Ponte - Dans la courbe du Tibre (8/22). Santa Maria in Vallicella et Oratorio dei Philippini (rione Parione).
Saint Philippe-Néri et la Congrégation de l'Oratoire
A l'emplacement de Santa Maria in Vallicella existait, dès le XIIIe siècle, une église consacrée à la nativité de la Vierge. Après une période d'abandon, le pape Sixte IV della Rovere (1471 / 1484) fit restaurer l’église pour le Jubilé de 1475. Au XVIe siècle, il y était conservé une image miraculeuse de la Vierge, la Madonna Vallicelliana. En 1535, cette fresque du XIVe siècle, initialement placée sur la façade d'un bain public de la rue Parione, s’était mise à saigner après avoir été frappée par un caillou. En 1551 saint Philippe Néri (1515 / 1595) fonde la « Congrégation de l'Oratoire » à qui le pape confie, en 1597, l'église in Vallicella qui était en mauvais état. Sur un projet de Giacomo della Porta l’église fut restaurée entre 1594 et 1617 d'où son surnom de Chiesa Nuova (église neuve).
Les chapelles latérales ont été ouvertes pour compléter la nef centrale de nefs latérales. La façade, édifiée entre 1594 et 1605 selon un projet de Fausto Rughesi, est sobre, à deux étages décorés de pilastres en faible relief, mais complétée de corniches, de colonnes entourant le portail et la fenêtre supérieure, plus accentuées lui donnant une certaine dynamique. L’intérieur n’est malheureusement pas aussi sobre et élégant [1]. La voûte, la coupole et l'abside, originellement simplement blanchies selon la volonté de saint Philippe Neri, furent ornées de fresques par Pierre de Cortone entre 1647 et 1666, et les reçurent une fastueuse décoration baroque, avec marbres colorés, cartouches, angelots, stucs et balcons de bois dorés. Trois tableaux peints en 1608 par Paul Rubens (1577 / 1640) ornent le maître-autel. Au centre dans une décoration sur ardoise, comprenant des cercles concentriques d'anges et de putti, une Vierge à l'Enfant bénissant, peints sur une plaque de cuivre. La Madonna Vallicella, de Rubens, est visible en semaine car, du samedi soir au dimanche soir, c’est l’image miraculeuse de la Madonna Vallicelliana qui apparaît grâce à un système de cordes et de poulies[2]. De chaque côté du maître-autel, formant triptyque, deux autres œuvres de Rubens avec les saints Grégoire le Grand, Papas et Maurus (à gauche) et Sainte-Domitille accompagnée de ses deux serviteurs qu’elle convertie, Nereo et Achille (à droite). L’église possède des reliques de ces différents saints.
En 1637, les frères de la congrégation de l'Oratoire organisèrent un concours pour ériger, à gauche de l’église Santa Maria in Valiccella, l'Oratorio dei Filippini (Oratoire des Philippins - photo) dont ils ont exigé, en signe de modestie, que ni marbre ni travertin ne soient utilisés pour la décoration du bâtiment, mais en souhaitant que le bâtiment conserve une apparence imposante à côté de la façade de l'église. Le projet de Francesco Borromini fut choisi par suite de sa fonctionnalité dans la distribution des pièces, chambres, chapelle, sacristie, bibliothèque. Au second étage, le bâtiment abrite la bibliothèque Vallicelliana, une des plus belles salles de bibliothèque de Rome. La façade, légèrement concave, est divisé en cinq travées par deux rangées superposées de pilastres. Horizontalement, elle est découpée en deux niveaux par le jeu de deux corniches à ressauts aux reliefs assez accentués. Dans la partie médiane, une opposition est faite entre le niveau inférieur, marqué par une légère avancée convexe, et la niche concave à faux caissons du niveau supérieur. Au sommet, le tympan, en adoptant lui-même une forme à la fois curviligne et pointue à son sommet, accentue le mouvement concave et dynamique de la façade.
« Borromini renouvelle plus complètement la typologie traditionnelle en construisant sa façade sur un mouvement plus complexe, convexe concave, et ce qui était jeu plastique devient forme symbolique, image de l’église accueillante ouvrant ses bras aux fidèles » [3].
Sur la piazza della Chiesa Nuova, la fontaine, dessinée par Giacomo della Porta en 1581, était à l'origine située au Campo dei Fiori et n'était composée que d'une coupe ovale en marbre blanc. Le pape Grégoire XV Ludovisi (1621 / 1623) y fit poser, en 1622, un couvercle en travertin afin que la fontaine ne soit pas utilisée pour y déposer des fruits et légumes par les commerçants du marché du Campo dei Fiori. Ainsi complétée, la fontaine ressemble tellement à une soupière que les Romains la baptisent la Zuppiera ou la Terrina.
[1] Ouverture : 7h30 - 12h / 16h30 – 19h30.