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Notes d'Itinérances
22 août 2024

Celio - Le Cælius, entre parcs et églises romanes (13/18). San Gregorio Magno al Celio.

D’André à Grégoire, puis aux deux, puis à Grégoire seul

 

 

Son titre officiel est Santi Andrea e Gregorio Magno al Celio (Saints-André-et-Grégoire-le-Grand-du-Celio), une double affiliation issue de son histoire : vers 574 / 575, saint Grégoire le Grand (540 / 601) a transformé la demeure familiale du mont Cælius en monastère dédié à l’apôtre André et adopté la vie monastique. Devenu pape en 590, c’est sur les moines du monastère du Celio qu’il s’appuyât pour restaurer le christianisme en Angleterre avec de jeunes anglais rachetés sur le marché romain aux esclaves. C’est que, contrairement à la croyance commune, l’esclavage n’a pas disparu dans l’Empire romain avec le triomphe de la religion chrétienne à la fin du IVe et au début du Ve siècle. L’esclavage et le trafic des esclaves se poursuivirent même pendant tout l’empire carolingien, l’église possédant ses propres esclaves, même si cette pratique avait tendance à diminuer [1]. L’église et le monastère furent abandonnés et, vers 720, le pape Grégoire II (669 / 727) décida de restructurer le monastère et d'édifier les bases de l'actuelle église San Gregorio qui prit alors le nom de son illustre prédécesseur. Le monastère, comme ceux de San Saba ou Santa Balbina, était occupé par des moines grecs de rite byzantin. À l'époque, la vie monastique dans Rome était dominée par des moines de l'Est de la Méditerranée par suite de l’immigration de moines réfugiés et de clercs bien éduqués fuyant les conquêtes de l’islam et les politiques iconoclastes de l’empire byzantin [2]. Par la suite, avec le schisme de 1054 entre les églises de Rome et de Constantinople, les moines orientaux se sont dispersés.

 

Le cardinal Scipion Borghèse (1577 / 1633) avait la charge, dans ses fonctions cardinalices, de la restauration des bâtiments d’église. Il s’intéressa particulièrement à San Gregorio Magno et ses deux oratoires. Il ne s’agissait pas de faire une « restauration », mais bien d’une création en adoptant les canons esthétiques de son époque. C’était une pratique habituelle notamment en matière de façade ; en effet entre la pose de la première pierre, généralement dans le chœur, et la pose de la façade, il pouvait s’écouler de très nombreuses années par suite de catastrophes naturelles ou sanitaires, de guerres, de difficultés à réunir les fonds nécessaires et certaines églises attendent encore leur façade définitive [3]. Pour San Gregorio Magno, il fit donc reconstruire la façade sur le modèle de celle de Saint-Louis-des-Français (1589, de Giacomo della Porta). Toutefois le modèle est très largement réinterprété car, en 44 ans, la mode avait changé et l’art baroque s’imposait. Le modèle serait plutôt à aller chercher du côté de Santa Bibiana (1624), la première œuvre du jeune Bernini. Plus qu’à une façade d’église cela ressemble plutôt à celle d’un palais avec, en rez-de-chaussée, une loggia décorée de pilastres et, à l’étage, des fenêtres. La façade n’est plus plate mais dynamique avec l’avancée de la travée centrale et le fort relief des corniches à ressaut.

 

La façade précède un atrium avec une loggia à arcades séparées par des pilastres. Par contre, en façade de l'église, la loggia est à entablement droit soutenu par des colonnes antiques jumelées. Les fresques du patio, attribuées à Niccolò Circignani, dit « Il Pomarancio » (1530 ? / 1590 ?) illustrent les miracles attribués à Saint-Grégoire-le-Grand. L'intérieur, baroquisé en 1725, présente peu d'intérêt. L'église comprend trois nefs séparées par cinq colonnes antiques soutenant quatre arches. 

 

A l'extérieur de l'église se trouvent plusieurs oratoires accessibles via un petit jardin, médiévales restaurées au début du XVIIe. Saint-André, au centre, avec des parois ornées de fresques du XVIIe dont une flagellation du Dominiquin (1608). A gauche, Sainte-Barbara avec une table de marbre sur laquelle Grégoire le Grand servait des repas aux pauvres et des fresques du XVIIe ; à droite, Sainte-Sylvie, du début du XVIIe avec une fresque sur le concert d’anges de Guido Reni.

 


[1] Marc Bloch. « Comment et pourquoi finit l'esclavage antique ». In « Annales. Economies, sociétés, civilisations ». 2ᵉ année, N°1, 1947.

[2] Jean Darrouzès. « Jean-Marie Sansterre - Les moines grecs et orientaux à Rome aux époques byzantine et carolingienne (milieu du VIe s.-fin du IXe s.) ». In « Revue des études byzantines ». tome 42. 1984.

[3] Il faudrait l’inconscience, ou une volonté immodérée de « faire moderne », pour qu’un responsable politique  propose aujourd’hui pareille aventure.

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