Rome, étrange et curieuse (2/53). Rione Monti I (1) - Une statue qui ne laisse pas de marbre - Via del Quirinale, 30.
Sant'Andrea al Quirinale - Une statue plus vraie que nature !
L’église Sant’Andrea al Quirinale[1] (1658 / 1670) a été bâtie par Gian Lorenzo Bernini pour la Compagnie de Jésus. C’est une œuvre qu’il considérait, dit-on, comme son chef d’œuvre[2]. Sant’Andrea a une sobre façade : un portique encadré de deux pilastres massifs d’ordre géant, surmonté d’un fronton triangulaire. Ce portique, de formes très palladiennes, est précédé d’un pronaos en saillie, semi-circulaire, appuyé sur deux colonnes rondes, aux plinthes et chapiteaux placés de biais, souligné par un large escalier de trois marches semi-circulaires. Ce porche aux formes arrondies adoucit la rigueur des lignes droites du portique.
La disposition de l’édifice reprend celle de Santa Agnese de la piazza Navona (1653 / 1657), une œuvre de Francesco Borromini : un édifice de forme ovale placé parallèlement à la rue. En conséquence, l’entrée et l’autel sont situés sur le plus petit axe. Sur cette nef ovale s’ouvrent des chapelles semi-circulaires. L’autel est lui-même situé dans une niche circulaire, éclairée par une coupole zénithale cachée. La nef est couverte d’une vaste coupole à nervures et caissons. La richesse du décor, où alternent pilastres cannelés et ouvertures à arcades semi-circulaire des chapelles, est soulignée par les marbres roses des murs, les marbres polychromes des sols et les dorures. Ajoutez une profusion d’angelots joufflus voltigeant dans la coupole, élément de « perturbation » dans un ensemble d’une grande rigueur dans l’équilibre des formes.
Dans l’église, au fond à droite, un couloir mène à une petite pièce où un gardien surveille, par vidéo, les allers-et-venues des visiteurs et vend quelques cartes postales et souvenirs. Il est aussi chargé de vendre des billets d’entrée pour la visite de la sacristie et de la pièce qui abrite les reliques de Stanislas Kostka.
Le décor de la sacristie est d’une richesse impressionnante. Boiseries sombres sur les murs avec pilastres, colonnes, colonnades, puis une décoration du haut des murs et du plafond toute en trompe-l’œil avec médaillons, cartouches, draperies, guirlandes de fleurs, anges et putti virevoltants. Les fresques du plafond de la sacristie auraient été dessinées par Bernini (ou son atelier ?). Le tableau de la sacristie, « L’Assomption de Marie » est une œuvre du frère jésuite Andrea Pozzo (1642 / 1709), géomètre, architecte et peintre, spécialiste des perspectives en décoration murale.
Au premier étage, les visiteurs accèdent à une pièce reconstituant celle dans laquelle est décédé Stanislas Kostka (1550 / 1568), l’originale ayant été détruite en 1888. Stanislas Kostka appartenait à une famille noble, catholique, de Pologne. A 14 ans, il est envoyé au collège jésuite de Vienne où il fait preuve d’une grande piété. En 1567, malgré l’opposition de son père, il décide de devenir novice dans la Compagnie de Jésus, le nouvel ordre créé par Ignace de Loyola et reconnu, en 1540, par Paul III Farnese (1534 / 1549). Il s’échappe, à pied, pour aller faire son noviciat à Rome où il meurt d’épuisement peu de temps après son arrivée. Stanislas Kostka sera le premier jésuite à être béatifié, en 1602, et canonisé, en 1726[3], dans un temps où la Compagnie de Jésus était en pleine ascension de sa puissance. Une sculpture en marbre polychrome (1700), du sculpteur français Pierre Legros dit le jeune (1666 / 1719), représente, en taille réelle, le jeune homme décédé, couché sur son lit (photo). Son habit, celui des novices de la Compagnie, est en marbre noir. La tête, les mains, les pieds et les oreillers sont en marbre blanc ; la couverture du matelas est en marbre jaune de Sienne. L'effet est hyperréaliste ! « Ne dirait-on point qu’il dort ? » [4]. En 1798, la balustrade d’argent qui entourait la sculpture, ainsi que toutes les richesses de l’église, ont été pillées par les soldats de la République français lors de l’occupation de Rome.
[1] Ouverture du mardi au dimanche de 9h00 à 12h00 et de 15h00 à 18h00.
[2] « Le contraste entre les œuvres des deux grands architectes baroques romains, celui de Bernini ici et San Carlo alle Quattro Fontane de Borromini juste en haut de la rue, est maintenant considéré comme l'une des plus grandes expériences architecturales du monde. Bernini démontre le baroque comme théâtre et Borromini le baroque comme mathématiques, et il est impossible de décider lequel des deux est le plus impressionnant ». Site Roman churches Wiki. « Sant’Andrea al Quirinale »
[3] « Les deux actes de béatification et de canonisation se distinguent par le degré d'extension du culte public. Celui du bienheureux est limité à une zone prévue par le saint Siège. Celui de saint est autorisé voire prescrit partout dans l'Église universelle ». Conférence des Évêques de France.
[4] Georges Brassens. « La fessée ». 1966.