Trevi - Un quartier de perles baroques (19/27). Le pavillon de l’Aurore du palais Rospigliosi-Pallavicini.
L’Aurore de Guido Reni (1614)

En descendant de la place du Quirinal, vers le forum de Trajan, on longe, à gauche, le mur du palais Rospigliosi-Pallavicini. Celui-ci a été construit par Flaminio Ponzo et Carlo Maderno en 1611 / 1616 pour le cardinal Scipion Borghèse, neveu du pape Paul V, qui souhaitait être logé au plus près du palais papal du Quirinal. Il occupe le site antique des thermes de Constantin. En 1641, le palais fut acheté par le nouveau premier ministre de Louis XIV, le cardinal Giulio Mazzarino (Jules Mazarin) mais celui-ci n’y vécut jamais [1]. Le palais a servi comme ambassade de France avant que celle-ci ne soit transférée au Palais Farnese.
Le pavillon dit « de l’Aurore » est installé dans les jardins du palais[2]. Ce « petit » pavillon de jardin est situé en hauteur, compte-tenu du différentiel d’altitude sur la colline. On y grimpe par un bel escalier en colimaçon qui débouche sur un jardin suspendu agrémenté d’une verte pelouse, d’une fontaine et de grands arbres. A son extrémité, le pavillon est composé d’un salon central, tournant le dos à la rue et ouvert sur le jardin, flanqué d’une salle en avancée à chacune de ses extrémités. La façade du salon est composée comme un arc de triomphe : haute porte centrale surmontée d’un arc en plein cintre supporté par des colonnes, séparé par des pilastres des deux portes latérales, plus basses, couvertes de linteaux droits. Au-dessus de ces portes latérales, l'architecte Vasanzio a intégré des parois de sarcophages romains des IIe et IIIe siècles illustrant des récits mythologiques. Sur le plafond du pavillon central, on peut observer la fresque de Guido Reni « Apollon guidant le char du Soleil et précédé d'Aurore » (1614 / 1616) que Stendhal considérait comme « la plus intelligible des fresques » [3] à condition d’avoir un miroir pour pouvoir la regarder aisément, sinon torticolis garanti ! Apollon, enveloppé de nuages et drapé d’un manteau gonflé par le vent, conduit le char du soleil tiré par quatre chevaux, soleil qui apporte progressivement la lumière du jour. L'Aurore précède le char du soleil, toute nimbée de lumière.
« L’Aurore avec ses doigts de rose, précédant le char du soleil entouré des douze heures, précédée elle-même par un petit génie, tenant une torche qui représente le crépuscule, ou, si vous voulez, la belle étoile matinière. Rien de mieux inventé, de plus gracieux, de plus léger, ni de mieux dessiné ; c’est un incanto »[4].
C’est joli, coloré, dynamique, en un mot, élégant, comme un bel exercice de style mais cela me laisse assez froid ! Comme si la révolution picturale du Caravage (1571 / 1610) n’avait pas eu lieu, comme si l’on s’acheminait avec cette fresque vers le classicisme puis l’académisme. Les autres pièces du Casino, qui ne se visitent pas sauf rarissimes exceptions, contiendraient une collection exceptionnelle d’Antiques, de statues et de tableaux.
[1] Comme chacun sait, Mazarin avait accumulé une fortune considérable grâce à ses différentes charges, ses spéculations sur les fonds d’Etat, les monnaies et les fournitures aux armées. C’était, hélas, des pratiques plus que courantes à l’époque… Rappelons toutefois que, par testament, il légua toute sa fortune au Roi !
[2] Via 24 Maggio, n°43. Visite le premier jour du mois entre 10 et 12h et 15 et 17h. Les deux salles latérales peuvent aussi se visiter, sur rendez-vous, hors ouverture publique mensuelle du salon central.