La traversée de Rome par le Corso (3/26). L’église Santa Maria del Popolo.
Où Néron fait encore parler de lui un millénaire après !
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La porte ouvre sur la piazza del Popolo par l’intermédiaire du parvis de l’église Santa Maria del Popolo (photo). En 1099, le pape Pascal II De Breida (1099 / 1118) faisait construire une chapelle dédiée à la Vierge à cet endroit où poussaient de nombreux peupliers (populus en latin). Ce fait expliquerait le nom de l’église, les peupliers se transformant ensuite en peuple ! Explication plausible car il est assez peu habituel qu‘une place, surtout une place aussi prestigieuse, soit dédiée au « peuple », le peuple n’étant en général pas habitué à tant d’égard à son encontre. Il reçoit souvent plus de coups de bâton ou de matraque que de marques d’estime !
La tradition veut que l’église occupe le lieu de sépulture de l'empereur Néron, lequel conserve la fâcheuse réputation d’avoir persécuté les Chrétiens notamment à l’occasion du grand incendie de Rome (64). Le 9 juin 68, déclaré ennemi public par le sénat, Néron fuit Rome. Il sort par la porte Nomentano pour se réfugier en banlieue, dans la maison d'un de ses affranchis, Phaon, entre les voies Nomentano et Salaria. En entendant les cavaliers qui viennent l’assassiner, il se tue avec l’aide de son secrétaire, Épaphrodite. Avant de mourir, il aurait cité un vers grec « Qualis artifex pereo ! » (Quel artiste périt avec moi !). Ses nourrices Eglogé et Alexandra, et sa concubine Acté, déposent ses cendres dans le tombeau de famille, les Domitii Ahenobarbus, à l’extrémité des jardins du Pincio.
« Vers l’an 1099, quelque homme adroit épouvanta le peuple de Rome de l’ombre de Néron, mort seulement mille trente et un an auparavant. Le cruel empereur enterré dans le tombeau de sa famille sur le collis hortilurum (Mont des jardins), aujourd’hui Monte Pincio, s’amusait de reparaître de nuit pour tourmenter les vivants. Probablement à cette époque on ne faisait pas grande différence entre un démon et un empereur romain persécuteur de Chrétiens. L’on ne manqua pas de construire bien vite la jolie église où nous sommes, et Néron, effrayé, n’a plus reparu » [1].
La sainte Vierge serait apparue au pape Pascal II en lui ordonnant d’abattre un noyer dans lequel se produisaient ces étranges manifestations. Dans ses racines aurait été trouvée une urne de Porphyre contenant des cendres lesquelles furent jetées dans le Tibre. Une chapelle fut construite sur le site, au frais du peuple romain d’où la dénomination de Santa Maria del Popolo. Seconde explication du toponyme qui passa ensuite de l’église à la place qui s’appelait auparavant « di Trullo » par suite de la forme de la fontaine qui l’ornait.
La chapelle a été transformée en église par le pape Grégoire IX d’Agnani (1227 / 1251) et donnée aux Augustins de Lombardie. Entre 1472 et 1477, l'église est reconstruite en croix latine à trois nefs avec une façade austère. Gian Lorenzo Bernini y ajouta, au second niveau, des volutes les reliant à la façade de la nef, adoucissant les formes rectilignes de la Renaissance. Le chœur a été conçu par Bramante entre 1500 et 1509, sur les ordres du pape Jules II Della Rovere (1503 / 1513). Le Pinturicchio a terminé la décoration de la voûte du chœur en 1510 sur le thème du couronnement de la Vierge, des Évangélistes, de Sibille et des docteurs de l'Église. Les vitraux sont les plus anciens de Rome, fabriqués par l'artiste français Guillaume de Marcillat en 1509. Ils représentent des scènes de l'enfance du Christ d'un côté, et de la vie de la sainte Vierge de l'autre.
En face, sur le mur de la caserne des carabiniers, est apposée une plaque mémorielle portant les noms et les visages, en bas-relief, de Angelo Targhini et Leonida Montanari, deux Carbonari guillotinés en 1825 sur la piazza del Popolo pour avoir essayé d’éliminer un traitre au sein de leur mouvement révolutionnaire. C’est que la place était aussi un des lieux des exécutions capitales lesquelles avaient encore lieue souvent au maillet jusqu’en 1826 : les condamnés étant frappés à la tempe à coup de maillet jusqu’à ce que mort s’ensuive ! Telle était la justice dans la Rome papale[2] .