Trevi - Un quartier de perles baroques (18/27). Le jardin du palais du Quirinal.
D'un jardin à l'italienne en "quadri" à un jardin à l'anglaise
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Le vignoble du Quirinal était l’un des plus renommés de la ville pour son emplacement pittoresque et venteux sur l’une des collines romaines. Il appartenait à la famille Carafa qui préférait le louer aux puissants de l’époque. A partir de 1545, le pape Paul III Farnèse (1534 / 1549) y réside, dont la famille paya le loyer sous forme d’ouvrages de rénovation de jardin ! Le locataire suivant est le cardinal Hyppolite d’Este, fils du duc de Ferrare et de Lucrèce Borgia. Celui-ci concentre son intérêt sur les jardins, ordonnant des travaux parallèlement à ceux de la création des jardins de sa Villa d’Este à Tivoli. Hyppolite d’Este obtient en cadeau, en 1560, les jardins de la Vigna Boccaccio, lui permettant de doubler l’extension du parc. Les jardins, organisés en « quadri », sont enrichis de plantes rares, de nouvelles fontaines, de sculptures, dont plusieurs proviennent de la villa d’Hadrien à Tivoli.
En 1574, Grégoire XIII Boncompagni (1572 / 1585) acquiert la propriété et décide d’y construire un palais, conservant le jardin laissé par Hyppolite d'Este. Son successeur, Sixte Quint Peretti (1585 / 1590) possédait une luxueuse villa et un jardin magnifique dans la campagne romaine avoisinante, la villa Montalto. Pour alimenter les fontaines de son parc il fit construire un aqueduc, celui de l’Acqua Felice, dont une dérivation permettait d’alimenter le quartier et les jardins du Quirinal. Le jardin, retrouve tout son lustre sous Clément VIII Aldobrandini (1592 / 1605) avec l’intervention de l’architecte et fontainier Giovanni Fontana qui réorganise les systèmes d’alimentation en eau, multiplie les fontaines et permet la création d’un orgue hydraulique, fabriqué par Luca Blasi, la fontaine de l’Orgue, célèbre par son jeu d’eau musical et la richesse de ses sculptures. Avec les travaux entrepris sous le pape Paul V Borghese (1605 / 1621), le Quirinal devient définitivement la résidence d’été des souverains pontifes. Autre moment décisif dans l’histoire du palais et du jardin, quand Urbain VIII Barberini (1623 / 1644) rachète de nombreuses propriétés bordant le jardin du Quirinal, à partir de la Vigna Boccaccio, et permet une extension importante du jardin. Les limites du jardin sont protégées de remparts et le palais transformé en citadelle fortifiée. Au XVIIIe siècle, Benoit XIV Lambertini (1740 / 1758) fait construire, par son architecte Ferdinando Fuga, le « Caffeaus » (Coffee-House) mettant fin à la tradition des pavillons éphémères situés sur le bord de la colline et surplombant la ville de Rome où le souverain pontife accueille, dans un lieu intime, les visiteurs pour des rencontres informelles tout en jouissant d’une vue sur la ville[1].
Au début du XIXe siècle, le jardin évolue « à la française » avec la création d’espaces ouverts, plus vastes, des platebandes aux bordures basses de buis au lieu des haies plus élevées qui créaient des carrés (quadri) isolés les uns des autres qui caractérisaient les jardins à l’italienne et fragmentaient la vision. Une zone trapézoïdale est organisée en face de la Coffee-House pour mettre en valeur la façade du bâtiment et la vue sur Rome. Une longue place rectangulaire, nord-sud, coupe le jardin en deux. Après la période française, au cours du pontificat de Grégoire XVI Cappellari (1831 / 1846) est effectuée une réorganisation paysagère partielle, « à l’anglaise ». Ce nouveau jardin est parcouru par des sentiers courbes et labyrinthiques qui conduisent le visiteur à des plans d’eau, des fontaines, des buttes, des pavillons « exotiques », une pagode chinoise, une cabane campagnarde, un chalet suisse…. et un grand labyrinthe elliptique de buis (1839), orné d’un obélisque, le tout planté sous les fenêtres du palais. Les rois d’Italie apportent également des modifications au jardin du Quirinal, selon le goût « à l’anglaise », mais la partie la plus ancienne, près du palais, est respectée dans la géométrie de ses avenues qui datent de l’époque du vignoble du XVIe siècle [2].
Le jardin du Quirinal actuel est le résultat de ces multiples interventions et modifications… L’intervention actuelle de « restauration » a essentiellement consisté à reconstruire les chemins d’origine des allées, en particulier de l’allée centrale qui présente une tendance oblique particulière. Le jardin conserve le célèbre orgue d'eau alimenté par une chute de 18 mètres[3].