes, des loggias, des balcons, le tout accompagné d’une décoration Art Nouveau des plus disparates avec des animaux, serpents, abeilles, lion de Saint-Marc, aigle de Saint-Jean, griffons, des portraits d’hommes illustres, Pétrarque et Dante, une victoire ailée, un cavalier. Que sais-je encore ?
Il paraît que ce décor d’opérette est utilisé fréquemment pour des films car l’ensemble a du charme, d’autant qu’il est entouré de jardins luxuriants. Il n’est pas sans faire penser aux réalisations de l’architecte Gaudí à Barcelone.
Selon la tradition, à la fin du dernier jour d'école de l’année, les garçons des écoles voisines, Liceo Avogadro et Liceo Giulio Cesare, prennent un bain dans la fontaine.
« Assis sur le rebord de la fontaine où à la fin de l’année sont jetées les plus belles filles du lycée Avogadro, au milieu de ces maisons de pain d’épices tirées d’un recueil de contes, devant ces portes d’entrée d’imitation gothique d’où pourrait s’échapper un gnome ou une sorcière, les amis vous serrent la main, émus, et vous jurent : on revient la semaine prochaine, promis » [4].
(modifié et complété - 2026)